Ravagée par les incendies depuis plusieurs années déjà, en Californie, la Silicon Valley, siège des géants du numérique, commence à prendre la mesure du changement climatique. Face à l’inertie présidentielle et poussés par les ONG et leurs salariés, les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft), multiplient les engagements et veulent faire de la Climate tech l’or noir de demain. Mais sans toujours convaincre.

En août, la photo a fait le tour du monde : San Francisco, ville symbole de la Silicon Valley où siègent les géants du numérique, est baignée dans un ciel orange apocalyptique, embrumée dans les fumées des incendies alentours. Il va falloir s’y faire, c’est la quatrième année consécutive que la zone californienne subit canicules et feux géants avec la pollution, les coupures d’électricité, les destructions de maisons, la précarisation sociale et de nombreuses victimes pour corollaires.
Ces évènements sont un "rappel de la gravité du changement climatique et de ses enjeux", assure Tim Cook, le patron d’Apple. Un message direct adressé au président américain qui balaye depuis le début de son mandat le lien entre les deux phénomènes allant jusqu’à expliquer aux habitants que cela "finira par se refroidir". Comme Apple, la plupart des géants du numérique ont choisi de s’afficher pour la lutte contre le changement climatique et contre les positions présidentielles sur le sujet. Google, Microsoft, Facebook et Apple se sont ainsi publiquement exprimés pour que les États-Unis restent dans l’Accord de Paris dénoncé par Donald Trump.
La pression des salariés
Être aux avant-postes des premières conséquences très visibles de celui-ci n’y est sans doute pas pour rien. Mais la pression de leurs consommateurs, investisseurs et salariés non plus. Depuis deux ans Google, Microsoft ou Amazon sont la cible d’activistes à l’extérieur comme à l’intérieur de l’entreprise pour leur demander de faire plus en matière climatique. Cela a payé.
Facebook et Apple s’engagent à être neutres en carbone dès 2030, en réduisant leurs émissions de 75 % à cette échéance et en compensant le reste. Google a engagé son entreprise à devenir "carbon free" en n’émettant plus de CO2 d’ici 2030 et Microsoft souhaite devenir "carbon negative" en éliminant plus de carbone que n’en émet l’entreprise d’ici 2030. Amazon vise, lui, la neutralité carbone à 2040 grâce notamment à des solutions technologiques financées par un fonds d’investissement doté de 2 milliards de dollars.
Pour les GAFAM, ces engagements sont aussi des vitrines pour de nouveaux produits et services de la Climate tech, la technologie au service du climat basée sur l’intelligence artificielle et les énergies renouvelables notamment. Un marché appelé à grossir très fortement et très rapidement.
Un engagement qui demande encore à gagner en crédibilité
Les géants du numérique peinent pourtant à convaincre de la réalité et de l’efficacité de leurs intentions. D’une part parce que le numérique est responsable de près de 4% des émissions de gaz à effet de serre mondiales et que leur contribution au changement climatique est appelée à augmenter au fur et à mesure de la digitalisation de l’économie. Netflix engloutit par exemple à lui seul 25% de la bande-passante en France et 15% dans le monde.
D’autre part, les GAFAM sont taxés d’hypocrisie sur leurs engagements. Google notamment s’est illustré pour avoir fait des donations financières conséquentes à une douzaine d’organisations climato-sceptiques combattant activement les projets de loi en faveur de plus d’écologie aux États-Unis. Le dernier dérapage en date concerne Facebook. Alors que le réseau social dit interdire les fake news et s’engage "à lutter contre le changement climatique", il a diffusé une cinquantaine de publicités niant le lien entre les activités humaines et le changement climatique sur les six premiers mois 2020. Des vidéos vues plus de 8 millions de fois et qui permettent à "la désinformation sur le climat" de se répandre selon la sénatrice démocrate un temps candidate à la présidentielle, Elizabeth Warren.
Certains, comme le journaliste américain Brian Khan, craignent une "amazonification de l’action climatique" ou le fait que la lutte contre cet immense défi mondial soit délaissé par les États au profit du bon vouloir des entreprises et de leurs dirigeants.
Béatrice Héraud @beatriceheraud

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