Publié le 03 décembre 2018

ENVIRONNEMENT

COP24 : cinq défis à relever pour espérer atteindre les objectifs de l'Accord de Paris

Jusqu’au 14 décembre, les 197 parties à la Ccnucc, la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, se retrouvent à Katowice, en Pologne, pour la COP24. L’enjeu est de taille puisque trois ans après l’adoption de l’Accord de Paris, il s’agit d’adopter officiellement les règles de son application. Les États du monde entier devront aussi envoyer le bon signal pour une relève des ambitions en 2020, alors que les alertes des scientifiques se multiplient.  

Secretaire polonais a l environnement JanekSkarzynski AFP
Myral Kurtika, secrétaire d'État à l'Environnement, lors de l'ouverture de la COP24 en Pologne.
@JanekSkarzynski/AFP

"Le monde va dans le mur. Et vite", alerte l’ancien ministre Laurent Fabius, cheville ouvrière de la COP21 de 2015. "Empêcher le chaos climatique qui se profile est encore possible. À condition de retrouver d’urgence ‘l’esprit de Paris’" lance-t-il dans une tribune publiée quelques jours avant l’ouverture de la COP24, à Katowice, en Pologne. Du 2 au 14 décembre, les 196 parties à la Ccnucc, la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, s’y retrouvent pour avancer sur la mise en place concrète de l’Accord de Paris. Et le pari est loin d'être gagné. Novethic a recensé les cinq défis à relever.

1) Définir les règles d'application de l'Accord de Paris

La COP24 a essentiellement deux objectifs : faire aboutir les négociations sur les règles d’application de l’Accord de Paris et avancer sur le dialogue de Talanoa pour la relève de l’ambition d’ici 2020. Comment rendre compte de l’atteinte des objectifs ? Comment effectuer le suivi de leur application ? Et quelle flexibilité appliquer aux pays en développement ? Autant de questions que devront trancher les diplomates. À ce stade, le rulebook négocié tout au long de l’année compte encore 230 pages, avec de (trop) nombreuses options sur la table et des textes encore flous.

Deux jours seront par ailleurs consacrés au dialogue de Talanoa, les 11 et 12 décembre afin de préparer le terrain pour le sommet organisé par Antonio Guterres, le secrétaire général des Nations unies, en septembre 2019. Et aboutir à une relève ambitieuse des contributions nationales climatiques l’année suivante, date d’entrée en vigueur de l’Accord de Paris.  

2) Ramener les États dans une trajectoire 2°C

À ce jour, 184 parties ont officiellement ratifié l’Accord de Paris, mais il manque encore la Russie, la Turquie ou encore l’Iran. Les États-Unis maintiennent par ailleurs leur souhait de se retirer de l’Accord, tandis que l’Australie n’a pas réussi à inscrire ses engagements noir sur blanc dans la loi. Au Brésil, Jair Bolsonoro, tout nouvellement élu, menace lui aussi de quitter l’Accord de Paris. Et au niveau européen, les 28 Etats pourtant censés porter le leadership, n'ont pas réussi à s’accorder sur une relève de leurs ambitions pour 2030, face à l'opposition polonaise et allemande. Le contexte politique est donc particulièrement morose, alors que les alertes à agir de toute urgence ne cessent de se multiplier.

Carte Accord de Paris PETITE 281118

À ce jour, 184 pays ont ratifié l'Accord de Paris (cliquez sur la carte pour l'agrandir).

Selon le dernier rapport du PNUE, "Emissions Gap Report", les contributions nationales actuelles nous mène sur une trajectoire de réchauffement de 3,2°C d’ici la fin du siècle. Car même les pays ayant ratifié le texte sont loin des objectifs. Selon Climate Transparency, aucun pays du G20 n’est aligné sur un scénario 2°C. L'Organisation météorologique mondiale est encore plus pessimiste puisqu'elle table sur une hausse de 3 à 5°C d'ici 2100, si nous exploitons l'ensemble des ressources fossiles connues.

3) Combler le déficit de financement climat

C’est un autre point d’achoppement entre les pays développés et les pays en développement qui n’a toujours pas été réglé et qui sera au cœur des négociations : la question des financements. Les pays en développement souhaitent notamment qu’un nouvel objectif de financements soit défini pour l’après 2025, qui prenne la suite des 100 milliards de dollars que les pays développés devront verser chaque année à compter de 2020. Pour l’instant, on est loin du compte avec 56,7 milliards de dollars versés en 2017 par les pays développés aux pays en développement. Par ailleurs, le Fonds vert pour le climat doit accompagner le financement de projets à hauteur de 10,2 milliards de dollars d’ici 2020.

