Publié le 15 octobre 2018

SOCIAL

Faut-il être riche pour bien manger ?

Plus touchés par l'obésité ou le surpoids, les catégories modestes peinent à accéder à des produits bons pour la santé. Leur panier est essentiellement composé de pâte, riz, produits gras ou viande. En cause, le coût des fruits et légumes, trop élevé pour leur budget, mais aussi la dimension sociale. Chez les catégories modestes, la nourriture est le seul domaine où l’on peut se faire plaisir. 

Alimentation CentralITAlliance
La France compte entre 5 et 8 millions de pauvres.
@CentralITAlliance

C’était un des objectifs des États généraux de l’alimentation : rendre accessible à tous une alimentation saine et durable. Aujourd’hui, les enfants d’ouvriers sont quatre fois plus touchés par l’obésité que ceux des cadres. Et ils risquent deux fois plus d’être en surpoids, selon une étude de la direction statistique du ministère de la santé (Drees), publiée en février 2017.

"Les catégories modestes qui représentent 20 à 25 % de la population mangent peu de fruits et légumes et peu de poissons. Ils consomment en revanche beaucoup de produits bon marché comme les pâtes, le riz, les aliments gras mais aussi de la viande, dont le prix est de plus en plus accessible", explique Faustine Régnier, sociologue à l’Inra, Institut national de la recherche agronomique.

Les fruits et légumes coûtent trop chers 

En cause, d’abord, le prix trop élevé des fruits et légumes, surtout quand ils sont bio. En août 2017, l’association de consommateurs UFC Que Choisir notait que la grande distribution doublait ses marges sur les produits frais bio. Ses marges brutes sur un panier conventionnel représentaient 169 euros contre 304 euros pour le panier bio.

Pour remédier à ce problème, le gouvernement va obliger les distributeurs à réaliser des marges sur les produits d'appels comme Coca-Cola ou Nutella, donc à augmenter leur prix. Le but est de réduire le prix des autres produits, comme les denrées agricoles. 

Les plats transformés, star du modèle agroalimentaire

Mais rien n’oblige la grande distribution à se plier à ce système. Elle peut très bien augmenter le prix du Nutella sans pour autant baisser celui de la pomme. "Si on veut mieux manger, il faudra de toute façon payer plus", tranche Système U. "Pendant des années l’alimentation a été une variable d’ajustement face à l’augmentation du logement ou de l’énergie. Mais cela s’est fait au détriment des producteurs".

Pour que l’addition ne monte pas, le distributeur conseille de revenir à des pratiques plus simples comme cuisiner au lieu d’acheter des plats préparés qui coûtent plus chers. "Le problème c’est qu’on se base sur un modèle agroalimentaire dans lesquels les produits transformés sont les stars alors qu’ils ne sont pas forcément bons pour la santé", souligne Système U.

Chez les catégories modestes, on préfère l'abondance à la qualité 

Les catégories modestes sont pourtant très attachées à ces produits, même s’ils coûtent plus chers. "Pour un cadre, bien manger est lié à un souci de santé. Chez les catégories modestes, qui n’ont pas de vacances, de loisirs, de grosse voiture, la nourriture est le seul domaine où l’on peut se faire plaisir", analyse Faustine Régnier. "On préfère l’abondance et le choix à la qualité nutritionnelle".

Et même le matraquage de la campagne de l’État sur l’importance de manger "5 fruits et légumes" par jour n’y aura rien changé. Les habitudes alimentaires sont profondément ancrées dans l’identité, il faut parfois une génération pour les modifier.

En attendant, les cantines ont un rôle à jouer. La loi alimentation, votée à l’Assemblée le 2 octobre, prévoit 50 % de produits bio ou locaux dans les cantines scolaires d’ici 2022. Reste à appliquer la loi. Rappelons que le Grenelle de l’environnement avait fixé en 2008 un seuil de 20 % en 2012. Or, selon l'association "Un plus Bio", le bio ne représente que 3 % des achats dans les cantines.

Marina Fabre, @fabre_marina


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