Publié le 20 septembre 2016

SOCIAL

Lutte contre l’obsolescence programmée : le positionnement de SEB, une stratégie gagnante

La semaine dernière, SEB, leader mondial du petit électroménager, affichait son ambition de se positionner comme le "champion de la lutte contre l’obsolescence programmée", preuves à l’appui. Une démarche qui reste encore marginale dans l’industrie, mais qui répond à une pression croissante de la part des consommateurs et des ONG. Et qui commence à être encouragée par la législation.

97% des produits des marques du groupe SEB sont réparables sur 10 ans, grâce à une conception adéquate et la disponibilité de pièces de rechange pour plus de 40 000 articles.
Andresr / iStock

"Nous voulons nous positionner comme champion de la lutte contre l’obsolescence programmée." L’ambition n’est pas celle d’un réseau de cafés "repair", mais bien celle du leader mondial du petit électroménager, qui réalise aujourd’hui 4,77 milliards de chiffre d’affaires à travers le monde. Comment ? En créant, dès la conception, des produits réparables, en faisant en sorte qu’ils soient effectivement réparés et en assurant une continuité de service sur 10 ans.

La démarche ne date pas d’aujourd’hui. C’est en 2008 que SEB a amorcé le virage de la durabilité à grande ampleur. Mais il a fallu 8 ans pour que le groupe s’estime suffisamment légitime pour communiquer ses performances au grand public. Et elles sont concluantes : 97% de produits sont réparables sur 10 ans, sur l’ensemble de ses marques, grâce à une conception adéquate et la disponibilité de pièces de rechange pour plus de 40 000 articles (dans un centre de stockage, mais aussi avec des imprimantes 3D pour réaliser à la demande les pièces plus rares). Selon les estimations de SEB, cela devrait donner lieu à 500 000 produits effectivement réparés cette année. Une réparation qui peut se faire dans les ateliers de réparation classiques, mais que le groupe veut aussi pousser à réaliser chez soi, à l’aide de tutoriels.

Toujours pour lutter contre l’obsolescence, SEB vient de mettre en place un service permettant de connecter l’un de ses appareils les plus onéreux (un robot multifonction) pour assurer son amélioration constante, au gré des évolutions technologiques. Et en offrant la possibilité de louer ses appareils, le groupe est pionnier de l’économie de la fonctionnalité dans son secteur.

 

Une demande de plus en plus forte du consommateur

"C’est un peu à contre-courant de ce que font la majorité des entreprises", reconnait Alain Pautrot, directeur de l’après-vente du groupe. Mais l’entreprise en est persuadée, cette voie est essentielle pour fidéliser le consommateur : "Un produit que le client veut réparer et qui n’est pas réparable parce que la pièce de rechange n’existe pas ou que le coût est trop cher, c’est un client qui va chez le concurrent".

C’est aussi ce qu’observe Thierry Libaert, qui vient de publier une note sur l’obsolescence programmée pour La Fabrique écologique. "Le spectacle des produits qui tombent en panne rapidement et que l’on doit jeter contribue à la distanciation, voire la défiance, croissante que l’on observe entre le consommateur et les entreprises", souligne-t-il.

De fait, les consommateurs déclarent être de plus en plus attentifs à la durée de vie des appareils. Et cela se traduit dans l’acte d’achat selon une étude du Comité économique et social européen (Cese) publiée en mars 2016. Une expérimentation menée sur internet pour l’étude montre ainsi qu’en moyenne, les ventes d’un produit sur lequel est affichée une durée de vie supérieure aux produits concurrents augmentent de 13,8%.  

 

Garantir la réparabilité effective des produits

Pour autant, un décalage important semble encore persister entre déclarations et pratiques. La faute aux entreprises qui pousseraient, par l’obsolescence programmée (logicielle, publicitaire ou technique), à remplacer toujours plus et vite les appareils ? "La responsabilité est partagée", assure Thierry Libaert, qui propose, dans sa note, plusieurs pistes.

Parmi les actions prioritaires : garantir effectivement la réparabilité des produits. Et ce n’est pas une mince affaire. La loi Hamon, entrée en vigueur il y a un an, a bien mis en place un certain nombre de mesures pour augmenter la durabilité des produits, mais elle reste largement perfectible, selon Thierry Libaert. Par exemple, llee rend obligatoire le fait d’informer le consommateur de la disponibilité des pièces détachées, mais seulement… si elles existent ! Et même dans ce cas-là, la DGCCRF observe un taux de conformité de seulement 40%.

Autre mesures à prendre rapidement : "interdire la mise en place de dispositifs rendant impossible les réparations, permettre au consommateur de se procurer les pièces de rechange dans un délai minimum de 5 ans après la vente, l’informer clairement (affichage) de la durée de vie et des possibilités de réparation et intégrer dans les prix des produits des critères favorables à l’intensité d’usage et à la durée de vie", préconise ainsi la note de la Fabrique écologique.

Pour sortir de la logique d'obsolescence programmée, Les Amis de la Terre et 12 associations partenaires demandent une extension progressive de la durée de garantie légale de conformité de 2 à 10 ans. "Dans le cadre de la loi Transition énergétique pour la croissance verte, un rapport du gouvernement doit être remis au Parlement sur l'extension de la durée légale de conformité de 2 à 5 ans, voire à 10 ans, pour certaines catégories ciblées de produits. De premières informations laissent à penser que ce rapport préconiserait un statu-quo", regrette l'ONG.

 

Une question de survie pour l’Union européenne

Mais pour Pascal Durand, député européen ALE / Les Verts, "la question ne peut être réglée qu’au niveau européen, ne serait-ce qu’en raison des règles du marché intérieur". Or, l’obsolescence programmée a jusque-là eu peu droit de cité dans les institutions communautaires. Elle est seulement mentionnée dans le paquet économie circulaire présenté en décembre 2015 par la Commission, sans que des mesures ni mêmes des travaux (la possibilité d’en réaliser sera examinée en 2018) ne soient mis en place. "Le mot fait encore peur, souligne Pascal Durand. Mais travailler sur la durabilité des produits n’est pas seulement une question écologique. C’est une question sociale, économique (1) et une question de survie de l’Union européenne car cela concerne à la fois la compétitivité de nos industries face à des modèles low cost à l’étranger, mais aussi un tissu d’emplois non délocalisables dans le domaine de la réparation".

C’est notamment ce que fera valoir l’eurodéputé dans son rapport publié en fin d’année, dans lequel il entend proposer des solutions pour augmenter la durée de vie des produits, en concertation avec les entreprises, les syndicats, les ONG, les élus, etc. Car il en est certain : ce n’est pas tant dans la sanction – privilégiée par la loi française de transition énergétique (article 99) que par la collaboration que l’on pourra réellement s’attaquer à cette question qui, au fond, est celle de la remise en question du modèle de production actuel.

 

(1) Voir la récente étude sur l’impact d’une plus grande durée de vie des produits, réalisée à la demande de la commission parlementaire Marché intérieur et protection des consommateurs et, pour la France, le Panorama de l'ADEME sur l'offre de réparation en France de 2014.
Béatrice Héraud
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