Publié le 04 mai 2017

GOUVERNANCE D'ENTREPRISE

Colère des actionnaires de LafargeHolcim suite aux accusations de financement terroriste

Après avoir reconnu le financement de groupes terroristes en Syrie, le cimentier LafargeHolcim a fait face hier à une contestation forte de la part de ses actionnaires lors de son assemblée générale. Ils ont été près de 40% à s'opposer à la décharge de la direction dans cette affaire. Par ailleurs, le groupe est encore dans la tourmente après des accusations de travail des enfants en Ouganda, portées par deux ONG suisses. 

LafargeHolcim est désormais accusé de travail des enfants en Ouganda.
Franck Fife AFP

"Le chapitre est clos. Le fardeau du passé est maintenant écarté", a assuré Beat Hess, le président du conseil d’administration et nouveau président par intérim de LafargeHolcim, lors de l’Assemblée générale du groupe qui s’est tenue le mercredi 3 mai. Le cimentier franco-suisse est visé par deux plaintes portant sur le financement d’organisations terroristes lorsqu'il était présent en Syrie. Début mars, le groupe a reconnu avoir remis des fonds à des tierces parties pour trouver des arrangements avec des groupes armés, sans toutefois pouvoir les identifier.    

Mais les actionnaires n’entendent pas tourner la page aussi facilement. Lors de l'Assemblée générale, ils ont été 38 % à voter contre la décharge du conseil d’administration et de la direction dans cette affaire. Un score historique. Juste avant le vote, Vincent Kaufmann, le directeur d’Ethos (spécialisé dans l'investissement socialement responsable), qui conseille quelque 200 caisses de pension suisses, était monté à la tribune pour appeler à rejeter cette décharge. Il déplore que les anciens administrateurs du groupe à l'époque des faits siègent encore aujourd'hui au conseil d'administration.

 

Nouvelles accusations sur le travail des enfants  

 

Et la colère des actionnaires pourrait bien être ravivée par une nouvelle vague d'accusations. Les ONG suisses Pain pour le prochain et Action de Carême affirment que LafargeHolcim a eu recours au travail des enfants en Ouganda. "Pendant plus de dix ans, jusqu’en janvier 2017, LafargeHolcim (à travers sa filiale Hima Cement) a acheté en Ouganda des matières premières provenant de carrières où des enfants travaillaient. Selon plusieurs estimations, 150 jeunes ont été concernés", accusent les organisations dans un rapport publié mercredi 3 mai.

"Pendant des années, le groupe cimentier a tiré un bénéfice du travail des enfants. Avec pour conséquence que des jeunes n’ont pas été scolarisés ou n’ont pas reçu de formation. C’est pourquoi Pain pour le Prochain et Action de Carême demandent à LafargeHolcim et ses fournisseurs locaux de mettre en place des programmes pour permettre aux anciens enfants travailleurs soit de retourner à l’école, soit de recevoir une formation professionnelle", expliquent les ONG dans un communiqué. Elles appellent aussi la Suisse à réglementer le devoir de vigilance pour les entreprises.

En réaction, le cimentier, contacté par Novethic, indique avoir mené "une enquête approfondie en avril 2016 par des auditeurs indépendants et qualifiés". "Ces derniers n’ont trouvé aucune preuve matérielle indiquant que Hima ou ses fournisseurs auraient fait travailler ou été au courant de travail d’enfants dans la chaîne d’approvisionnement. 49 audits ont été réalisés dans les carrières de pouzzolane et de sable qui approvisionnent le groupe. Aucune de ces visites n’a montré d’exploitation minière artisanale effectuée par des enfants", assure LafargeHolcim .    

Concepcion Alvarez
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