Publié le 11 mai 2018

SOCIAL

50 % de bio d'ici 2022 dans les cantines, c'est "empoisonner les gens à moitié"

50 % de produits bio ou labellisé d'ici 2022 dans les cantines. Voilà l'objectif du gouvernement bientôt inscrit dans la loi. Sauf que sans mesures incitatives ou sanctions, cette ambition risque de tomber dans les oubliettes. Plusieurs collectivités comme Grande Synthe (Nord) montrent pourtant la voie. La ville propose, depuis 2011, 100 % de repas bio dans les cantines et compte créer une centaine d'emplois localement. 

Cantine bio alimentation
Emmanuel Macron a promis 50 % de bio dans les cantines d'ici 2022.
Pixabay

C’était une des promesses de campagne du candidat Macron. Atteindre 50 % de produits bio dans les cantines d’ici 2022. Et le Président ne semble pas l’avoir oublié. Le 17 avril, les députés ont adopté en Commission des Affaires économiques, dans le cadre de la loi issue des États généraux de l’alimentation, un amendement visant cet objectif… ou presque. 50 % des produits devront être bio ou "sous signes d’identification de la qualité et de l’origine (SIGO) ou sous label qualité".

3% de bio dans les cantines aujourd'hui

Pourquoi pas directement 50 % de bio ? Car les surfaces agricoles bio manquent pour l’instant en France, elles représentent seulement 6,5 % du global. Résultat : un tiers des produits bio sont importés. Pour y remédier le gouvernement compte s’appuyer sur son plan bio de 1,1 milliard d’euros qui devrait aider les agriculteurs conventionnels à se convertir en bio. 

Reste à savoir si la loi suffira à imposer ces ambitions. Rappelons que le Grenelle de l’environnement avait fixé en 2008 un seuil de 20 % en 2012. Or, selon l'association "Un plus Bio", le bio ne représente que 3 % des achats dans les cantines. "En l’absence de contraintes ou d’incitations financières, ce nouveau texte risque malheureusement, comme d’autres avant lui, de faire… flop !", estime ce réseau national de cantine bio.

"On empoisonne les gens à moitié"

"C’est de toute façon une annonce de faux cul", réagit vivement le maire de Grande-Synthe, première ville de plus de 20 000 habitants à offrir 100 % de repas bio dans ses cantines. "Si on reconnait qu’il faut 50 % de bio, c’est qu’on a conscience du problème de l’agriculture conventionnelle sur la santé. On empoisonne les gens à moitié", ajoute Damien Carême.

La ville est passée au 100 % bio en 2011 mais pas sans difficulté. Dans une région sinistrée où le taux de chômage avoisine les 26 %, le maire voulait des aliments produits localement et vecteur d'emploi. Il s'est donc tourné vers des coopératives bio du Nord Pas de Calais. Le vice-président de la communauté urbaine de Dunkerque compte également soumettre des critères d'agriculture bio dans les terres appartenant à la communauté urbaine.

Un surcoût de 37 %

"Le but est de créer de l'emploi localement, de dynamiser le territoire. Dans les terres du nord les exploitations sont très grosses et pas forcément sensibles au bio. L'idée est d'aider de jeunes agriculteurs bio en leur louant des petites parcelles. Si plusieurs collectivités intègrent ce raisonnement, on pourrait créer 500 emplois non délocalisables dans le Nord", affirme Damien Carême.

Reste le surcoût de 37 % que le maire a décidé d'absorber dans les dépenses municipales. "Aujourd'hui on ne paye pas le vrai coût de l'alimentation. Les collectivités peuvent assumer ce coût, et quand il y aura une vraie massification du bio, les tarifs baisseront. Notre rôle, en tant qu'élus, c'est de construire un autre modèle de société. Il est en grand temps !"

Marina Fabre @fabre_marina


© 2018 Novethic - Tous droits réservés

‹‹ Retour à la liste des articles

SOCIAL

Consommation

Produits verts, bio, issus du commerce équitable ou made in France….les marques multiplient les produits vendus comme écologiques, durables et responsables et les consommateurs prennent conscience de l’impact de leur choix sur l’environnement. Ces nouvelles pratiques de consommation doivent reposer sur des labels crédibles.

Alimentation CentralITAlliance

Faut-il être riche pour bien manger ?

Plus touchés par l'obésité ou le surpoids, les catégories modestes peinent à accéder à des produits bons pour la santé. Leur panier est essentiellement composé de pâte, riz, produits gras ou viande. En cause, le coût des fruits et légumes, trop élevé pour leur budget, mais aussi la dimension...

BuyOrNot l appi de boycott

[La vidéo des solutions] L’appli Buy Or Not pousse au boycott des entreprises irresponsables (et ça fonctionne)

Petit Navire pointé du doigt pour ses techniques de pêche, Coca-Cola pour l'assèchement des nappes phréatiques... L'application BuyOrNot, lancée par IBoycott, en plus de fournir l'impact nutritionnel des produits scannés par le consommateur, propose aussi de connaître l'impact sociétal de...

Fairphone telephone ethique test

J'ai testé pour vous le Fairphone 2 et c'est presque un téléphone normal

C'est le seul téléphone éthique au monde, et Novethic l'a testé pour vous. Malgré quelques petites déceptions - un bug rapidement corrigé, un déchargement rapide ou un moteur de recherche pas très éthique (Google) - on peut dire que le Fairphone répond à l'attente des consommateurs. Chaque pièce de...

Peche durable pixabay

Pêche responsable : la grande distribution ne veut pas rester en rade

90 millions de tonnes de poissons sont pêchés chaque année provoquant la surexploitation d’un tiers des stocks. En France, où la majorité du poisson consommé est importé, les consommateurs veulent être rassurés. C’est pourquoi, de plus en plus de géants de la grande distribution ont opté pour le...