Entre la COP28 organisée aux Emirats arabes Unis ou la main-mise du Qatar et de l’Arabie Saoudite sur les grands évènements sportifs, le soft power des pays du Golfe s’étend, au détriment de la lutte contre le dérèglement climatique. 

La COP28 est de loin la plus controversée parce qu’elle se tient aux Emirats arabes unis et qu’elle est présidée par le dirigeant de la compagnie pétrolière nationale. Ce changement d’orientation est utilisé pour créer de nouveaux axes diplomatiques et se poser en allié des pays les plus pauvres, africains en particulier, ce qu’illustre l’adoption surprise de fonds perte et dommage en ouverture de la COP28.
Mohamed Adow, le directeur du think tank pour une justice climatique Power Shift Africa, ardent défenseur d’un développement massif des énergies renouvelables sur le continent, s’insurge contre une stratégie ambiguë. Les révélations qui ont précédé la COP ont montré que l’Arabie Saoudite espérait plutôt utiliser l’événement onusien pour négocier de nouveaux contrats pétroliers et gaziers avec l’Afrique. "L’Arabie saoudite veut utiliser notre pauvreté pour nous rendre esclave des énergies fossiles. Elle se comporte comme un dealer de drogue qui veut rendre accro ses clients en leur fournissant ses produits toxiques.


Le pouvoir d’influence glisse vers les pays du Moyen-Orient qui ont l’une des pires empreintes carbones au monde par habitant. Cette nouvelle géopolitique est donc peu favorable à une lutte efficace contre le changement climatique, ces pays utilisant tous les moyens pour gagner du temps en jouant sur les ressorts préférés des pays occidentaux. Paradis fiscal pour influenceurs, temple de l’immobilier de luxe et des pistes de ski dans le désert, Dubaï est devenue une destination touristique de premier plan. Sa compagnie aérienne Emirates sponsorise aussi les plus grandes équipes européennes de football : Milan AC, Arsenal, Olympique Lyonnais, Real Madrid.

Un façonnage de leur image


Le Qatar, troisième producteur mondial de gaz après la Russie et l’Iran mise lui aussi sur le sport pour bâtir son image mondiale. Il dirige le PSG, club phare français, et a organisé il y a un an la Coupe du Monde de Football. Il est à nouveau au premier plan mais pour son rôle auprès du Hamas dont il héberge les dirigeants. En tant que principal financeur bande de Gaza, il a joué un rôle décisif dans la négociation sur les otages. Illustration supplémentaire du fait que tout est lié, les tensions géopolitiques, les enjeux climatiques et les richesses produites par les énergies fossiles. Même si elle a été championne des controverses, la visibilité mondiale engendrée par l’évènement limite clairement les accusations de complicité avec le Hamas.
L’Arabie Saoudite elle est carrément accusée de sport washing sur l’environnement comme sur les droits humains. Troisième pays producteur de pétrole derrière les Etats Unis et la Russie, elle utilise sa très grande fortune pour bâtir un empire sportif. Elle a recruté les stars du football du moment de Karim Benzema à Christiano Ronaldo et créé cet été un fonds d’investissement pour "accélérer la croissance du secteur du sport et des évènements mondiaux". Son fonds souverain qui finance le projet est doté de plus de 500 milliards de dollars. Football, golf, Formule Un, Tennis les Saoudiens veulent accueillir les épreuves les plus en vue des circuits et construisent des projets pharaoniques toujours présentés comme optimisés sur le plan environnemental dans le cadre de Neom qui veut bâtir dans le désert. Il y a The Line, 170 km de long, Oxagon, ville flottante sur la Mer Rouge, Trojena station de ski et Siranna, un hôtel de luxe futuriste annoncé le 29 novembre. 

La fiscalité, un outil contre l’injustice 


Comment changer la donne pour remettre au premier plan les priorités environnementales et sociales planétaires ? Par la fiscalité espèrent ceux qui se sont battus pour faire adopter le principe d’un traité sur la fiscalité mondiale. Approuvé par un vote historique le 22 novembre dernier aux Nations Unies par 125 pays et en particulier tout "le groupe Afrique", il est destiné à favoriser une meilleure redistribution des richesses.


C’est un signal fort de la volonté de bouleverser un ordre mondial où les pays occidentaux les plus riches qui représentent 15 % de la population mondiale, ont tous voté contre, ce qui n’est le cas ni du Qatar ni de l’Arabie Saoudite.
Les trois pays du Golfe sont au premier plan des crises actuelles et jouent un rôle actif pour maintenir et développer les énergies fossiles. Se servir des évènements sportifs pour affirmer leur soft power est d’autant plus difficile à endiguer que les sujets semblent distincts. Pourtant tout est lié, climat, sport et fiscalité.
Anne-Catherine Husson-Traore, directrice des publications de Novethic

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