Publié le 14 juin 2022

ENVIRONNEMENT

TotalEnergies va développer la pire bombe climatique du monde au Qatar

TotalEnergies vient d’être choisi par le Qatar comme premier partenaire étranger pour développer le plus grand champ de gaz naturel au monde. Selon une enquête du Guardian, publiée en mai dernier, ce gisement constitue aussi la plus importante bombe climatique, émettant plus d’un milliard de tonnes de CO2. Pour le spécialiste Alexandre Joly, il s’agit là d’un actif échoué si on veut être cohérents avec les objectifs de l’Accord de Paris.

Plateforme gaziere qatar Marc Roussel TOTAL
Le gisement North Field, qui représente environ 10 % des réserves de gaz naturel connues, est considéré comme la pire bombe climatique au monde.
Marc Roussel / Total

Cocorico. C’est le Français TotalEnergies qui a été choisi par le Qatar comme premier partenaire étranger pour développer le plus grand champ de gaz naturel du monde. La major pétro-gazière va prendre une part de 6,25% dans le projet North Field East, avec un contrat qui court jusqu’en 2054. Mais ce gisement, qui représente environ 10 % des réserves de gaz naturel connues, est aussi considéré comme la pire bombe climatique au monde. Le concept, développé par le Guardian dans une enquête publiée en mai dernier, désigne les projets pétroliers et gaziers susceptibles d’émettre plus d’un milliard de tonnes de CO2 sur l'ensemble de leur cycle de vie.

Ce n’est donc pas une bonne nouvelle pour le climat, même si le GNL en provenance du Qatar est moins émetteur de gaz à effet de serre que celui issu du gaz de schiste transitant depuis les États-Unis. "C’est un moindre mal. Mais si on veut être cohérent avec l’Accord de Paris, il faut laisser 80 % des ressources fossiles dans le sol. On crée donc un actif échoué car d’ici la fin de la décennie, l’Union européenne va consommer de moins en moins de gaz. Il y a donc également un risque économique, qui en assurera les pertes ?" interroge Alexandre Joly, responsable du pôle Energie au sein du cabinet Carbone 4.

La production ne devrait démarrer qu’en 2026

Le projet, lancé en 2019 et en cours de construction, vise la production de 32 millions de tonnes de gaz naturel liquéfié (GNL) par an, huit plateformes, 80 puits et plusieurs gazoducs. Il devrait notamment alimenter l’Union européenne, lancée depuis quelques mois dans une course effrénée au GNL afin de remplacer les hydrocarbures russes. Mais la production ne devrait démarrer qu’en 2026. D’ici là, les besoins en gaz du continent devraient commencer à décliner dans une logique de réduction des émissions de gaz à effet de serre et d’atteinte de la neutralité carbone en 2050.

"C'est une bonne nouvelle pour la lutte contre le changement climatique car le gaz et le GNL sont essentiels pour soutenir la transition énergétique, et notamment le passage du charbon au gaz dans de nombreux pays" se targue au contraire Patrick Pouyanné, le président-directeur général de TotalEnergies. "Avec ses faibles coûts et ses faibles émissions de gaz à effet de serre, grâce à la capture et au stockage du carbone, ce nouveau partenariat nous permettra de renforcer notre portefeuille mondial de GNL et, avec le Qatar, il soutiendra notre capacité à contribuer à la sécurité énergétique de l’Europe" précise-t-il.

TotalEnergies impliqué dans 24 bombes climatiques

Le projet adoptera "les standards les plus élevés pour réduire les émissions" précise encore la multinationale dans un communiqué. Il s’appuiera sur le captage et stockage de CO2 pendant la production du gaz, une technologie qui n’est pas encore mature et qui reste extrêmement chère. En outre, même si le gaz est la moins émettrice des énergies fossiles à l’usage, il rejette tout de même du CO2 dans l’atmosphère. Ainsi, en 2020, ce sont les centrales au gaz qui étaient la première source d’émissions dans le secteur énergétique de l’Union européenne, selon le think tank Ember.

En tout, TotalEnergies est impliqué dans 24 bombes climatiques, selon un décompte réalisé par l’ONG Reclaim Finance pour 20 Minutes. Parmi elles, il y a l’oléoduc Eacop qui doit relier l’Ouganda à la Tanzanie et qui fait l’objet d’une importante contestation et qui fait l'objet d'une action en justice en France sur le devoir de vigilance, les ONG dénonçant des impacts environnementaux et sociaux majeurs. Il y a aussi le développement d'Arctic LNG2 en Arctique russe ou encore des projets gaziers au Mozambique, suspendus il y a un an après une attaque djihadiste.

Concepcion Alvarez @conce1


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