Illustration du "pire de l’industrie de la mode", Shein est au cœur des critiques. Visé par une campagne contre la fast fashion à l’occasion du Black Friday, le géant de l’e-commerce fait également l’objet d’une procédure lancée par la cellule française de l’OCDE. Cette dernière devra enquêter sur de potentielles violations des principes directeurs de l’organisation.
Des prix ultra-bas, mais "une facture environnementale et sociale salée". Cette année, à l’occasion du Black Friday, plusieurs associations se mobilisent contre la fast fashion. Les Amis de la terre, Emmaüs ou encore France Nature Environnement appellent, au travers d’une large campagne sur les réseaux sociaux, à la mise en place d’une loi encadrant les pratiques néfastes du secteur. Dans leur viseur, des enseignes bien installées dans les habitudes des consommateurs, comme Zara ou Primark, mais aussi et surtout le géant de l’e-commerce Shein, qui attire chaque jour plus de deux millions de visiteurs sur son site français.


Incarnation du "pire de l’industrie de la mode" selon Les Amis de la terre, la marque chinoise et ses impacts sociaux et environnementaux sont aujourd’hui au centre de tous les regards. Shein fait en effet l’objet depuis le 14 novembre dernier d’une procédure de la cellule française (PCN) de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Faisant suite à une saisine des députés socialistes Dominique Potier et Boris Vallaud, l’enquête devra déterminer si le site marchand contrevient aux principes directeurs de l’OCDE. 


Application du devoir de vigilance


Rappelant la cadence record instaurée par la marque – 8 000 produits sont ajoutés chaque jour sur sa plateforme – les deux élus questionnent notamment les conditions de production de ces t-shirts, chaussures ou sacs, ensuite expédiés pour une poignée d’euros dans le monde entier. "Tout converge pour dire que la rapidité et le coût de fabrication ne permettent en aucun cas d’assurer des conditions de travail décentes, un salaire minimum et un dialogue social", souligne Dominique Potier dans une interview à Libération. Le député évoque également la potentielle toxicité de certains vêtements et le "problème environnemental posé par [le] modèle même de textile jetable"


Diligence de Shein vis-à-vis de sa chaîne de sous-traitance, droits humains, transparence, respect de l’environnement, intérêt des consommateurs… Au total, ce sont ainsi une dizaine de questions relatives aux principes directeurs de l’OCDE qui devraient être soulevées. Le PCN devrait prochainement procéder à l’audition de Shein et des plaignants, dans le but d’aboutir à une médiation. L’objectif ? "Que Shein se conforme aux règles internationales et qu’elle applique le droit français, notamment la législation relative au devoir de vigilance", expliquent Dominique Potier et Boris Vallaud dans un communiqué commun. 


Une ascension fulgurante


Des sanctions "proportionnelles à leur chiffre d’affaires mondial, avec une réparation intégrale des dommages pour les victimes" sont également évoquées par les députés. Mais c’est avant tout "une bataille culturelle, estime Dominique Potier. Aussi puissants soient-ils, ses dirigeants prennent notre démarche au sérieux, ne la méprisent pas : preuve que ce que pensent les citoyens européens compte." Shein a effectivement répondu positivement aux demandes du PCN selon des informations partagées par l’AFP, affirmant sa volonté de coopérer avec l’organisme durant tout la durée de la procédure. 


Toujours est-il que le géant de l’e-commerce ne montre aucun signe de ralentissement, bien au contraire. Enregistrant un chiffre d’affaires dépassant les 22 milliards de dollars en 2022, il multiplie les annonces depuis quelques mois. Après avoir conclu un partenariat avec la chaîne américaine Forever 21, lui permettant de vendre ses articles directement en magasin, Shein a révélé fin octobre étendre son catalogue en rachetant la marque de fast fashion britannique Missguided. Deux développements qui devraient renforcer la force de frappe du site marchand, en amont d’une potentielle introduction en bourse aux États-Unis. Rumeur qui court depuis des mois déjà. 
Florine Morestin
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