Publié le 22 mai 2018

SOCIAL

Projet de loi alimentation : les associations digèrent mal les promesses non tenues de Macron

Les associations sont unanimes : le projet de loi alimentation manque d'ambition. L'interdiction du glyphosate n'apparaît pas dans le texte. Rien n'oblige la grande distribution à répercuter une hausse des prix sur le revenu des agriculteurs. Quant au bien-être animal, il passe clairement à la trappe. Malgré quelques avancées, la révolution agricole ne semble pas en marche.

Les associations notent deux avancées, la future interdiction du dioxyde de titane dans les aliments et l'objectif de 20% de bio dans la restauration collective.
Pixabay

Ils étaient tous réunis autour de la table ce mardi 16 mai au matin. Confédération paysanne, UFC-Que Choisir, Greenpeace, Foodwatch… Des agriculteurs aux associations environnementales et citoyennes, près de 50 organisations se sont retrouvées pour tirer la sonnette d’alarme quant au projet de loi issu des États généraux de l’alimentation.

Le glyphosate passe (pour l’instant) à la trappe

Le texte, qui sera discuté à l’Assemblée nationale à partir du 22 mai, "manque clairement d’ambition", dénoncent-elles. "C’est un projet de loi bancal. Il y a un décalage entre les beaux discours, les promesses d’Emmanuel Macron et le contenu du texte", argumente Karine Jacquemart, directrice générale de Foodwatch. "Clairement on ne pourra pas dire avec ce texte qu’on mangera mieux demain" (...) Ce n’est pas la révolution agricole qu’on attendait", abonde François Veillerette de Générations Futures.

L’interdiction du glyphosate, promise par Emmanuel Macron, n’est par exemple pas présente dans le projet de loi initial. "Stéphane Travert nous dit qu’il sera inscrit dans le plan pesticide, or ce n’est pas le cas", dénonce François Veillerette. "La décision du gouvernement d’interdire le glyphosate dans trois ans n’a pas changé", a pourtant assuré Nicolas Hulot sur les ondes de RTL.

Les consommateurs vont trinquer

Autre sujet de conflit : le SRP, seuil de revente à perte. Aujourd’hui, la loi interdit aux distributeurs de revendre à perte, comme acheter un produit 1 euro et le revendre 0,90 centime. Le gouvernement veut augmenter le SRP de 10 % pour limiter la pression qui pèse sur les fournisseurs et les producteurs. "Les distributeurs prennent déjà des marges de 100 % sur les fruits et légumes. La hausse de 10 % du SRP ne concernera que les produits d’appels comme le Coca-Cola ou le Nutella, très transformés et donc peu agricoles", explique Olivier Andrault de l’UFC Que Choisir.

Et cette mesure pourrait coûter entre 1,5 et 5 milliards d’euros aux consommateurs, estime l’association. D’autant que les distributeurs ne sont pas obligés dans la loi de répercuter cette hausse sur ces fournisseurs. "Espérer que ça ruisselle, c’est illusoire", dénonce la Confédération paysanne partisane d’un seuil de vente à perte, soit "une interdiction d’achat en dessous du coût de production".

Les animaux resteront en cage

Quant au bien-être animal, il est aux abonnés absents. Le gouvernement et les députés ont rejeté tous les amendements sur le sujet. Du contrôle vidéo en abattoir aux méthodes d’élevage. Même l’interdiction de la vente d’œufs de poules élevées en cage d’ici 2022, promesse de campagne d’Emmanuel Macron, n’a pas été retenue. Stéphane Travert préfère les renvoyer aux plans des filières.

Mais ces dernières gardent espoir. Elles comptent sur le réveil des députés En Marche. "Certains d’entre eux portent des amendements contre l’avis de leur groupe", glisse le WWF. "On espère qu’ils iront jusqu’au bout." 

Marina Fabre @fabre_marina


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