Publié le 20 juillet 2020

SOCIAL

[Les nouvelles rives du tourisme] Taxes, quotas... la difficile préservation des sites touristiques fragiles

Le tourisme de masse, modèle basé sur les prix bas, est de plus en plus décrié pour son impact environnemental et social. Pour y remédier, certaines villes augmentent les prix via des taxes pour les visiteurs étrangers qui serviront à préserver les sites. D'autres préfèrent instaurer des quotas de touristes, sans condition. Toute la semaine Novethic s'interroge sur l'avenir du tourisme post Covid-19. 

Grande muraille de chine tourisme
La Grande muraille de Chine est régulièrement prise d'assaut par les touristes ce qui la dégrade particulièrement.
CC0

Et si la solution pour en finir avec le tourisme de masse, ses impacts sur l’environnement voire sur les populations locales, était d’augmenter les prix ? Certaines collectivités réfléchissent à instaurer des taxes spécifiques pour les touristes. C’est notamment le cas de Venise. Le but est de financer le nettoyage de la ville mais surtout de freiner la fréquentation de la cité des Doges, de plus en plus difficile à vivre pour les habitants. L’expérience du confinement associée à un retour au calme et à une baisse de la pollution, a eu l’effet d’un vrai déclic.

Sur les îles Galapagos d’Équateur, les touristes étrangers doivent ainsi s’acquitter d’une taxe d’entrée de 100 dollars pour arpenter le parc national. Au Bhoutan, c’est une taxe journalière de 165 à 250 dollars qui pèsent sur les touristes qui ne sont pas Indiens, Bangladais ou Maldiviens. L’idée est d’attirer un tourisme haut de gamme, qui reste plus longtemps sur place tout en payant davantage. 

"Comme dans l'agriculture, le vrai prix doit être payé"

"L’époque des voyages à prix toujours plus bas, réservés au dernier moment, et la multiplication des séjours courts et des city breaks semble bien en passe d’être révolue", juge Jean-François Rial, PDG de Voyageurs du Monde, dans une note pour le think tank Terra Nova. "Comme dans l’agriculture, le vrai prix doit être payé, quitte à rétrécir le marché et à ce que le consommateur s’impose des nouveaux arbitrages dans son budget", ajoute-t-il. Il semble pour lui inévitable d’instaurer des taxes écologiques, "comme des taxes sur la biodiversité, les réserves naturelles et une véritable taxe carbone conséquente calculée sur les émissions liées aux déplacements". 

Or, aujourd’hui, même avec des prix cassés, ce sont toujours, en très grande majorité, les cadres qui partent en congés, contre 47 % des ouvriers, selon les dernières données du Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie. "Une semaine de location pour un couple avec deux enfants équivaut au minimum à un demi-smic : largement hors du budget des plus modestes", écrit l’Observatoire des inégalités. 

Un quota de voyageurs limité

D’où l’idée d’instaurer des quotas de voyageurs sans taxe particulière. L’île de Boracay aux Philippines par exemple est fermée six mois dans l’année pour nettoyer les déchets accumulés et limite à 19 200 le nombre de touristes sur l’île simultanément. Une autre idée fait son chemin, celle des quotas carbone, considérée comme plus équitable.

Les députés François Ruffin (LUI) et Delphine Batho (EDS) ont proposé début juillet de mettre en place des quotas carbone individuels sur les trajets aériens personnels. Chaque Français aurait donc une réserve de kilomètres limités à parcourir en avion, reportables sur l’année suivante mais non transférables à d’autres personnes. "La taxation constitue une barrière de plus pour les plus modestes tandis qu’elle est indolore pour les voyageurs les plus aisés, qui sont aussi les plus réguliers. Ce n’est pas parce qu’on a de l’argent qu’on a le droit de polluer. Avec les quotas, la règle est la même pour tout le monde, cela permet de garantir une meilleure justice sociale", résume François Ruffin.  

Marina Fabre, @fabre_marina


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