Publié le 27 novembre 2020

SOCIAL

Décision "historique" de l'Allemagne qui interdit les comités de direction sans femme

L'Allemagne ne tolérera plus un comité exécutif des grosses entreprises cotées 100 % masculin. Le gouvernement a décidé d'imposer la présence d'une femme dans ses hautes instances à partir de trois membres. Une "percée historique" qui rappelle que la France, une des pionnières de la politique des quotas, voulait, elle aussi, prendre ce chemin. Mais le gouvernement semble avoir abandonné cette idée. 

Femmes comite executif AzmanL Istock
L’Allemagne prend les devants sur la France, pourtant un des pays pionniers de la politique des quotas.
AzmanL / Istock

C’est un signal fort que vient d’envoyer l’Allemagne aux entreprises cotées en Bourse. Le gouvernement de coalition a accepté, après moultes négociations, d’imposer un quota obligatoire dans les comités exécutifs des sociétés cotées en Bourse. Désormais, les directoires devront obligatoirement compter une femme à partir du moment où ils sont composés de trois membres. C’est un vrai tournant pour la première puissance économique d’Europe, particulièrement à la traîne sur le sujet. 

D’après un rapport de l’ONG Allbright, la part des femmes dirigeantes en Allemagne est seulement de 12,8 % contre 28, 6 % pour les États-Unis, 24,9 % pour la Suède ou encore 24,5 % pour la Grande Bretagne. Pire, selon l’ONG, dans le Dax 30, l’équivalent du CAC40 Outre-rhin, la féminisation dans les comités de directions est même en recul. En septembre 2020, onze des 30 sociétés du Dax ne comptaient aucune femme dans ses hauts postes. C’est deux fois plus qu’en 2019. 

Une "percée historique"

Ces quotas "ont une percée historique", a réagi Franziska Giffey, ministre des femmes, de la famille, des personnes âgées et de la jeunesse. "Nous mettons un terme aux comités exécutifs sans femmes dans les grandes entreprises. Nous montrons l’exemple d’une société moderne et tournée l’avenir. Nous exploitons tout le potentiel de notre pays (…)", a-t-elle déclaré.

L’Allemagne prend les devants sur la France, pourtant un des pays pionniers de la politique des quotas. Depuis 2017, les entreprises cotées de plus de 500 salariés, et depuis 2020, celles de plus de 250 employés, doivent en effet compter dans leur conseil d’administration un minimum de 40 % de femme ou d’homme. Une loi bien appliquée puisqu’en mars 2019 par exemple, les groupes du SBF 120 comptaient en moyenne 43,6 % de femmes. Une dynamique qui n’a pourtant été enclenchée dans les comités de direction.

L'Allemagne devance la France

Emmanuel Macron et l’ancienne ministre chargée des droits des femmes, Marlène Schiappa, s’étaient engagés, en 2019, a imposé un quota dans ces hautes sphères. En mars, le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes (HCE) avait d’ailleurs remis un rapport sur le sujet au ministre de l’Économie Bruno Le Maire. Il préconisait d’imposer 20 % de dirigeantes dans les Comex de plus de huit personnes en 2022 et 40 % en 2024. Mais depuis, le gouvernement a changé de braquet. Il semble préférer l’élargissement de "l’index Pénicaud", cet outil qui mesure les inégalités salariales entre les femmes et les hommes. La ministre du Travail Élisabeth Borne souhaiterait y ajouter le critère de "la part des femmes dans les cadres dirigeants".

Cette solution est considérée par beaucoup d’associations comme moins audacieuse qu’une obligation de quotas, contre laquelle les organisations patronales se battent. En Allemagne d’ailleurs, les représentants des entreprises ont dénoncé une ingérence de l’État dans leurs affaires internes. Alors que la crainte d’une stigmatisation des femmes dans les Comex après l’application des quotas monte, plusieurs personnalités féminines allemandes célèbres ont posé pour le magazine Stern avec ce mot d’ordre : "Ich bien eine Quotenfrau", "Je suis une femme (issue, NDR) des quotas". 

Marina Fabre, @fabre_marina 


© 2022 Novethic - Tous droits réservés

‹‹ Retour à la liste des articles

SOCIAL

Droits humains

Le respect des droits humains par les entreprises est devenu crucial pour les investisseurs ou les ONG. Elles dénoncent les violations commises contre des peuples autochtones ou les communautés locales ce qui peut compromettre de nombreux projets, en particulier dans le secteur extractif.

New York Manhattan Yellow Cab CCO

Pour responsabiliser l’industrie de la mode, New York envisage une loi sur le devoir de vigilance

Le devoir de vigilance était un dispositif plutôt européen. Mais une députée et une sénatrice de l’État de New York ont proposé un projet de loi pour imposer aux industriels de la mode de prévenir les risques sociaux, environnementaux et climatiques de leurs sous-traitants. Une première aux...

Inegalite ok

Les inégalités de richesse se sont creusées de façon inédite pendant la pandémie

La fortune des milliardaires dans le monde a plus augmenté au cours des 19 derniers mois que sur la dernière décennie, affirme Oxfam dans son dernier rapport sur les inégalités mondiales. "C’est la plus forte augmentation depuis que ce type de données est recensé", précise l’ONG. La France ne fait...

Vaccin covid CC0 pixabay

Armand Hatchuel, chercheur à MinesParisTech : "Il faut se préparer à une prochaine pandémie et clarifier le jeu avec les laboratoires"

Un État peut-il se passer des grands laboratoires pharmaceutiques pour organiser une production vaccinale publique ? C'est la question que s'est posée le chercheur et professeur à MinesParisTech Armand Hatchuel, rappelant l'exemple des États-Unis, qui ont tenté de créer une telle filière mais ont...

Presidence france union europenne CCO pixabay

PFUE : La France sous pression pour faire adopter une directive européenne sur le devoir de vigilance

Alors que Paris prend les rênes du Conseil de l'UE, la directive européenne sur le devoir de vigilance visant à réguler les pratiques des multinationales sur le plan environnemental et social, vient à nouveau de subir un report. Le gouvernement en a fait une des priorités de la PFUE (Présidence...