Publié le 21 juin 2018

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De Beers bouleverse le marché des diamants en commercialisant des pierres synthétiques

C'est un coup de taille dans le secteur diamantaire. Le plus grand producteur minier de diamants, De Beers, va commercialiser des gemmes synthétiques, via une nouvelle marque baptisée Lightbox. L'occasion pour ce secteur au fort poids environnemental de se verdir un peu, d'améliorer la traçabilité de ses produits et de capter un public plus jeune. 

Aujourd'hui aucun laboratoire en France ne permet de produire à échelle industrielle des diamants synthétiques.
Pixabay

Le Sud-Africain De Beers, premier producteur de diamants, vient de bouleverser le secteur des pierres précieuses. Des années durant, cet historique, créé en 1888, assurait qu'il ne vendrait jamais de pierres issues d'un laboratoire. Pourtant, l'industriel, qui détient 40 % du marché mondial, vient de brutalement changer son fusil d'épaule. 

Il a annoncé la commercialisation de diamants synthétiques. Sa nouvelle marque Lightbox y sera entièrement dédiée. Ces pierres représentent pour l’instant 2 % du marché mondial des diamants, estimé à 80 milliards de dollars. Mais elle pourrait atteindre 10 % d’ici 10 ans.

"Lightbox va transformer le secteur du diamant cultivé en laboratoire en offrant aux consommateurs (…) des bijoux de mode abordable, peut-être pas éternels, mais qui sont parfaits pour tout de suite", explique le PDG du groupe, Bruce Cleaver. De Beers va investir 94 millions de dollars sur quatre ans pour déployer sa nouvelle marque. L'objectif est produire plus de 500 000 carats bruts de diamants de laboratoire par an, soit environ 100 kilogrammes de pierre.

Meilleure traçabilité et impact moindre sur l'environnement 

Les diamants synthétiques sont conçus en laboratoire grâce à des atomes de carbone, auxquels on ajoute "du métal et un alliage de fer et de nickel", explique Sylvie Le Floch, chimiste à l’institut Lumière Matière. Ses atomes sont alors soumis à fortes pressions et température pour qu’ils forment un diamant. Leurs avantages sont considérables.

D’abord, le problème de traçabilité qui sous-tend la vente de diamants naturels ne se pose pas ici. Fini le risque de manipuler des diamants du sang, ces pierres précieuses dont la vente alimentent des conflits en Afrique. Ensuite, l’impact sur l’environnement est moindre. "Pour les diamants traditionnels, on a besoin de creuser pour aller chercher le diamant. Pour trouver un carat de diamant, soit 0,2 gramme, il faut détruire entre 250 et 350 tonnes de minerais. Les plus gros trous faits par l’Homme sur la Terre sont des mines de diamants", explique Manuel Mallen, président de Courbet, une marque de diamants synthétiques qui vient de s’installer place Vendôme.

"Le plus énergivore c’est de chauffer à 1 500 °C", précise ajoute Sylvie Le Floch, avant d'ajouter que "ce n’est pas plus polluant que de fabriquer des assiettes en porcelaine par exemple". À l'origine cette technologie de fabrication a été développée pour créer des diamants utilisés dans des processus industriels, comme de la découpe de matériaux durs.

Cinq fois moins chers

Avec cette annonce, De Beers fait d’une pierre deux coups. Ses diamants se vendront 800 dollars (environ 680 euros) le carat. Dix fois moins cher qu’un diamant naturel et cinq fois moins cher que les diamants de laboratoire vendus actuellement, estime Bloomberg.

Et ses arguments de vente déroutent le secteur des diamants de laboratoire. De Beers considère les pierres de mines fabriqués comme un "produit amusant et joli". Pour bien les démarquer des diamants naturels, il va même y inscrire, à l'intérieur, un logo Lightbox invisible à l’œil nu. Une mesure qui rassure l’Association des producteurs de diamants naturels (DPA).

 

"Il est clair que des pratiques plus justes et plus transparentes doivent être adoptées par les producteurs de diamants synthétiques", a réagi DPA. L'association félicite De Beers de cette "nouvelle norme en matière de divulgation et de commercialisation des produits synthétiques". Car la confusion entre diamants naturels et synthétiques est réelle. Par le passé, De Beers a développe un spectromètre AMS (Automated Meele Screening) pour détecter les faux diamants, sans toujours y parvenir. 

Marina Fabre @fabre_marina


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