Publié le 13 avril 2020

SOCIAL

Coronavirus : Emmanuel Macron donne un cap social au "monde d’après" sans indiquer la route précise

Le Président de la République a enfin parlé aux Français du temps d’après le confinement qui se terminera le 11 mai prochain. Il a évoqué, sans entrer dans les détails, la nécessité de refonder le modèle économique pour se préoccuper des plus faibles et des moins bien rémunérés, ceux grâce à qui le pays continue de tourner alors qu’un tiers des salariés est au chômage partiel. Emmanuel Macron amorce ainsi un virage social, en rupture avec la première période de son mandat.

Discours Emmanuel Macron 13 avril Coronavirus confinement QuentinTop HansLucas AFP
Emmanuel Macron a promis un monde d'après crise plus social.
@ QuentinTop-HansLucas-AFP

Plus sobre, plus résilient et surtout plus social, tel est le modèle qu’a semblé vouloir dessiner le chef de l’État lors de sa déclaration télévisée du 13 avril. Après le ton martial et les allusions à la première guerre mondiale où il fallait "tenir" dans le combat contre le Covid 19, est venu le ton de l’apaisement fraternel. Plus humaine, cette approche est susceptible de redonner de l’espoir aux Français confinés et angoissés pour l’avenir. En faisant cette fois allusion aux "Jours heureux" qui reviendront, titre du programme du Conseil National de la Résistance écrit en 1944, Emmanuel Macron s’est placé dans la ligne du modèle qui a construit le système social français.

Au-delà de l’engagement à ramener les enfants dans leurs établissements scolaires et les Français au travail, à l’exception des lieux de rassemblement comme les cafés, les hôtels, les cinémas, les festivals, Emmanuel Macron a, pour la première fois, donner un cap au monde d’après. Il souhaite qu’il soit en rupture avec le précédent : "Sachons, dans ce moment, sortir des sentiers battus, des idéologies et nous réinventer. Moi, le premier. Il y a dans cette crise une chance de nous ressouder, éprouver notre humanité, bâtir un autre projet dans les prochaines semaines", a-t-il lancé.

Il semble ainsi reprendre à son compte l’effervescence d’idées et de propositions qui affluent vers les plateformes lancées pour imaginer le monde d’Après. Emmanuel Macron a ajouté qu’il espérait bâtir : "Un projet français, une raison de vivre ensemble profonde, avec toutes les composantes de notre nation. Je tâcherai de dessiner le chemin qui rend cela possible". Il a affiché son ambition appelant à "bâtir une stratégie où nous retrouverons le temps long, la possibilité de planifier, la sobriété carbone, la prévention, la résilience, qui seuls peuvent permettre de faire face aux crises à venir". Pour cela, il faut, selon lui, "garder notre indépendance financière (…) rebâtir une indépendance agricole, sanitaire, industrielle et technologique française et plus d’autonomie stratégique pour notre Europe".

Redonner ses lettres de noblesse à l’utilité sociale

Si l’ambition est immense, tout reste à faire puisqu’il s’agit d’un changement de cap radical. Le Président de la République désire, par exemple, accorder plus de considération aux professions en première ligne face au Covid-19. Il leur a rendu un vibrant hommage. "Notre pays tient tout entier sur des femmes et des hommes que nos économies rémunèrent si mal [...] La distinction sociale ne peut être fondée que sur l'utilité commune". Un nouveau paradigme que le Président assure vouloir construire avec les parties prenantes de la société, c’est-à-dire les partenaires sociaux, le monde économique et les autres partis politiques. Il souhaite ainsi redonner la priorité à ceux qui manifestaient dans les rues il y a quelques semaines pour demander plus de moyens : les chercheurs, les soignants, les enseignants…

Ce discours en rupture avec la première partie de son mandat ne va pas forcément générer un soutien général. Peu de temps auparavant, le Medef avait appelé à accélérer le retour vers le monde d’avant. Interrogé par le Figaro, le patron des patrons Geoffroy Roux de Bézieux assurait qu’il allait falloir travailler "un peu plus" pour relancer l’économie, quitte à rogner sur les droits sociaux. Il estime "qu'il faudrait se poser tôt ou tard la question du temps de travail, des jours fériés et des congés payés pour accompagner la reprise économique, et faciliter, en travaillant un peu plus, la création de croissance supplémentaire".

Emmanuel Macron ne s’est pas du tout inscrit dans cette volonté de "rattraper la croissance perdue". Il a ainsi envoyé un signal fort de soutien à ceux qui espèrent un monde d’après durable basé sur de nouveaux équilibres sociaux et environnementaux. Un nouveau rapport de force est en train de s’instaurer et montera en puissance dès le 11 mai. La victoire du camp de ceux qui appellent à un nouveau modèle pourrait permettre d’espérer prévenir les prochaines crises, environnementales et sociales, à commencer par celle du changement climatique.

Ludovic Dupin @LudovicDupin et Anne-Catherine Husson-Traore,  @AC_HT, Directrice générale de Novethic


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