Entre 100 et 150 euros crédités par personne pour freiner la précarité alimentaire en France tout en encourageant une production locale et durable, voilà l'objectif de la sécurité sociale de l'alimentation. Après Montpellier, Toulouse ou encore Bordeaux, la capitale va expérimenter en 2024 cette idée révolutionnaire.

Se nourrir sainement grâce à une carte vitale de l’alimentation. C’est cette idée que le Conseil de Paris a votée, mercredi 15 novembre. Il s’agit d’expérimenter dès 2024 une sécurité sociale de l’alimentation auprès d’une centaine de foyers. Le but est de lutter contre la précarité alimentaire tout en favorisant une production locale et respectueuse de l’environnement. Chaque bénéficiaire recevra 100 euros à dépenser dans des commerces sélectionnés pour la qualité de leur approvisionnement. Comme pour l’assurance maladie, chacun cotisera en fonction de ses revenus et la ville en financera une partie. "Peu importe ses moyens, chacun.e pourra accéder aux mêmes commerces et aux mêmes produits sains et de qualité", explique dans un communiqué Fatoumata Kone, présidente du groupe Europe Écologie Les Verts au Conseil de Paris, à l’origine de la proposition.
"Paris est médiatique, cela permettra de sensibiliser plus facilement sur le sujet", s’enthousiasme auprès de Novethic Grégori Akermann, sociologue à l’INRAE chargé d’étudier l’impact de la caisse alimentaire mise en place à Montpellier, la plus avancée en France. Bordeaux, Toulouse, Grenoble, Saint-Etienne… Des dizaines de villes et villages partout en France préparent déjà des caisses alimentaires ou des initiatives similaires, listées par le collectif Sécurité Sociale de l’Alimentation (SSA). En pleine inflation et crise du pouvoir d’achat, l’alimentation reste une variable d’ajustement. 16% des Français affirment ne pas manger à leur faim selon une enquête du Centre de Recherche pour l’Étude et l’Observation des Conditions de Vie (Crédoc) publiée en mai 2023. 
Cartes des dynamiques locales de sécurité sociale alimentaire reduite

Carte des initiatives locales pour une sécurité sociale alimentaire
Crédit : collectif Sécurité sociale de l’alimentation (SSA)


"Montrer un chemin possible"


Le but est aussi de transformer l’économie locale. Si le recul à Montpellier n’est pas encore suffisant pour mesurer l’impact, des vertus sont déjà visibles pour les commerces participants. "En 6 mois seulement, une Biocoop a par exemple vu son chiffre d’affaires augmenter de quelques pourcents", commente Grégori Akermann. De plus, l’initiative encourage la création de groupements d’achat ou d’autres points de vente pour les produits locaux. Un comité citoyen composé de cotisants, d’associations et de collectivités est là pour identifier les manques et trouver des solutions. 
Les organisateurs espèrent à terme influencer la production agricole. Toutefois, transformer le système alimentaire "est une perspective de long terme", explique à Novethic Marco Locuratolo, coordinateur d’un Centre d’initiatives pour valoriser l’agriculture et le milieu rural (CIVAM) et initiateur du projet à Montpellier. Selon lui, l’expérience vise d’abord à "montrer un chemin possible". L’expérimentation devrait durer encore plusieurs mois en fonction des financements – Montpellier a fait le choix d’une cotisation volontaire qui oscille en moyenne autour de 60 et 70 euros pour un crédit mensuel de 150 euros, certaines personnes ne cotisant qu’à hauteur de 5 euros.

"Un choix politique majeur"


Chaque initiative locale trouve sa formule. Types de produits à favoriser, grille de cotisation, modes de financements… En Alsace, une caisse naissante compte par exemple s’appuyer sur les cotisations des employeurs, "au même titre que la participation aux mutuelles", précise à Novethic Éloi Navarro, qui porte le projet. Toutes ont en commun de vouloir créer un système pérenne, s’adressant à tous. En cela, les initiatives se différencient des chèques alimentaires testés par exemple en Seine-Saint-Denis, qui visent des populations ciblées.
Reste encore la question du financement. "Ce que l’on expérimente aujourd’hui ne doit pas être regardé avec les lunettes de la rentabilité, c’est un appel à faire société autour de l’alimentation", assure Marco Locuratolo. Comme pour l’assurance maladie, la sécurité sociale de l’alimentation est un choix politique majeur. "Nous avons besoin d’une pression citoyenne forte pour inciter les politiques à s’emparer du projet", expliquait Sarah Cohen, co-présidente de l’association ISF-Agrista, qui porte l’idée depuis 2017.
Fanny Breuneval

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