Publié le 03 septembre 2018

SOCIAL

Quand Carrefour réunit Fermes d’Avenir, Danone et Too good to go, pour réaliser sa transition alimentaire

Alexandre Bompard, PDG de Carrefour, n'a pas choisi au hasard les membres du comité d'orientation alimentaire qu'il vient de lancer. Maxime de Rostolan de Fermes d'Avenir, Emmanuel Faber de Danone, Lucie Basch de Too good to go... le distributeur compte s'appuyer sur les acteurs incontournables d'une alimentation durable pour assurer sa transition. Reste à savoir si cette volonté de transformation est une vraie ambition ou une simple opération de communication. 

Le PDG de Carrefour vient de créer un comité d'orientation alimentaire composé d'acteurs incontournables de l'alimentation durable.
©CarrefourFrance

Carrefour poursuit sa transition. Après avoir lancé la première blockchain alimentaire d’Europe, s’être associé à Google, annoncé l’ouverture de 2 000 magasins de proximité axés sur la bio…mais aussi réalisé des milliers de suppressions d'emplois et 2 milliards d'euros de réductions de coûts, le distributeur veut s'entourer d'experts reconnus et inspirants pour l'accompagner dans ces bouleversements. Dans une tribune publiée sur Linkedin intitulée "Transition alimentaire: le temps des actes", le PDG du groupe, Alexandre Bompard, annonce ainsi la création d'un "comité d’orientation alimentaire"

Les défis sont en effet majeurs pour l'entreprise. "Les trois règnes dont le promeneur Rousseau célèbre l’épanouissement - animal, végétal et minéral-, sont aujourd’hui incontestablement en péri", note-t-il, "alors que les États peinent à offrir une réponse coordonnée et suffisamment puissante pour assurer la réversibilité de ces inexorables tendances, c’est plus que jamais à la société civile de prendre ses responsabilités et notamment aux entreprises qui contribuent à cet écosystème d’agir à leur échelle pour la protection de la planète".

"Pousser Carrefour à aller plus loin, le challenger"

Le distributeur, qui souhaite devenir le leader mondial de la transition alimentaire pour tous, va s’appuyer sur sept experts indépendants* à la fois responsables d’ONG, économiste, industriel, producteur, chef de cuisine, scientifique… bref des secteurs "à la croisée de tous ces enjeux", justifie Alexandre Bompard.

Les membres n’ont pas été choisis au hasard, chacun étant porte-voix dans son domaine. Le plus attendu : Emmanuel Faber, PDG de Danone, qui a annoncé, en février, une refonte de son modèle de production axée sur le bio. À ses côtés, siégera Lucie Basch, la fondatrice de Too Good To Go, une application qui permet aux consommateurs de récupérer à prix réduit les invendus alimentaires des commerçants avant qu’ils ne les jettent. "J’ai envie de croire à ce changement et d’y contribuer. L’idée est de pousser Carrefour à aller plus loin, de le challenger", explique-t-elle.

Sortir de l'entre-soi 

L’influent Maxime de Rostolan, fondateur de Fermes d’Avenir, fera aussi partie de l’aventure. "La grande distribution est un maillon qu’on ne peut pas occulter, c’est tout à leur honneur de créer ce comité, rien ne les y oblige", constate-t-il,"mon rôle va être d’abord de leur rappeler l’urgence d’agir et ensuite de les orienter vers l’agroécologie qui a fait ses preuves tant socialement, économiquement et écologiquement".

Pour mieux rémunérer les producteurs, un des plus gros défis posés lors des États généraux de l’alimentation, Carrefour compte s’appuyer sur l’expérience de Myriam Bouré, cofondatrice de Open Food, France, une plateforme coopérative basée sur un logiciel libre qui met en lien les agriculteurs directement avec les consommateurs via des circuits courts. Une plateforme qui se passe donc allégrement de la grande distribution.

"Si c'est une opération de com', je partirai comme Hulot" 

"Je pense que c’est important de sortir de l’entre-soi. Carrefour prend conscience que, sans transformation en profondeur, son business model, à moyen terme, ne fonctionnera plus", estime-t-elle. Quant au risque de social-greenwashing, Myriam Bouré dit avoir de l’espoir "mais je ne me fais pas d’illusion. Si je vois que ce n’est qu’une opération de communication, je partirai comme Nicolas Hulot", ironise-t-elle.

Une "posture de communication" dont Alexandre Bompard se défend, "nous ne pouvons vivre ici-bas que du pain et des actes, pas de beau langage", écrit-il. La première réunion du comité n’a pas encore été fixée mais elle donnera le ton quant à la capacité d’influence de ces acteurs à transformer le modèle et les pratiques d’un des plus gros distributeurs au monde.

 

*Lucie Basch (Too good to go), Myriam Bouré (Open Food France), Emmanuel Faber (Danone), Jean Imbert (chef), François Mandin (agriculteur), Caroline Robert (cancérologue), Maxime de Rostolan (Fermes d'Avenir). 

Marina Fabre @fabre_marina 


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