Publié le 28 février 2018

ENVIRONNEMENT

Qui sont ces agriculteurs qui ne peuvent pas se passer du glyphosate... et que le gouvernement soutient

Après avoir annoncé une sortie sous 3 ans du glyphosate, le gouvernement a admis des exceptions pour 10 % des agriculteurs pour qui il "n'existe pas d'alternative". Une annonce satisfaisante pour la FNSEA, le principal syndicat agricole, mais aussi très critiquée par la Confédération paysanne pour qui l'arrêt de l'herbicide était l'occasion de changer un modèle agricole français centré sur la productivité.

Suspense sur l’avenir du glyphosate en France. Alors qu’Emmanuel Macron avait martelé vouloir interdire sous trois ans le glyphosate - contre cinq ans prévu par l’Union européenne -, le Président semble aujourd’hui faire machine arrière. Lors de ses vœux au monde agricole, il a admis que des exceptions seraient faites pour les 10 % d’agriculteurs "qui n’ont pas d’alternative" à l’agent actif de l’herbicide le plus vendu au monde, le Roundup.

Du "pragmatisme" pour la FNSEA 

Même Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique et solidaire a rejoint la position du chef de l'État. "Je ne suis pas buté et personne ne doit être enfermé dans une impasse : si dans un secteur particulier ou une zone géographique, certains agriculteurs ne sont pas prêts en trois ans, on envisagera des exceptions", a-t-il indiqué le 25 février, en plein Salon de l'Agriculture. Une décision qui n’est pas pour déplaire à la FNSEA, principal syndicat agricole.

"C’est du pragmatisme", se félicite Henri Biès-Père, vice-président de syndicat. "Sur certains types d’agriculture, comme la conservation des sols (utilisée notamment en agroécologie, ndr), on est obligé d’utiliser du glyphosate", explique l’exploitant en production laitière. Concrètement, pendant l'hiver, les agriculteurs peuvent laisser un couvert végétal entre deux cultures pour protéger leur sol de l'érosion ou la matière organique de la terre.

Ce couvert, qui pousse en général très haut, est aspergé par les agriculteurs de glyphosate pour l'enlever sans labourer leur sol. Car "revenir aux charrues et au labour, c'est casser la vie organique de la terre", explique Henri Biès-Père. Or détruire cette dernière rend les sols moins fertiles.

Sauf que pour les agriculteurs bio et ceux de la Confédération paysanne, il existe bien des alternatives au glyphosate, même en conservation des sols. "Cela demande plus de temps de travail, et des parcelles moins grandes", explique Nicolas Girod, secrétaire nationale de la Confédération paysanne.

"Le glyphosate est un vecteur d'industrialisation"

"Le glyphosate est un vecteur d’industrialisation. Sur nos petites exploitations, nous n’en avons pas besoin. La fin du glyphosate est aussi une réorientation de notre politique agricole qui mènera à une segmentation des énormes fermes", estime l’éleveur de vaches dans le Jura. 

Même l’Anses, Agence nationale de sécurité sanitaire, tire la sonnette d’alarme. "Il faut qu’on maintienne l’utilisation des produits phytosanitaires pour la protection des plantes et non pas l’augmentation des volumes de production", explique Roger Genet, son directeur général. "Les volumes de produits phyto ne cessent d’augmenter en France, il faut que les agriculteurs s’organisent pour baisser leur usage. Quand on a une grippe, on ne prend pas des antibiotiques systématiquement", compare Roger Genet.

Aujourd’hui, même si Christiane Lambert, présidente de la FNSEA, se défend d’un modèle agricole "accro" au glyphosate, le secteur en utilise en moyenne 7 000 tonnes par an. Le produit fait d’ailleurs partie selon l’Anses d’une des substances phytosanitaires les plus vendues en France, avec le soufre. Lors du Salon de l'agriculture, la FNSEA s'est engagé à réduire l'utilisation des produits phyto via un contrat de solutions.

Marina Fabre @fabre_marina


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