4) Mobiliser les acteurs privés

Ils constituent la deuxième jambe de l’Accord de Paris. Les acteurs non-étatiques continuent à se mobiliser et ont été au premier rang médiatique notamment à l'occasion du Sommet de San Francisco en septembre. L’ONG Climate Chance compte ainsi plus de 5 000 initiatives sur 100 territoires. De son côté, le PNUE estime que plus de 7 000 villes sont engagées pour le climat, quelque 240 États et régions ainsi que plus de 6 000 entreprises et investisseurs. Ensemble, ils représentent un potentiel de réduction des émissions conséquent.

5) Imposer le concept de transition juste

La Pologne, pays largement dépendant du charbon, a choisi de porter un éclairage particulier sur la transition juste. La présidence polonaise envisage ainsi de faire adopter à Katowice une déclaration politique sur ce sujet. Le texte abordera les questions sociales générées par la transition énergétique, qu'il s'agisse de reconvertir d'importants secteurs économiques ou de prendre en compte l'impact social de la taxation du carbone. Un sujet qui fait également écho à la mobilisation des gilets jaunes en France.

Concepcion Alvarez, @conce1


© 2018 Novethic - Tous droits réservés

‹‹ Retour à la liste des articles

Pour aller plus loin

L’Accord de Paris brûle-t-il ?

L'Accord de Paris est en danger. À deux mois de la COP24, à Katowice en Pologne, et après la publication d’un rapport choc du Giec, la dynamique nouée à Paris en 2015 doit à tout prix être relancée. Le texte signé à la quasi-unanimité des pays membres de l’ONU en décembre 2015 est plus que...

Juste avant d’accueillir la COP24, la Pologne autorise la construction d'une centrale à charbon de 1 000 MW

Dans quelques semaines, en décembre prochain, la Pologne accueillera la COP24, un sommet climatique essentiel. Mais déjà, le pays hôte envoie un signal très négatif en annonçant la construction d’une centrale à charbon de 1000 mégawatts, une puissance équivalente à celle d’un réacteur...

COP24 : l’Église catholique appelle à un profond changement financier, social et agricole

À quelques semaines de la COP24 début décembre en Pologne et après le nouveau rapport alarmant du GIEC, les dirigeants de l’Église catholique appellent les gouvernements à marquer un tournant lors des prochaines négociations climatiques. Ils demandent des mesures concrètes et immédiates...

L’AFD veut transformer les systèmes financiers en faveur du climat... et met 750 millions de dollars sur la table

Un mois après le One Planet Summit 2 et à quelques mois de la COP24, l’Agence française de Développement (AFD) lance, avec le Fonds vert pour le climat, le plus important programme de son histoire en partenariat avec le fonds vert pour le climat. L’objectif affiché est d’accélérer la...

ENVIRONNEMENT

Climat

Les alertes sur le changement climatique lancées par les scientifiques conduisent à l’organisation de sommets internationaux, à la mise en place de marché carbone en Europe mais aussi en Chine. En attendant les humains comme les entreprises doivent déjà s’adapter aux changements de climat dans de nombreuses parties du monde.

Defile de mode Benjamin Suomela

COP24 : Adidas, Burberry, H&M, Puma... 43 marques de mode s'engagent à réduire leurs émissions de CO2

Les annonces se multiplient à la COP24 de Katowice à Pologne. Cette fois, ce sont 43 enseignes de mode, parmi les plus émettrices, qui s'engagent à réduire leurs émissions de 30 % d'ici 2030. Parmi les signataires de la charte pour l'action climatique, on trouve Gap, Esprit, Inditex, H&M ou encore...

Station essence Shell shell

Shell s’engage à lier la rémunération de ses dirigeants à l’atteinte d'objectifs climatiques

Sous la pression grandissante de ses investisseurs, Shell vient d’annoncer plusieurs engagements ambitieux en faveur du climat. Le pétrolier souhaite lier la rémunération de ses dirigeants à l’atteinte de ses objectifs climatiques. De plus, le géant anglo-néerlandais s’engage à quitter les groupes...

Preston wells griffith conseiller du president americain Monika Skolimowska dpa PictureAlliance

COP24 : ces quelques pays qui bloquent le monde face au changement climatique

La seconde semaine de la COP24 à Katowice, en Pologne, s’annonce décisive. 124 ministres du monde entier sont arrivés pour trancher les derniers éléments de la mise en œuvre de l’Accord de Paris mais surtout relever l’ambition climatique des États. Au programme de ces mardi 11 et mercredi 12...

EmmanuelMacron Gilets Jaunes 10 decembre

Face à "l’état d’urgence économique et sociale", Emmanuel Macron tourne la page du Président du climat

Quatre semaines après le début du mouvement des gilets jaunes, Emmanuel Macron est enfin sorti de son silence pour répondre aux manifestants. S’il fait des annonces fortes sur le SMIC, les heures supplémentaires ou les retraites, on note en revanche la quasi-absence de références à la transition...