Publié le 23 décembre 2020

ÉNERGIE

Heathrow, Roissy… En période de crises climatique et sanitaire, les extensions d’aéroport font controverse

Les deux plus gros aéroports européens, Heathrow à Londres et Roissy à Paris, ont des projets d’extension dans les cartons qu’ils comptent bien mener à leur terme. La Cour suprême d’Angleterre a ainsi annulé l’interdiction pour motifs environnementaux de construire une troisième piste à Heathrow. L’équation économique et écologique de ces projets a pourtant été chamboulée par la crise sanitaire, qui a vu le trafic aérien chuter et la demande pour une relance plus verte se faire plus forte.

Heathrow airport heatrhowairport
Avant la crise sanitaire, près de 80 millions de passagers par an fréquentaient l'aéroport d'Heathrow, près de Londres.
@heathrowairport

La Cour suprême britannique a finalement rejeté la décision du mois de février de la Cour d’appel, qui interdisait le projet d’extension de l’aéroport d’Heathrow, dans l’ouest-londonien, pour des raisons environnementales. La haute juridiction estime que le gouvernement de l’époque, en 2018, n’avait pas à se conformer aux objectifs de l’Accord de Paris dans sa stratégie pour développer le transport aérien. Elle a donc validé la possibilité de construire une nouvelle piste.

Le projet d’extension d’Heathrow, l’aéroport le plus fréquenté d’Europe, est chiffré à plus de 15 milliards d’euros, financés par les propriétaires de la société de gestion de l’aéroport, dont le fonds souverain chinois ou encore la société d’infrastructure espagnole Ferrovial. La construction de cette troisième piste vise à porter le nombre de passagers annuels à 130 millions, contre 78 millions avant la crise.

"La demande pour l’aviation va se remettre du Covid"

Cette décision juridique intervient dans un contexte particulier pour le transport aérien. En raison de la pandémie de Covid-19, le trafic s’est en effet effondré partout sur la planète. Plusieurs compagnies aériennes ont dû faire appel au gouvernement pour assurer leur survie, les constructeurs aéronautiques ont commencé à réduire leurs effectifs, et les aéroports ont été désertés. Le retour à des niveaux de trafic d’avant crise n’est pas prévu avant plusieurs années, entre 2024 et 2027 selon Aéroports de Paris (ADP). En parallèle, alors que la demande pour des plans de relance plus verts se fait plus présente, le secteur aérien est de plus en plus pointé du doigt pour son empreinte carbone élevée. 

Une extension d’aéroport en pleine crise paraît donc pour le moins incongrue. Pour Heathrow Airport le projet reste pourtant valable. "La demande pour l’aviation va se remettre du Covid", a assuré un porte-parole du groupe juste après la décision de la Cour suprême. Selon lui, Heathrow s’est engagé à la neutralité carbone et l’extension est conforme à cette stratégie. Ce que réfute Friends of The Earth. L’ONG britannique, qui faisait partie des plaignants ayant remporté la manche devant la Cour d’appel, ne veut pas s’avouer vaincue. Elle a lancé une pétition pour faire pression sur le gouvernement, rappelant que le Premier ministre peut encore revenir sur la politique gouvernementale ayant soutenu ce projet d’extension.

Même polémique à Roissy

De l’autre côté de la Manche, l’aéroport de Roissy, au nord de Paris, est sujet à une polémique similaire. Concurrent acharné d’Heathrow en termes de transport de passagers, Roissy aussi veut son extension, alors que le gouvernement français a décidé d’interdire les vols intérieurs lorsqu’une alternative en train existe. L’agrandissement prévu du Terminal 4 doit permettre d’accueillir jusqu’à 40 millions de passagers supplémentaires par an.

Ce projet d’ADP, propriétaire de l’infrastructure aéroportuaire, est lui-aussi attaqué par des associations écologistes devant les tribunaux. L’Autorité environnementale a par ailleurs rendu un avis, début juillet, jetant le doute sur la conformité du projet avec les objectifs climatiques de la France. Même la navette Charles-de-Gaulle-Express, censée relier l’aéroport à la capitale, a été rejetée par le juge administratif de Montreuil car estimée non indispensable.

L’extension du terminal T4 a enfin perdu un soutien de poids cet été. Jean-Baptiste Djebbari, le ministre délégué au Transport, a estimé que le projet d’extension devait "être revu en profondeur". La crise du Covid-19 et la baisse du trafic aérien remettent en cause l’équation économique de cette extension, dont le coût est estimé entre 7 et 9 milliards d’euros.

Arnaud Dumas, @ADumas5


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