Publié le 21 septembre 2020

SOCIAL

Malgré les promesses du monde de la mode, les collections responsables restent marginales

Avec la prise de conscience écologique des consommateurs, les grandes enseignes de la fast fashion ont pris des engagements durables pour s'adapter à la clientèle. Mais, concrètement, cela se voit peu dans leurs collections. Chez Zara et HM, les collections responsables représentent environ 10 % de leur offre totale. Le Covid-19 pourrait servir de catalyseur au changement mais attention au greenwashing, préviennent les experts.

Mode textile pixabay
Malgré les engagements pour une mode durable, les collections responsables représentent environ 10 % des offres de la fast fashion.
CC0

C'est le cinquième plus gros émetteur de gaz à effet de serre et le second en termes d’occupation des sols. Le secteur du textile est particulièrement montré du doigt par les associations ces dernières années. Face à la prise de conscience des consommateurs, les grands groupes de la fast fashion ont dû s'adapter.  Toutes les enseignes - H&M, Zara, Mango, Uniqlo… - mettent en avant leurs engagements durables ces dernières années. Mais quelle est réellement la part de collections responsables dans leur rayon ? C’est la question à laquelle a répondu la startup d’analyses Retviews (Lectra). Et les chiffres parlent d’eux-mêmes.

Chez Zara, du groupe Inditex, la collection Join Life, unique collection responsable, représente seulement 14 % de son offre. Chez le géant suédois H&M, c’est pire. Sa collection Conscious plafonne à 10 % de son assortiment total. En bas du classement le japonais Uniqlo et l’espagnol Mango ne dépassent même pas les 2 %. Or, comme le note l’étude, H&M, Zara et Mango ont pourtant signé le Pacte de durabilité de l’industrie du G7 en s’engageant à ce que leurs actions soient compatibles avec une trajectoire de réchauffement à 1,5°C notamment. Plus surprenant, c’est l’enseigne néerlandaise C&A, qui n’a pourtant pas signé le pacte, qui s’engage le plus dans la mode durable. Plus d’un tiers de ses collections sont responsables.

Le flou de la mode responsable

Reste que, globalement, l'offre responsable reste marginale. Mais la pandémie pourrait bien changer la donne et accélérer cette mutation. "La crise du Covid-19 pourrait être considérée comme un catalyseur qui poussera l’industrie au changement", croit Katia Cahen, Marketing Intelligence Directeur chez Lectra. C’est aussi l’avis de Yohann Petit, directeur général de l’Alliance du commerce pour qui la crise sanitaire est "plus que jamais une opportunité de changement". Retviews a ainsi remarqué "une croissance nette en termes de communication" autour du sujet de la mode responsable permettant aux consommateurs d’avoir "accès à plus d’information et de transparence". 

Mais attention au greenwashing, préviennent les experts, car aujourd'hui, aucune réglementation ne définit la mode responsable. Et ce flou permet de présenter une collection comme "responsable" tout en utilisant des matières qui ne le sont pas particulièrement, comme le coton, le polyester, l’élasthanne ou encore la viscose. "Bien qu’étant organiques ou recyclés, ces tissus nécessitent encore beaucoup de ressources naturelles comme l’eau ou finissent pas être nocifs pour nos océans", notent les auteurs de l’étude. D’autres matières comme le lin ou le chanvre ont un impact environnemental bien moins élevé. 

Le Covid-19 a mis en lumière les défaillances du secteur

S'il veut renouer avec les consommateurs, le secteur textile va donc devoir être exigeant. La crise sanitaire a mis en lumière les défaillances majeures de cette industrie, allant des répercussions sur les ouvrières basées à l’autre bout du monde et sous-payées, jusqu’au modèle d’approvisionnement fondé sur des prix bas et des gros volumes. Un modèle économique qui commence à s’essouffler comme on l’a vu avec le redressement judiciaire de Camaïeu, la Halle ou encore André. 

"Après le choc du Covid-19, le véritable défi de l’industrie de la mode sera la transformation de sa chaîne d'approvisionnement obsolète, affaiblie et destructrice de valeur", résume Katia Cahen. Preuve en est, le scandale des Ouïghours. Aujourd'hui, plus d'un vêtement en coton sur cinq dans le monde proviendrait de camps de travail dans lesquels les Ouïghours seraient internés. 180 ONG ont appelé les grandes marques à rompre les liens avec le Xinjiang, province où cette minorité est persécutée. H&M est la dernière grande enseigne en date à rompre avec son fournisseur chinois.

Marina Fabre, @fabre_marina


© 2021 Novethic - Tous droits réservés

‹‹ Retour à la liste des articles

SOCIAL

Consommation

Produits verts, bio, issus du commerce équitable ou made in France….les marques multiplient les produits vendus comme écologiques, durables et responsables et les consommateurs prennent conscience de l’impact de leur choix sur l’environnement. Ces nouvelles pratiques de consommation doivent reposer sur des labels crédibles.

Journees europeennes Patrimoine

Journée du patrimoine : cinq lieux à découvrir de toute urgence

À la découverte de sites d'exception ! Du samedi 18 au dimanche 19 septembre, des centaines de monuments vont ouvrir leurs portes aux citoyens. Patrimoine industriel, naturel, social... Novethic a sélectionné cinq visites à réaliser sans attendre.

Empreinte carbone carbonfact

Découvrez Carbonfact, le futur Wikipédia de l’empreinte carbone de nos produits

La nouvelle plateforme Carbonfact, créée début juillet, veut donner la possibilité aux consommateurs de connaître l'empreinte carbone des produits qu'ils achètent, tout comme ils connaissent leur prix. Transparence et comparabilité sont les maîtres clés de Carbonfact qui ambitionne ainsi de devenir...

Alimentation metaux lourds Louis Hansel on Unsplash

Mercure, cuivre, arsenic… Les Français sont tous exposés aux métaux lourds

Les métaux lourds sont présents dans l'organisme de la quasi-totalité de la population française, enfant compris. Mercure, cuivre, nickel, chrome… Ces métaux sont très néfastes pour la santé. L'une des principales sources d'exposition identifiée par une nouvelle enquête de Santé publique France est...

Cestquilepatron

"C'est qui le patron" : avec l'explosion des ventes, le modèle de la marque des consommateurs est devenue une référence

C'est qui le patron a franchi la barre des 100 millions de briques de lait vendues chez Carrefour. Le seuil est symbolique mais il indique combien la marque, qui rémunère au juste prix les producteurs, est devenue incontournable en seulement quatre ans. Prise en exemple par Emmanuel Macron pour...