Publié le 06 mars 2020

SOCIAL

Progrès de l'index de l'égalité entre les femmes et les hommes : bonne nouvelle ou "féminisme washing" ?

Le 8 mars célèbre la Journée internationale des droits des femmes. Et une nouvelle fois, ce sera l'occasion de constater que le compte n'y est pas en matière d'égalité professionnelle. Pour y remédier, le gouvernement mise sur l'index de l'égalité professionnelle, une arme qui permet de noter les entreprises en fonction de critères comme les niveaux de rémunérations ou les promotions. Mais le système de notation est très critiqué.

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Danone, Orange ou Air Liquide se rapprochent des 100 sur 100 dans le tableau de l'index de l'égalité profesionnelle.
@FeodoraChiosea

"Je ne supporte plus qu’en 2020, il y ait encore 9 % d’écarts salariaux entre hommes et femmes à postes égales et compétences égales", tempête la ministre du Travail, Muriel Penicaud. La question de l'égalité professionnelle avance si lentement que les femmes gagneront autant que les hommes en 2186 selon le Forum économique mondial. Malgré ce constat, aujourd’hui, en Europe, 90 % des grandes sociétés n’ont toujours pas de stratégie pour réduire les écarts salariaux, pointe une nouvelle étude publiée par le cabinet Equileap. 

Pour combattre ces écarts, le gouvernement a dégainé, il y a tout juste un an, son index de l’égalité professionnelle. À partir de plusieurs critères comme les niveaux de rémunérations, les augmentations, les promotions, la proportion de femmes dans les dix plus gros salaires… Les entreprises obtiennent une note sur 100. Si l’index concernait uniquement les grandes entreprises à ses débuts, il s’est étendu, désormais, aux entreprises comptant au moins 50 salariés. Les entreprises obtenant des notes inférieures à 75/100, plusieurs années de suite, ou ne présentant pas leur index, s’exposent à une pénalité financière pouvant atteindre 1 % de leur masse salariale. 

Cette année, Muriel Penicaud a sorti l’artillerie lourde. Elle a dévoilé le nom des grandes entreprises dont les résultats sont insatisfaisants. Dans le Parisien, elle cite ainsi Go Sport, De Richebourg ou encore Bouygues Bâtiment. Mais, l’index porte toutefois ses fruits, assure la ministre. "La note globalement moyenne des grandes entreprises est passée de 83 à 87. Le nombre d’entreprises égalitaires - celles qui obtiennent la note de 99 ou 100 sur 100 - a augmenté, passant de 36 à 55", remarque Muriel Pénicaud. 

Du "féminisme washing"

Des excellentes notes qui font grincer des dents certaines organisations syndicales qui jugent le dispositif gouvernement bien trop laxiste. "Il suffit d’avoir 75/100 pour ne pas être sanctionné. Or le barème retenu est très progressif et les cinq critères se compensent. Il sera donc possible de ne pas être sanctionné tout en ayant un écart de rémunération de 15 %", dénonçaient-elles en 2019.

Sur France Inter, un chef d’entreprise préférant garder l’anonymat témoigne qu’il est "très facile de tricher ou d’arrondir les chiffres pour gagner quelques points et passer au-dessus de la barre des 75 points. On peut faire des simulations anonymes en ligne et ajuster ensuite le résultat en fonction du barème. C’est d’autant plus simple qu’il n’y a pas de contrôles et que le détail des calculs et les justificatifs ne sont pas à fournir", glisse-t-il. D’où l’accusation de "féminisme washing" parfois attribué à cet index, qui permettrait en réalité à des entreprises de se gargariser d’être des bonnes élèves de l’égalité femmes-hommes alors qu’elles en sont loin.

L'entreprise, "haut lieu" du sexisme

Côté sexisme au travail, le constat d'échec est le même. Malgré le mouvement Me Too, qui a libéré la parole des femmes, l'entreprise représente un "haut lieu" du sexisme", constate le Haut conseil à l'égalité entre les femmes et les hommes (HCE) dans un nouveau rapport. "Le sexisme fait système et est présent dans le quotidien des femmes. Il y a urgence à rendre visible et à forger des outils dans tous les domaines, afin de le faire reculer", a appelé la présidente du HCE, Brigitte Grésy. 

60 % des Européennes ont ainsi déclaré, en 2019, avoir déjà été victimes d’au moins une forme de violence sexiste ou sexuelle au cours de leurs carrières. "Dans le monde du travail, la prévalence du sexisme demeure très importante en France comme en Europe", note le HCE. Ces dernières années, plusieurs initiatives ont pourtant été dans le bon sens. La reconnaissance de l’agissement sexiste dans le Code du travail en 2015 a permis d’apporter un nouveau cadre. Tout comme le renforcement des obligations faites à l’employeur en matière de lutte contre les violences sexistes et sexuelles. Mais les leviers restent encore insuffisants. 

Marina Fabre, @fabre_marina


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