Publié le 17 novembre 2018

ENVIRONNEMENT

[Science] Le bitcoin pourrait, à lui seul, augmenter la température de 2°C en 16 ans

On savait que le bitcoin est un gouffre énergétique mais pas que sa généralisation pouvait avoir un tel impact sur le réchauffement climatique. Selon une étude publiée dans la revue Nature, s'il est massivement utilisé, il pourrait faire grimper en seulement 16 ans la température mondiale de 2°C, explosant les objectifs de l'Accord de Paris. 

Le bitcoin est la première monnaie virtuelle décentralisée, elle est née il y a 10 ans.
@LestekSolzi

Ce n’est pas une nouveauté, le bitcoin est un gouffre énergétique. Mais une nouvelle étude publiée dans la très sérieuse revue Nature Climate Change évoque cette fois un vrai désastre environnemental. Selon les chercheurs de l’université d’Hawaï, si cette cryptomonnaie était massivement adoptée par la population, il pourrait provoquer une hausse de 2 °C de la température mondiale en seulement 16 ans.

Or selon les experts internationaux sur le climat du GIEC, les émissions de gaz à effet de serre ont déjà fait grimper la température mondiale de 1 °C depuis la révolution industrielle. Selon leur calcul, le réchauffement devrait atteindre 1,5 °C entre 2030 et 2050 avec des conséquences dramatiques sur la montée des eaux, la biodiversité ou la sécurité alimentaire. 

Une trop forte demande en électricité

"Bien que nous ne puissions pas prédire l’avenir du Bitcoin, notre analyse suggère que si son niveau d’adoption suit celui des technologies largement utilisées, il pourrait créer une demande en électricité capable de produire suffisamment d’émissions pour dépasser les 2 °C de réchauffement climatique mondiaux en quelques décennies seulement", écrivent les chercheurs.

En cause, le minage qui permet de créer les cryptomonnaies et de vérifier toutes les transactions de la blockchain. Ce processus est très énergivore. Pour l’instant, le bitcoin ne représente que 0,003 % des transactions dématérialisées mondiales. En 2017, le bitcoin a émis 69 millions de tonnes de CO2.

Plus d'énergie que pour l'extraction de métaux rares

Mais son utilisation pose déjà des problèmes dans de nombreux pays. L’Islande par exemple est devenue en quelques années le paradis des entreprises procédant à du minage de Bitcoins. Le climat très froid de ce pays du nord permet en effet de réduire les coûts de refroidissement des data centers. Mais à ce rythme, le minage de Bitcoins pourrait bientôt demander plus d’électricité que celle consommée par les habitants de l’île pour chauffer leur maison.

Une étude publiée le 5 novembre dans Nature Sustainability indique même que la fabrication de cryptomonnaies comme le bitcoin a nécessité, entre 2016 et 2018, plus d’énergie que l’extraction de métaux rares comme l’or ou le cuivre.

Marina Fabre @fabre_marina


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