Alors que la première semaine de la COP28 s’achève à Dubaï, la nouvelle édition du Global Carbon Project, publiée ce mardi 5 décembre, rappelle que les émissions de CO2 ne cessent d’augmenter, jusqu’à atteindre un niveau record en 2023. En cause, la Chine et l’Inde, dont la consommation de charbon et de pétrole est en hausse, alors qu’en Europe et aux États-Unis, la tendance tendrait à s’inverser. Un signal fort à l’heure où les États doivent statuer sur la fin, ou non, des énergies fossiles.

Est-il déjà trop tard ? Au rythme actuel, il nous reste moins de sept ans pour agir si nous voulons rester sous la barre des 1,5°C, estime le Global Carbon Project. Or, nous ne sommes absolument pas sur la bonne trajectoire, les émissions de CO2 ne cessent d’augmenter, et devraient s’élever en 2023 à 40,9 milliards de tonnes (GtCO2), un record jamais atteint, selon les projections réalisées par 120 scientifiques internationaux et publiées ce mardi 5 décembre.
Malgré tout, quelques signes de diminution sont désormais perceptibles. "Certaines tendances en matière d’émissions ont commencé à évoluer favorablement, montrant que les politiques climatiques peuvent être efficaces", indique Philippe Ciais, chercheur au Laboratoire des Sciences du Climat et de l’Environnement. Voici trois informations issues de ce nouveau rapport, à retenir.
La Chine, loin devant les États-Unis et l’Europe, en termes d’émissions de CO2
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La Chine, premier pays émetteur avec 31% des émissions mondiales, devrait voir cette année encore ses émissions augmenter de 4%, par rapport à 2022. Cette forte croissance s’explique en partie par une reprise économique tardive après le coup d’arrêt lié au Covid-19. Le pays prévoit d’ailleurs un pic des émissions à l’horizon 2030, pour atteindre ensuite la neutralité carbone en 2060.
À l’inverse, les émissions de CO2 ont diminué dans certaines régions. Aux États-Unis, pays responsable de 14% des émissions mondiales, elles devraient baisser de 3% en 2023. Cela s’explique notamment en raison de la baisse des émissions liées au charbon (-18,3%) avec la fermeture progressive des centrales à charbon sur l’ensemble du territoire. Côté européen (responsable de 7% des émissions), la tendance est également à la baisse. Les émissions pourraient encore diminuer de 7,4% en 2023, par rapport à 2022, avec une baisse des émissions en provenance à la fois du charbon (-18,8%), du pétrole (-1,5%) et du gaz naturel (-6,6%). Surtout à cause de la crise énergétique et du prix élevé de l’énergie.
Le changement d’usage des terres, dont la déforestation, deuxième facteur d’émissions de CO2
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Jusqu’à présent, nous avons uniquement évoqué les émissions de CO2 liées à la combustion des énergies fossiles, mais le Global Carbon Project prend en compte une autre source d’émissions de CO2 dans son bilan mondial : le changement d’usage des sols. Et ils peuvent être multiples : déforestation, pâturage, expansion agricole ou inversement, recul agricole.
Beaucoup plus complexes à déterminer, les estimations sur ce volet comportent une plus grande marge d’erreurs. Néanmoins, les émissions nettes de CO2 dues à ce changement d’usage – estimées pour la première fois – devraient s’élever à 4,1 milliards de tonnes de CO2 en 2023. Soit près de 10 fois moins que les émissions fossiles. Mais elles restent bien trop élevées pour être compensées par les absorptions actuelles de CO2.
À eux seuls, l’Indonésie, le Brésil et la République démocratique du Congo contribuent à plus de la moitié (55%) de ces émissions. Déjà en 2018, le Giec avait établi que le changement d’affectation des sols était responsable de 20 à 25% des émissions globales de gaz à effet de serre, notamment à cause de la libération du carbone stocké dans le sol.
Une tendance à la décroissance du côté français
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L’un des points positifs à retenir de ce nouveau rapport est que la France figure parmi les bons élèves en termes de réduction des émissions de CO2. Mais "cette tendance enclenchée depuis les années 2000 va devoir s’accélérer pour pouvoir atteindre les objectifs de l’Accord de Paris", précise Jean-Pierre Chang, directeur adjoint de Citepa. Cet organisme chargé de décompter les émissions de carbone françaises, a enregistré une baisse des émissions de carbone de la France entre 2019 et 2023, en accord avec les objectifs de la Stratégie nationale bas-carbone.  
Concernant 2023, les émissions au premier semestre ont baissé de 4,3% par rapport au premier semestre de 2022. Cette baisse est particulièrement visible dans trois secteurs, que sont l’industrie manufacturière (-10%) en raison de la crise énergétique internationale, l’industrie de l’énergie (-8%) avec la remise en service de centrales nucléaires et enfin le secteur tertiaire et résidentiel, frappé par l’inflation, mais également par la crise de l’énergie. Cela fait craindre aux spécialistes que la baisse soit davantage conjoncturelle que structurelle.
Ces prévisions publiées en pleine COP28 envoient un signal fort aux dirigeants réunis à Dubaï, alors que "tous les pays doivent décarboner leur économie beaucoup plus rapidement qu’ils ne le font actuellement pour éviter les pires impacts du changement climatique", alerte Philippe Ciais.
Blandine Garot

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