Le Nutri-score change de règles. Depuis le 1er janvier, l'étiquetage nutritionnel devient plus sévère, faisant chuter la note d’un tiers des références concernées. Un nouvel enjeu qui pourrait pousser les industriels à améliorer la composition de leurs produits, mais qui pourrait dans certains cas entraîner l'abandon de l'indicateur. Une stratégie risquée, tant le Nutri-score fait aujourd'hui office de référence pour nombre de consommateurs.
Les notes de vos produits préférés pourraient virer au rouge. Depuis le 1er janvier, le mode de calcul du Nutri-score évolue pour aller vers un étiquetage nutritionnel plus strict. Six ans après sa mise en place, l’indicateur bénéficie d’une réactualisation afin de répondre tant aux transformations de l’industrie alimentaire qu’aux recommandations de santé. Pour cela, les seuils des nutriments à favoriser, ou au contraire à éviter, ont été modifiés, entraînant une notation plus sévère de nombreux aliments. 


"Tous les produits sont concernés, résume à Novethic Caroline Péchery, Co-fondatrice de ScanUp, start-up spécialisée dans la donnée produit. Nous avons réalisé une étude d’impact qui montre qu’un tiers d’entre eux vont voir leurs notes déclassées." Concrètement, les céréales du petit-déjeuner et les yaourts à boire perdent une à deux lettres à cause de leur teneur en sucre. Du côté des boissons, les édulcorants sont largement pénalisés. La viande rouge voit quant à elle sa note baisser par rapport à la volaille. Certaines références vont néanmoins voir leur indicateur passer au vert, comme les huiles végétales et les fromages peu salés.


Un levier de motivation


Interrogé sur France Inter le 3 janvier dernier, Dominique Schelcher voit en cette mesure "une très bonne nouvelle." Le PDG du groupe Système U la "mettra en œuvre au gré du renouvellement des emballages." Pour répercuter ces changements et écouler leurs stocks, les industriels disposent en effet de deux ans. Un temps qui peut également leur permettre d’améliorer leurs recettes dans l’espoir d’obtenir un meilleur score. C’est l’effet positif qu’a observé l’UFC-Que Choisir dans une étude publiée en avril 2023. "La qualité nutritionnelle a considérablement progressé", affirme l’association de consommateurs, qui constate "jusqu’à 5 fois plus de bons Nutri-Score depuis 2015."


Véritable "booster" de motivation, la perspective d’un bon score peut pousser les industriels à "déverrouiller des options qui n’étaient jusqu’alors pas envisagées, parce que plus coûteuses ou difficiles à mettre en place", nous explique David Garbous, Président du collectif En Vérité. Attention tout de même à certains subterfuges observés ces dernières années, comme l’ajout de fibres ou d’édulcorants venant faire gonfler artificiellement les notes. Des parades auxquelles la nouvelle version du Nutri-score devrait mettre fin. Face à ces évolutions, certains industriels choisissent cependant une autre stratégie : retirer tout bonnement le Nutri-score de leurs emballages. 


Le volontariat ne suffit pas


C’est le cas de Bjorg qui a annoncé mi-novembre abandonner l’indicateur au profit du Planet-score, dédié aux impacts environnementaux. "Se désengager, c’est une démarche risquée par rapport aux consommateurs", analyse Caroline Péchery. "Nous espérons que cette tendance ne va pas se généraliser, abonde Audrey Morice, Chargée de campagnes pour Foodwatch. Mais cela montre pourquoi rendre obligatoire le Nutri-score est important : les entreprises sont volontaires tant que ça ne les pénalise pas trop." Si la Commission européenne s’était engagée dans le cadre de sa stratégie "de la ferme à la fourchette" à proposer un indicateur unique pour l’ensemble des États avant fin 2022, le projet n’a toujours pas abouti. 


"Ces retards (…) sont tout à fait liés à la pression des lobbies, des grands groupes agroalimentaires, des syndicats agricoles et l’Italie", souligne Serge Hercberg, nutritionniste et créateur du Nutri-Score, interrogé par France Info. L’expert appelle les consommateurs à faire pression auprès des politiques et des industriels pour faire bouger les lignes. Un rôle central dont on peut observer l’impact en France grâce à des outils complémentaires. "Quoiqu’il arrive, les industriels sont soumis au Nutri-score, qu’ils l’affichent ou non, affirme David Garbous. Aujourd’hui, il y a des millions d’utilisateurs de l’application Yuka, dont la note s’appuie à 60% sur le Nutri-score. Accepter de se soumettre à ce levier d’évaluation externe, c’est un gage de confiance pour les consommateurs".
Florine Morestin
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