Publié le 22 juin 2020

ENVIRONNEMENT

Toutes les compagnies aériennes devront abandonner leurs vols intérieurs en cas d’alternative ferroviaire

Air France ne sera pas seule. En contrepartie d'une aide de sept milliards d'euros débloquée par le gouvernement pour sortir de la crise, la compagnie aérienne devait abandonner les liaisons intérieures desservies par le train en moins de 2h30. Pour que ses concurrents low cost ne reprennent pas ce créneau, le gouvernement a annoncé que toutes les compagnies aériennes seraient concernées par cette interdiction. 

Compagnies aeriennes alternative ferroviaire 1
Le train est 40 fois moins émetteur qu'un voyage en avion.
CC0

C’était une condition sine qua non au versement de l’aide de sept milliards d’euros, censée redonner des ailes à Air France, lourdement frappé par le Covid-19. La compagnie aérienne, à la demande du gouvernement, devait réduire drastiquement ses vols intérieurs dès lors qu’une alternative ferroviaire de moins de 2h30 entrait en concurrence. "Je veux redire que ce soutien à Air France n’est pas un chèque en blanc", insistait ainsi le ministre de l’Économie Bruno Le Maire.

Problème : d’autres compagnies aériennes auraient pu prendre le créneau laissé par Air France. Or une telle situation aurait complètement annulé l’effet bénéfique sur l’environnement voulu avec cette mesure. "Il n'est pas envisageable que des opérateurs quels qu'ils soient, notamment low cost, viennent s'y insérer [dans les créneaux délaissés, NDR]. Donc nous prendrons un arrêté pour des raisons environnementales, compatible avec le droit européen, de manière à ce qu'il n'y ait pas ces effets de distorsion de concurrence", a expliqué sur RTL Jean-Baptiste Djebbari, secrétaire d’État aux Transports.

Le train 40 fois moins émetteur que l’avion

"Les lignes seront supprimées en concertation avec les régions", a précisé le secrétaire d'État, évoquant des discussions qui doivent s'engager "au retour de l'été". Reste que cette contrepartie est jugée insuffisante pour plusieurs ONG. Pour le think tank The Shift Project, qui vient de publier ses propositions phares pour le secteur aérien, il faudrait aller plus loin et "supprimer d’ici fin 2022 des liaisons aériennes domestiques là où l’alternative ferroviaire est satisfaisante, soit inférieure à 4 h 30, quelle que soit la compagnie aérienne". Cela concernerait les lignes nationales comme Paris-Marseille, Paris-Toulouse ou Lyon-Rennes.

Le train étant en moyenne 40 fois moins émetteur qu’un voyage en avion, la suppression de l’exploitation de ces lignes permettrait de réduire de 30 % les émissions du trafic aérien domestique d’ici 2025, estime le think tank. La mesure concernerait aussi les liaisons internationales comme Paris-Francfort ou Paris-Londres. 

La Convention citoyenne va plus loin

Quant à la Convention citoyenne pour le climat, qui vient de rendre ses 150 mesures au Président, elle propose d’organiser "progressivement la fin du trafic aérien sur les vols intérieurs d’ici 2025, uniquement sur les lignes où il existe une alternative bas carbone satisfaisante en prix et en temps (sur un trajet de moins de 4 heures)".

Concernant les rumeurs évoquant 8 000 à 10 000 suppressions d'emplois chez Air France, Jean-Baptiste Djebbari ne confirme pas. "Ce que je constate, c'est que si l'État n'avait pas prêté à Air France sept milliards d'euros, ce sont des dizaines de milliers d'emplois qui seraient aujourd'hui en danger", a-t-il déclaré. "La chose la plus rationnelle à faire, c'est ce que nous avons fait : c'était de sauver Air France-KLM, c'est de regarder en transparence et en lucidité ce qui va advenir du transport aérien et qu'Air France s'ajuste", a-t-il affirmé.

Marina Fabre, @fabre_marina avec AFP


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