Publié le 14 novembre 2017

ENVIRONNEMENT

Matines, Carrefour, Intermarché... Les consommateurs imposent (presque) la fin des œufs de poules élevées en cage

Le leader français des œufs, Matines, vient d'annoncer vouloir passer de 70 % d'œufs de poules élevées en cage, à 30 %. En cause ? Des ventes d'œufs standards en recul. Il faut dire que la grande distribution, poussée par les consommateurs, s'est elle-même engagée à exclure ces œufs de tous ses rayons d'ici 2025. 

69 % de la production française d'œufs sont issus de poules élevées en cage.
©L214

C’est un mouvement inéluctable auquel Matines se plie. Le leader français des œufs a indiqué le 9 novembre vouloir se tourner vers la production d’œufs dite "alternatifs". Aujourd’hui, le groupe produit 70 % d’œufs de poules élevées en cage, contre 30 % issus d’élevages en plein air et bio. "Nous voulons inverser cette proportion", a affirmé à l’AFP un porte-parole du groupe. 

Les vidéos chocs de L214, un déclencheur 

Au-delà de ce seul groupe agro-alimentaire, c'est en réalité un mouvement de fond qui est en train de balayer tout le secteur. En effet, la vente d’œufs standards - c'est-à-dire issus d’élevage en cage - est "en perte de vitesse", explique Matines dans un communiqué. Leur part dans la distribution est passée de 97 % en 1996 à 54 % en 2016. Et la tendance s'accélère.

Cette baisse des ventes est à imputer à un changement de mode des consommateurs qui ont fini par imposer leurs choix aux distributeurs et, in fine, aux producteurs. Mais l'inflexion brutale est surtout venue des actions coup de poing de L214. L’association, qui milite contre la maltraitance animale et la consommation de viande, s’est fait connaître en publiant des vidéos chocs.

Une d’entre elles, diffusée en mai 2017, montrait des poules en batteries entièrement déplumées marchant sur les cadavres de leurs congénères et des poux grouillant sur les œufs destinés au commerce. L'élevage vendéen incriminé fournissait surtout le transformateur Panzani. Mais ces images choquantes ont affecté toute la chaîne de l'œuf.

Carrefour, Monoprix, Casino, Intermarché,... 

Dans un premier temps, la grande distribution a décidé de boycotter uniquement les élevages incriminés. Mais face à la multiplication des vidéos et la prise de conscience grandissante des consommateurs, elle a fini par prendre des engagements concrets.

Désormais, Monoprix a exclu de tous ses rayons les œufs de poules élevées en cage. Leclerc, Intermarché, Carrefour ou encore Casino se sont engagés à ne plus commercialiser d’œufs issus de poules pondeuses en batterie sous leur propre marque d’ici 2020, et dans la totalité des rayons d’ici 2025. Carrefour a même indiqué, le 8 novembre, étendre cet engagement à l’ensemble de l’Europe. Ainsi, à partir de 2025, 100 % des œufs commercialisés par le groupe seront élevés hors cage.

La France, premier producteur d'œufs en Europe

La fin des poules en batteries serait donc venue? Pas tout à fait. Ces engagements ne concernent que les œufs qui sont destinés à la vente directe aux consommateurs, et non à la transformation. Or 40 % des 14,3 milliards d’œufs produits en France sont transformés en pizzas, gâteaux, pâtes etc. Et ce secteur est désormais le premier débouché des œufs de poules élevées en cage. Ces dernières sont nombreuses. En 2016, on en comptait 33,6 millions, soit 69 % de l’élevage français. 

Marina Fabre @fabre_marina


© 2020 Novethic - Tous droits réservés

‹‹ Retour à la liste des articles

Pour aller plus loin

Maltraitance animale : la grande distribution se détourne de l'élevage de poules en batterie

Le groupe Panzani s’est engagé mardi 30 mai à ne plus vendre d’œufs de poules élevées en cage d’ici 2025. Cette décision fait suite à une vidéo publiée par l'association L214 montrant les conditions déplorables d'élevage chez un de ses fournisseurs. Il rejoint ainsi Monoprix, Système U,...

Œufs contaminés au fipronil : les industriels jouent la montre, selon la Confédération paysanne et la Fédération du commerce

Le gouvernement a actualisé sa liste de produits retirés de la vente car contaminés par des œufs contenant de l'insecticide fipronil. Plusieurs associations dénoncent une publication au compte-gouttes, preuve du manque de traçabilité dans l'industrie agro-alimentaire. Pour la Confédération...

La France touchée par le scandale des œufs contaminés au fipronil

Après avoir affirmé que la France n'était pas touchée par le scandale des œufs contaminés à l'insecticide fipronil, le ministère de l'agriculture est revenu, le 7 août, sur sa copie. Treize lots contaminés, en provenance des Pays-Bas, ont bien été envoyés en France. Un élevage a été placé...

Pelures de tomates et coquilles d’œufs composeront les pneus de demain

Deux chercheuses de l'université de l'Ohio ont trouvé une solution pour remplacer le noir de carbone, un dérivé du pétrole hautement polluant, qui entre dans la composition des pneus. Il s'agit d'utiliser les pelures de tomates et les coquilles d'œufs jetés par les industriels.

ENVIRONNEMENT

Agriculture

Avec ou sans pesticides, bio ou OGM, les modes de production agricole jouent un rôle déterminant sur la biodiversité et la pollution. Le développement massif de monocultures comme celle de l’huile de palme dans certaines régions entraine des problèmes variés dont la déforestation.

Coronavirus Paris particules fines

Coronavirus : les Parisiens découvrent l'odeur des champs... et ce n'est pas une bonne nouvelle

En confinement, les Parisiens se sont étonnés de sentir une odeur de ferme dans la capitale. Ces effluves proviennent de l'épandage agricole des exploitations alentour. Or, plusieurs études montrent que ces particules fines aggravent les impacts sanitaires lors de la contagion du Coronavirus. Alors...

Alimentation coronavirus masque SEBASTIEN BOZON AFP

[Coronavirus, le jour d’après] Retrouver une souveraineté alimentaire en France

Alors que la crise sanitaire liée au Coronavirus oblige la France au confinement, la question de la souveraineté alimentaire n'a jamais été aussi importante. Si le gouvernement assure qu'il n'y aura pas de pénurie, il est temps pour l'Hexagone de questionner son modèle : un fruit et légume sur deux...

Nouveau label equitable bio guerre des prix

Pour contrer la guerre des prix dans le bio, les agriculteurs lancent un label plus équitable

Face à la guerre des prix que mène la grande distribution dans la filière bio, les agriculteurs du secteur viennent de lancer le label Bio Français Equitable (BFE) qui intègre un volet social impliquant une juste rémunération des paysans. Alors que la filière bio change d'échelle à grande vitesse,...

Transition agroalimentaire

Face à une transition agroalimentaire brutale, les défaillances d'entreprises se multiplient

Le secteur agroalimentaire subit les changements des habitudes des consommateurs. La montée en gamme des produits, plus sains, locaux, moins énergivores, associée à une guerre des prix et des tensions commerciales à l'international, a provoqué une hausse spectaculaire de défaillances d’entreprises...