Publié le 14 juillet 2020

POLITIQUE

Un modèle écologique et productif, le nouveau chemin escarpé d'Emmanuel Macron

Après plus d’une heure d’échanges consacrés à la fierté nationale du 14 juillet et à son nouveau chemin, Emmanuel Macron a laissé beaucoup d’auditeurs perplexes. Il a mis l’accent sur la méthode, le dialogue social, pour tous et partout, mais ses engagements tous azimuts tiennent souvent du grand écart, à commencer par le nouveau modèle écologique et productif. S’il revendique cette expression paradoxale, il ne donne pas le mode d’emploi de sa mise en œuvre. 

Interview E Macron Stefano RELLANDINI AFP
Emmanuel Macron a promis de garder le cap mais s'est fixé un nouveau chemin pour y parvenir.
Stefano RELLANDINI / AFP

La promesse faite en avril par Emmanuel Macron aux Français était forte : Rien moins que faire renaître les Jours heureux offerts à la France par le Conseil National de la Résistance à la sortie de la seconde guerre mondiale. Ils ont défini ce modèle social qui peine de plus en plus à protéger les Français des crises actuelles, sanitaire, économique et surtout sociale.

Trois mois plus tard quasiment jour pour jour, Emmanuel Macron s’est longuement exprimé face aux journalistes Léa Salamé et Gilles Bouleau, sans que cela permette de comprendre comment il compte décliner ses priorités contradictoires au nouveau gouvernement Castex. Sur son chemin on trouve en quelque sorte les slogans suivants : "Vive la justice sociale",  "Oui au patriotisme industriel et non au nationalisme sanitaire". En revanche, il a fallu attendre une heure avant que l’écologie et son succès aux élections municipales soient abordés.

 "Je suis pour une écologie du mieux, pas du moins."

Emmanuel Macron a alors expliqué qu’il fallait "emprunter un chemin que doivent pouvoir prendre les 66 millions de personnes qui ne doivent pas avoir à choisir entre la fin du mois et la fin du monde". Refusant d’arbitrer en faveur d’une relance verte à la rentrée, il a préféré essayer de montrer ce qu’il y avait de vert dans les programmes actuels comme la prime à la conversion. "800 000 Français ont ainsi changé de voiture pour un modèle plus écologique. Cela montre qu’on peut rouler écologique et modeste !". S’il a fait plusieurs allusions à la rénovation thermique des bâtiments, l’action publique semble se focaliser sur un grand programme ciblant les écoles et les EPhad. Ce sont souvent des épaves thermiques transformées en fournaise en période de canicule, mais le calendrier de ce "mieux vivre pour jeunes et vieux" est resté flou tout comme son financement.

Le chemin dessiné par le président de la République consiste plutôt à faire baisser les émissions de gaz à effet de serre en réduisant les importations de biens produits à l’autre bout de la planète. "Nous devons redevenir une grande nation industrielle ce qui va améliorer notre bilan carbone puisque nous produirons en circuits court (...) Nous allons créer une filière hydrogène qui donnera de l’emploi à nos jeunes à qui on a demandé tant de sacrifices (...) Grâce au numérique, nous allons mieux utiliser les ressources naturelles…" Il a ainsi résumé sa philosophie : "Je suis pour une écologie du mieux, pas du moins."

Des modalités inconnues

Pour les 600 derniers jours de son mandat, Emmanuel Macron a décidé de parler à la France des terroirs, aux agriculteurs injustement culpabilisés, à ses élus locaux qui doivent devenir les nouveaux partenaires du gouvernement, aux partenaires sociaux, bref à tous ceux à qui Jean Castex sait si bien parlé.

Le président de la République prend le risque que les Français soient nombreux à avoir du mal à le suivre sur le chemin escarpé de ce redressement économique aux modalités inconnues. Les feuilles de route environnementales étaient pourtant claires sur le climat comme sur la pollution. Le Haut Conseil sur le climat vient de rappeler la France à son devoir climatique et sur la pollution, le Conseil d’État a condamné le gouvernement à une astreinte de 10 millions d’euros par semestre d’inaction.   

La volonté affichée par le Président de réformer la constitution pour y inscrire, comme l’a proposé la Convention Citoyenne, la lutte contre le changement climatique et la protection de la biodiversité ne suffira sans doute pas à prendre le chemin environnemental dessiné par ces deux institutions.   

Anne-Catherine Husson-Traore, @AC_HT, Directrice générale de Novethic


© 2020 Novethic - Tous droits réservés

‹‹ Retour à la liste des articles

POLITIQUE

Politique

Les acteurs politiques sont les seuls à même d'activer les grands leviers qui permettront, à grande échelle, la transformation responsable de l'économie et de la finance. Des conditions sine qua nonpour s'orienter vers un modèle soutenable.

Boycott produits francais au Koweit YasserAlZayyat AFP

Appels au boycott contre la France : une arme de guerre économique utilisée sur des cibles mouvantes

Le boycott de produits de consommation est une nouvelle fois utilisé pour des raisons politiques. Cette fois il l’est contre les produits français dans des pays musulmans afin de protester contre la position d’Emmanuel Macron sur les caricatures de Mahomet de Charlie Hebdo. Le pouvoir de dire non...

La traversee de Paris 1

[À l’origine] Le couvre-feu, du Moyen-Age à aujourd’hui : l'histoire d'un passé douloureux

Pour la première fois en France, un couvre-feu a été imposé pour des raisons sanitaires. 46 millions de Français sont concernés. Si, à l'origine, le couvre-feu était utilisé au Moyen-Âge dans un sens littéral, en éteignant les feux de cheminées la nuit pour éviter les incendies, il évoque...

Jean castex covid 19

Covid-19 : Jean Castex met 46 millions de Français sous couvre-feu

Face à l'évolution "rapide et préoccupante de l'épidémie", Jean Castex vient d'étendre le couvre-feu de 21 heures à six heures du matin dans 38 départements supplémentaires pour un total de 54. 46 millions de Français sont désormais concernés. Les effets ne seront visibles que dans deux à trois...

Hommage Samuel paty ChristopheArchambault AFP 01

Après l’assassinat de Samuel Paty, la haine sur les réseaux sociaux devient la cible prioritaire du gouvernement

Le lynchage de l’enseignant Samuel Paty sur les réseaux sociaux a conduit à son assassinat. Le Premier ministre veut créer un délit "de mise en danger par la publication de données personnelles" sur Internet. Une nouvelle loi qui remplacera la loi Avia sur la haine en ligne, censurée par le Conseil...