Publié le 25 septembre 2018

SOCIAL

Hôtels Marriott : quand la transition verte dégrade les conditions de travail des femmes de ménage

Aux États-Unis, une grève d’ampleur se prépare contre la direction du plus grand groupe hôtellier du monde, le groupe Marriott. Parmi les problèmes dénoncés par les personnels en charge de l'entretien : les conséquences sociales des programmes verts. Car si le fait de nettoyer moins fréquemment les chambres est meilleur pour la planète, les employés en souffrent.

Face à des salaires en berne et des conditions de travail dégradées, plus de 8 000 salariés du groupe Marriott ont voté une grève avec le syndicat Unite Here.
@Unitehere

Réduire la fréquence du nettoyage de votre chambre lors de votre séjour à l’hôtel : C’est "votre choix". C’est bon pour la planète et cela vous fait gagner des points. C’est le discours tenu par le groupe Marriott (1) - et de nombreux groupes hôteliers à travers le monde - pour promouvoir ses programmes verts. Mais à quel prix pour les employés ?

Le puissant syndicat américain Unite Here, qui représente 270 000 travailleurs, a décidé de lever le voile sur les dessous de ce type de programme dans une campagne intitulée "Marriott’s Dirty Choice harms housekeepers" (Les choix sales de Marriott font souffrir les femmes de ménage). Selon le syndicat, rien que pour 23 hôtels Starwood, cela aura conduit à supprimer 700 000 heures de travail pour les femmes de chambres et 350 emplois à plein temps. Ce qui a un impact sur leur salaire mais aussi sur la pénibilité de leur travail.

Plus de travail, plus de pénibilité

"J’aime mon travail, mais quand des clients sont encouragés à renoncer à des services de nettoyage, cela se ressent sur les heures, ma paie et mon corps. Les chambres qui n’ont pas été faites pendant plusieurs jours sont sales et beaucoup plus difficiles à nettoyer", explique Anelita Vergara, femme de chambre au Westin Seattle Downtown de Seattle.

Selon plusieurs témoignages, les clients laissent des chambres sales, remplies de déchets, parfois même avec des moisissures… Ceci diminue leur rythme de travail (plus de temps pour une seule chambre) et rend leur travail plus stressant et pénible. Elles doivent utiliser des produits de nettoyage plus forts et plus toxiques qui "irritent leur peau, leur gorge et leur système respiratoire". L’étude menée sur 23 hôtels, dans 9 villes différentes, montre une augmentation des accidents de 50 % entre 2013 et 2017.

Des problèmes qui s'ajoutent à une contestation des salaires qui monte fortement. La grogne est telle que quelque 8 300 employées, dans plusieurs villes des États-Unis (Boston, San Francisco, Waikiki, Maui, Honolulu, Seattle et San Jose), sont désormais prêts à faire grève. "Elle peut se déclencher à tout moment, sans être annoncée au préalable", souligne le syndicat.

Les investisseurs interpellés

"Nous travaillons depuis de nombreuses années avec Unite Here, nous avons à chaque fois pris les négociations au sérieux et réussi à trouver des arrangements. Il n’y a aucune raison que cela soit différent cette fois-ci", assure un porte-parole du groupe Marriott sans pour autant répondre sur le fond aux plaintes des employés et du syndicat.

Au-delà de la direction du groupe, le syndicat et les femmes de ménage qu’il représente interpellent également les clients, qu’ils appellent à faire un "meilleur choix", mais aussi les investisseurs. Mi-septembre, la campagne a ainsi été présentée aux investisseurs internationaux engagés dans les PRI (Principes pour l’investissement responsable) à San Francisco dans le cadre d’une sensibilisation aux enjeux d’une transition juste.  

Béatrice Héraud @beatriceheraud 

(1) Le groupe Marriott possède notamment les enseignes Marriott, Le Méridien, Starwwood, Westin ou encore Le Ritz-Carlton


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