Publié le 28 février 2019

ENVIRONNEMENT

[La vidéo des solutions] Parking, bunker, toit, conteneur… quand l’agriculture urbaine prend racine

Elle connait un véritable sursaut. Dans un parking réhabilité en ferme, dans un bunker, sur un toit..., l'agriculture urbaine a le vent en poupe. En témoigne le succès de la startup Agricool qui vient de lever 25 millions d'euros pour industrialiser son concept de fraises cultivées dans des conteneurs. Un moyen de reconnecter les urbains à la nature. À l'occasion du Salon de l'agriculture, Novethic vous propose, toute la semaine, une série dédiée au secteur sensible de l'agriculture en France. 

Paris ambitionne de convertir 30 hectares en terres agricoles d'ici 2020.
©MarinaFabre

Plus besoin d’aller à la campagne pour visiter des fermes. Depuis quelques années, l’agriculture urbaine connaît une forte recrudescence en France. Et Paris se place en tête. Dernier gros projet en date, celui du Parc des expositions de la Porte de Versailles où se tient actuellement le Salon de l'agriculture. Le toit du bâtiment va accueillir une ferme urbaine de 14 000 m2 soit deux terrains de football. Il faudra attendre 2020 pour que la surface devienne la plus grande ferme en ville du monde. 

Et ce projet n'est pas un cas isolé. La capitale s’est ainsi fixée comme objectif de convertir une trentaine d’hectares d’ici 2020 en terres agricoles. "Paris et la métropole du Grand Paris doivent vraiment installer ce qu’on appelle souvent une ceinture maraîchère", plaidait Anne Hidalgo lors du Salon de l’agriculture en 2018.

Pour y parvenir, la capitale a lancé en 2019 sa troisième saison des Parisculteurs, un concours destiné à verdir Paris. Cette année, 32 sites cumulant 5,8 hectares sont proposés. On trouve par exemple un projet sur les 1 400 m² d’un tronçon de la Petite ceinture ou un autre sur le toit de 2 350 m² du ministère de l’Économie et des Finances. Les années précédentes, une multitude de projets originaux ont poussé de terre et même… sous terre.

Produire au plus près des habitants

Dans un parking sous-terrain situé en dessous des barres HLM de la Porte de la Chapelle à Paris une ferme a ainsi vu le jour. La startup Cycloponics y fait pousser ses champignons, endives et shiitaké et se veut la "première ferme urbaine bio de Paris". "Le but c’est vraiment de produire au plus près des habitants, en ville", explique Théo Champagnat, le cofondateur, "On peut quasiment récolter le champignon et le vendre dans la journée. En plus cette démarche réponse à une demande d’informations des consommateurs sur la provenance et la qualité des produits".

La startup, spécialisé dans les lieux urbains désaffectés, a débuté à Strasbourg où elle a installé une ferme dans un bunker allemand du XIXe siècle. Micro-pousses de moutarde, roquette, radis, shiitakés et champignons poussent dans des conditions idéales, le bunker ayant naturellement un fort taux d’humidité. La production atteint les 150 kg toutes les deux semaines.

Des bénéfiques environnementaux pour tous

À l’opposé, l’entreprise Peas and Love propose, sur le toit de l’hôtel Yooma, à deux pas de la Tour Eiffel, 250 parcelles de potagers qu’elle loue aux habitants. "Avoir une ferme sur un toit donne des bénéfices écosystémiques au quartier. Elle améliore la biodiversité, diminue l’effet de chaleur en ville et améliorer la gestion des eaux. Cela a aussi un impact sur la santé des clients. En mangeant différemment, de saison, avec des herbes aromatiques, avec des choses saines, on va arrêter de manger de la merde et cuisiner autrement", croit Jean-Patrick Scheepers, fondateur de Peas and Love.

Pour ces lanceurs de projets, il s’agit avant tout de réduire le transport entre la production et la commercialisation et de reconnecter les urbains à la nature. "On ne pense pas que Paris sera capable de se nourrir lui-même parce que la densité de la population ne le permet pas", admet ainsi Amela, cofondatrice des Sœurs bien élevées. Avec ses trois sœurs, elle a installé, sur le toit d’un Monoprix de 700 mètres carrés 35 000 bulbes de safran.

En 1730, la nature occupait 73 % de la capitale

Preuve que ce marché est en pleine expansion Agricool vient de lever 25 millions d’euros pour industrialiser son concept. Cette entreprise produit des fraises au cœur de Paris, sans aucun pesticide, sans OGM, en utilisant 90 % d’eau en moins que dans les cultures traditionnelles le tout dans… des conteneurs. La startup française va ainsi s’exporter à Dubaï mais aussi en Asie.

Aujourd’hui selon l’Atelier parisien d’urbanisme (Apur), Paris compte 15 hectares d’agriculture urbaine déclarée. C'est peu par rapport à 1730, date à laquelle la nature occupait plus de 73 % de la capitale, avec 3 820 hectares de grandes cultures, 960 ha de maraîchage ou encore 500 ha d’arboriculture. Mais depuis les années 1970, cette surface a doublé. 

Marina Fabre, @fabre_marina


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