Publié le 02 novembre 2020

ÉCONOMIE

Cloué au sol par le Covid-19, le secteur aérien pourrait déjà avoir dépassé le "peak plane", le pic maximum de vols

Faillites de compagnies, avions au sol, trafic en chute libre... Le secteur aérien a été frappé de plein fouet par le Covid-19. Si les professionnels espèrent un retour à la normale en 2023, certains se demandent si le "peak plane", le moment où le trafic aérien a atteint son apogée, n'est pas déjà passé. Sans compter que la pression sur le secteur, lié notamment à son impact environnemental, oeuvre en ce sens. 

Avion secteur aerien pixabay
Le trafic aérien est soumis à de multiples pressions liées notamment au Covid-19 mais aussi au réchauffement climatique.
CC0

Le ciel est sombre pour le secteur aérien. Alors que le confinement épisode 1 a cloué au sol les avions et qu'une nouvelle vague de confinement débute, l’association du transport aérien envisage un recul de 68 % du trafic. Celui-ci avait pourtant repris en juillet et août sur les marchés intérieurs mais la progression n’a pas été spectaculaire et est retombée en septembre. Sans les aides des États, seulement 30 des 700 compagnies aériennes dans le monde auraient survécu à la crise, juge l’association.

Des résultats qui poussent certains experts à s’interroger. "Sommes-nous en train d’assister au peak plane ?", se demande Jean-Marc Jancovici cofondateur du cabinet de conseil Carbone4, sur Linkedin. Il s'appuie sur des données de Rystard Energy (ci-dessous) montrant le déclin durable des vols domestiques et internationaux en 2020. L’expression "pic d’avion" signifierait que le secteur de l’aviation a atteint un sommet à partir duquel le trafic va cesser d’augmenter.

Vols

Changement d'habitude et pression climatique

Selon un sondage réalisé par la Global Business Travel, 65 % des entreprises ont suspendu, voire annulé les voyages d’affaires avec la pandémie. Les salariés ont privilégié les visioconférences ou le télétravail. Ces voyages d’affaires sont pourtant une manne financière pour les compagnies. Ils représentent 50 à 75 % des bénéfices des transporteurs, estime le magazine Forbes. Et il pourrait ne pas retrouver leur niveau pré-Covid. "Le fait que les gens utilisent de manière intensive des outils pour travailler à la maison, comme Zoom, pendant des semaines, va les normaliser", juge dans un billet publié sur Propect Magazine le philosophe Julian Baggini.

Au-delà du Covid, le secteur aérien, qui représente 7,3 % de l’empreinte carbone de la France, est de plus en plus pointé du doigt pour son rôle dans le réchauffement climatique. La jeune militante Greta Thunberg a même développé le concept du Flygskam, la "honte de prendre l’avion". Un mouvement qui reste encore très marginal mais qui symbolise cette prise de conscience des citoyens et qui pousse les États à prendre davantage de mesures pour les réguler. En France par exemple, le gouvernement a demandé à Air France, en échange des sept milliards d’euros d’aide, de réduire drastiquement ses vols intérieurs dès lors qu’une alternative ferroviaire de moins de 2h30 entre en concurrence. 

De même, le projet de construction d’un quatrième terminal à l’aéroport Charles-de-Gaulle est sur la sellette. Le projet qui "prévoyait l’accueil à l’horizon 2030 de 40 millions de passagers en plus, ne se justifie plus tel qu’il était prévu", a expliqué le ministre délégué aux Transports, Jean-Baptiste Djebbari sur Europe 1 cet été. D’autant que le chantier est décrié pour son impact environnemental. Bruno Le Maire lui-même a appelé à réexaminer les extensions d’aéroport "au regard des nouvelles exigences environnementales et de la réalité du trafic aérien". 

L'avion à hydrogène en 2035

Si le secteur aérien a déjà survécu à de multiples crises, le contexte est aujourd’hui différent et les prévisions selon lesquelles le nombre de passagers devrait doubler d’ici 2035 paraît très optimiste. La capacité d’adaptation du secteur pourrait le sauver. Airbus a ainsi annoncé vouloir produire le premier avion à hydrogène d’ici 2035. Une innovation critiquée mais qui pourrait suffire à changer l'image du secteur, croient les constructeurs.

D'autant que certains citoyens sont toujours très attachés à l'avion. Alors que le Covid-19 a cloué au sol nombre d'entre elles, certaines compagnies ont proposé des "vols vers nulle part", dont le trajet consiste à partir d'un point pour revenir au même endroit quelques heures plus tard. Des vols qui ont rencontré un succès fou. 

Marina Fabre, @fabre_marina


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