Publié le 15 avril 2019

SOCIAL

L’économie sociale et solidaire veut pousser ses modèles de mobilités inclusives qui ont fait leurs preuves

Covoiturage coopératif et solidaire, stage de vélo, apprentissage à l'usage des transports en commun, garages solidaires, auto-écoles sociales, etc. Des alternatives au règne du tout voiture se développent un peu partout en région avec, à la manette, les acteurs de l’économie sociale et solidaire. Ils espèrent en voir certaines reprises dans le cadre des annonces du Grand débat. La mobilité domicile-travail est en effet au coeur du mouvement des Gilets jaunes. 

Pour répondre aux exclus de la mobilité, l'ESS développe des solutions innovantes dans les régions.
@istock

Taxe carbone et prix du carburant, limitation de la vitesse, multiplication des radars...Toutes les mesures qui renchérissent le coût de la voiture ou limitent la liberté qui lui est associée restent extrêmement sensibles. C'est d'ailleurs de là qu'est parti le mouvement des Gilets jaunes. Car une grande partie de la population, notamment rurale, dépend très fortement de la voiture : 50% des actifs l'utilisent quotidiennement. Pour changer les mentalités et les comportements, de nombreuses structures de l’économie sociale et solidaire (ESS) déploient dans les régions des solutions alternatives et innovantes.

Pour construire une mobilité durable et inclusive et mettre peu à peu fin au règne du tout voiture, "la bataille n’est pas technologique mais culturelle", estime Bastien Sibille, président de Mobicoop, une coopérative de covoiturage qui se pose comme alternative à Blablacar, et qui compte 350 000 utilisateurs. La principale différence entre les deux structures : le site n'applique pas de commissions, contre 20 % en moyenne chez son principal concurrent. "Nous considérons le covoiturage comme un bien commun, il n’est pas normal que la richesse produite par les citoyens soit taxée par une entreprise privée", estime Bastien Sibille.  

Cibler les publics qui n'ont pas accès au numérique

Mobicoop entend en outre cibler les publics exclus des plateformes traditionnelles de par leur situation géographique ou leur maîtrise des outils numériques. La coopérative peut ainsi mettre en lien Georges, jeune retraité prêt à co-voiturer de temps en temps pour aller en centre-ville, et Marie-Laure, 75 ans, qui ne se sent plus capable de conduire et qui est encore moins à l'aise avec les plateformes numériques ! 

"Notre objet social est la réduction du nombre de voitures et l’accès à tous à la mobilité. Si nous réduisions le nombre de voitures de 8 % aux heures de pointe, cela éliminerait les bouchons qui coûtent chaque année six milliards d’euros en temps perdu, en stress et en carburant. Le message est en train de prendre au sein des collectivités qui voient dans le covoiturage une approche sociale et écologique. Elles sont de plus en plus nombreuses à faire appel à nous pour développer cette solution localement" témoigne Bastien Sibille.

Dans la même veine, Ecov, jeune pousse de l’ESS, propose du covoiturage "spontané" aux territoires ruraux et périurbains grâce à des panneaux connectés plantés sur le bord de la route pour signaler la destination des passagers. À Ayen, petit village de Corrèze, Ecosyst’m expérimente quant à lui un covoiturage à prix réduit (5 cts/km) pour les personnes les plus fragiles via une monnaie locale à réutiliser sur le territoire.

Un frein à l'emploi

Autre solution: des pôles de mobilité qui fleurissent un peu partout. Le pionnier se situe au Havre. Il a été initié par les acteurs de l’insertion par l’activité économique qui voient dans la mobilité un véritable frein à l’emploi. "Une personne sur trois a raté une opportunité d’emploi ou refusé un poste parce qu’il n’était pas mobile, on passe à 50 % pour les publics fragiles et 65 % dans les quartiers", constate Jean-François Samson, président du directoire du Pôle mobilité du bassin d’emploi du Havre. 

Constitué en SCIC (Société coopérative d’intérêt collectif), il réunit autour de la table tous les acteurs de la mobilité (collectivités locales, structures d’insertion, Pôle emploi, entreprises…). 1 200 personnes sont accompagnées chaque année. Elles bénéficient d'un bilan de mobilité et de divers outils tels que l'apprentissage aux transports en commun ou à la pratique du vélo, mais aussi l'accès à une auto-école sociale ou à des garages solidaires, à la location de voitures, scooters de vélos électriques. 

"La crise des Gilets jaunes peut être une occasion de remobiliser les gens sur l’intérêt général et réinterroger notre modèle de développement, soutient Jean-François Samson. La réponse ne consiste pas à distribuer du carburant gratuit à tous mais d’aller vers plus de sobriété. On espère que ce qui ressortira des mesures du Grand débat c’est de miser davantage sur l’ESS. On est traités comme la cerise sur le gâteau alors qu’on pourrait être une partie de la recette…"

Concepcion Alvarez, @conce1 


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