Publié le 31 mars 2020

SOCIAL

Avec le Coronavirus, le commerce en ligne explose, pour le meilleur et pour le pire

Alors que le commerce en ligne enregistre une ascension extraordinaire du fait du confinement, ce sont essentiellement les grands distributeurs comme Amazon, Fnac, Carrefour, Intermarché... qui tirent leur épingle du jeu. Si certains petits commerçants de secteurs non vitaux ont préféré stopper leurs livraisons pour ne pas faire courir de risque aux livreurs, les producteurs agricoles tentent de s'organiser après la fermeture des marchés. Ils se tournent vers la vente en ligne via des plateformes en circuit court.

Le commerce en ligne profite aux geants
Contrairement aux enseignes alimentaires qui enregistrent des records de commande, la livraison de repas à domicile est en chute libre.
CC0

Alors que les Français subissent un confinement prolongé à cause de la pandémie de Coronavirus, le commerce en ligne, lui, se porte bien. Fnac, Amazon, Cdiscount… Tous rapportent un véritable boom de commandes. La startup Foxintelligence qui analyse l’e-commerce constate que les Français en confinement ont trois priorités : occuper les enfants en commandant des jouets notamment, s’adapter au télétravail avec un boom des cartouches d’encre et se divertir sans sortir. Les ventes d’articles de fitness ont explosé avec une croissance de + 175 %. Le marché des jeux vidéo en ligne a bondi de 265 %.

Un boom dont les petits commerçants ont dû mal à se réjouir. Certains, qui n’ont pas basculé vers le numérique, envient ces géants qui peuvent poursuivre leur activité en temps de Coronavirus, d’autres, au contraire, appellent à la responsabilité. "Éviter aux autres de s’exposer à des risques inutiles est une évidence", défend la marque de maroquinerie française Jules & Jenn qui a décidé de suspendre ses livraisons "afin d’éviter des trajets non-indispensables aux livreurs".

Mise en danger des salariés 

Plusieurs commerçants élèvent la voix pour dénoncer la livraison de produits non vitaux considérée comme non éthique. Les librairies indépendantes par exemple, on fait valoir qu'elles respecteraient bien la fermeture de leur boutique pour protéger les salariés et les clients. Dans une lettre ouverte au ministre de l’Économie Bruno Le Maire elles dénoncent la politique d’Amazon qui échappe "à l’impôt" et donc à "l’effort national", fait appel à des intérimaires et met en danger "ses salariés" pour "gonfler ses gains". 

Le géant d’e-commerce, Amazon, est en effet sous le feu des critiques. De nombreux salariés du groupe ont décidé d’exercer leur droit de retrait alors que plusieurs cas de coronavirus ont été détectés dans des entrepôts français. Chez DHL, groupe spécialisé en transport et logistique, le syndicat Force Ouvrière a alerté la direction sur les "risques encourus par la population opérationnelle et particulièrement les livreurs de notre entreprise qui doivent effectuer les livraisons de marchandises non essentielles chez les particuliers". Face à la situation et au trop-plein de commandes, plusieurs enseignes ont annoncé prioriser la livraison de produits de première nécessité. 

Les petits producteurs résistent en ligne

Sur le marché de l’alimentaire, secteur vital, là aussi les acteurs enregistrent une explosion des ventes. Les commandes en ligne quotidiennes des enseignes alimentaires, comprenant le drive et la livraison à domicile ont presque doublé de volume depuis le début du confinement. Si ces géants se portent bien, chez les petits producteurs qui vendaient sur les marchés, l’épreuve est rude. Car depuis le 23 mars, les marchés en plein air sont interdits, sauf dérogation du préfet.  

"Cette crise du Covid 19 ne doit pas détruire le travail quotidien que nous menons pour relocaliser la production et assurer la souveraineté alimentaire", demande la Confédération paysanne. "Cette crise nous ébranle et nous rappelle que la diversité est la clé, à la fois diversité dans les productions mais aussi dans les méthodes de commercialisation", abonde Jean-Paul Gabillard, secrétaire national légumes à la Fédération national de l’agriculture biologique. 

Pour multiplier les canaux d’approvisionnement, les producteurs s’organisent. La FNAB et la Confédération paysanne ont ainsi répertorié les plateformes dédiées aux circuits courts pour permettre aux consommateurs d’acheter directement à la ferme. Les villes viennent également prêter main-forte aux producteurs. À Saint-Maur-des-Fossés, ville qui compte le plus de marchés hebdomadaires après Paris d’après la mairie, un site Internet permet désormais de commander les paniers des commerçants des huit marchés. Un service de livraison à domicile a été mis en place, il sera, par la suite, réservé aux personnes les plus fragiles. 

Marina Fabre, @fabre_marina


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