Publié le 29 novembre 2018

ENVIRONNEMENT

Réchauffement climatique : le monde va louper l'objectif 1,5°C, mais il reste un (mince) espoir pour les 2°C, selon l'ONU

Si l’écart entre les besoins et la réalité en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre n’est pas comblé d’ici 2030, il sera extrêmement improbable de maintenir le réchauffement planétaire sous la barre des 2°C, alerte un nouveau rapport du PNUE, le Programme des Nations Unies pour l’environnement. Pourtant la faisabilité technique est là, mais il manque la volonté politique.

Incendies californie 2018 Josh Edelson AFP
Les récents incendies en Californie, attribués au réchauffement, ont fait au moins 85 morts.
Josh Edelson / AFP

En 2017, les émissions de CO2 dans le monde sont reparties à la hausse, après deux années stables. Et cette croissance ne donne aucun signe de pic. À ce stade, la faisabilité technique pour réduire le fossé et atteindre un scénario de réchauffement planétaire à 1,5°C est en train de se réduire, alerte le Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE). Et s’il est encore possible de maintenir le réchauffement climatique sous la barre fatidique des 2°C, le temps presse.

Dans leur rapport annuel "Emissions Gap Report", qui évalue l’écart entre les besoins et les perspectives de réduction des émissions, les experts du PNUE alertent sur le fait que les États du monde entier vont devoir multiplier leurs ambitions par trois d’ici 2030 pour maintenir le réchauffement sous 2°C. Et ils devraient les multiplier par cinq pour un réchauffement limité à 1,5°C, une mission quasi-impossible.

Des progrès trop lents

Aujourd’hui, 50 % des émissions mondiales issues des énergies fossiles ne sont pas couvertes par un prix carbone. Pire, seules 10 % des émissions globales sont taxées à un niveau compatible avec le scénario 2°C, avec un prix compris entre 34 et 68 euros la tonne de CO2. "Il y a du progrès mais ça va encore trop lentement pour espérer atteindre les objectifs de l’Accord de Paris", regrette Kurt Van Dender, directeur de la fiscalité environnementale à l'OCDE.

Pourtant, "quand les gouvernements adoptent des mesures fiscales pour subventionner des solutions à faibles émissions et taxer les combustibles fossiles, ils peuvent stimuler les investissements appropriés dans le secteur de l’énergie et réduire considérablement leurs émissions de carbone", veut encore croire Jian Liu, directeur scientifique du PNUE. Un éclairage qui fait écho au débat français sur la taxe carbone face à la colère des gilets jaunes.

57 pays auront atteint leur pic en 2030

"Si le rapport du Giec, sur l’objectif de 1,5°C nous a dit qu’il y avait le feu à la maison, ce rapport mène l’enquête pour déterminer les causes de l’incendie", résume la directrice adjointe de l’ONU Environnement, Joyce Msuya. Selon elle, "nous persistons à alimenter cet incendie alors que les moyens nécessaires pour l’éteindre sont à notre portée".

Selon les prévisions des auteurs du rapport, seuls 57 pays, représentant 60 % des émissions mondiales, auront atteint leur pic en 2030. Malgré tout, ils insistent sur le fait que la bataille n’est pas encore perdue. Les acteurs non-étatiques – villes, régions, entreprises et investisseurs, société civile – représentent ainsi un potentiel de réduction des émissions considérable, estimé à 19 gigatonnes équivalent CO2.

Tous les regards sont désormais tournés vers la Pologne, où se tient à partir du 2 décembre la COP24. Une occasion pour les États du monde entier de relever effectivement leurs ambitions climatiques et de montrer qu’ils ont réellement pris conscience de l’ampleur du défi. Si les tendances actuelles se poursuivent, nous allons vers un réchauffement planétaire de 3,2°C d’ici la fin du siècle.

Concepcion Alvarez, @conce1


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