Publié le 03 octobre 2017

SOCIAL

Mon collègue de boulot est un robot

Derrière les chiffres inquiétants sur l’automatisation du travail, on imagine des armées de robots qui viendraient s’emparer de nos emplois. Dans les faits, de nombreux secteurs ont commencé cette mutation sans forcément détruire toujours plus de postes. C’est le cas dans l’industrie mais aussi dans le tertiaire avec des robots qui viennent délester le travailleur des tâches répétitives et à faible valeur ajoutée.  

Robot main humain
Les cobots sont une nouvelle génération de robots conçus pour travailler avec l'humain.

Près d’un emploi sur deux pourrait être automatisé d’ici la seconde moitié du XXIe siècle et cinq millions d'entre eux détruits d’ici 2020 dans le monde. La robotisation massive est déjà à l’œuvre. À titre d'exemple, chez le géant du commerce en ligne Amazon, 45 000 robots sont en charge de la manutention, sans aucune présence humaine ou presque.

En France, STMicroelectronics mise aussi sur l’automatisation accrue de ses usines. "Elle permet d’apporter plus de flexibilité et de réactivité", témoigne Philippe Brun, son vice-président (1). Mais le fabricant de circuits intégrés assure que cela ne se fait pas aux dépens des salariés. "35% de notre chiffre d’affaires provient encore des salariés. Nous continuons d’embaucher mais les métiers changent. Il y a moins de main-d’œuvre pour la production et nous adaptons le profil du personnel en faisant de la formation." 

Place au robot collaboratif

Jusqu’alors cantonné derrière une cage en raison de sa dangerosité, le robot travaille de plus en plus main dans la main avec l'humain. La dernière génération de "cobots" (contraction de collaborative robot) s’inscrit dans cette logique. Il agit comme un assistant et intervient de façon ciblée sur des tâches complexes et délicates qui ne sont pas automatisables ou qui sont trop pénibles. Facilement programmable, il est capable d’apprendre au contact de l’humain et de s’adapter à plusieurs tâches.

Le secteur automobile a notamment commencé à s’équiper. PSA teste ainsi des cobots dans son usine de Tremery, en Moselle. BMW a également installé des cobots qui travaillent à côté des employés sur les chaînes de montage dans une usine américaine. Les prévisions de Barclay Equity Research tablent sur plus de 10 000 ventes de cobots en 2016, et 150 000 en 2020.

Pour l’instant, aucune norme ne permet de valider une installation cobotique, mais "le ministère du travail planche sur une révision de la directive machine afin d’autoriser un contact entre l’homme et la machine", indique Nathalie Nevejans, juriste spécialiste de la question. "C'est dans l'intérêt de la France où l'industrie du robot collaboratif est en plein essor."

Des robots jusque dans les banques

Au-delà des robots, se pose plus globalement la question de l'intelligence artificielle (IA). Au Crédit Mutuel, 20 000 chargés de clientèle partagent déjà leur bureau avec Watson, une IA fabriquée par IBM. L’objectif est d’apporter une aide aux salariés et non pas de se substituer à eux. Watson permet par exemple de faire face à l’afflux croissant de mails en les hiérarchisant et d'apporter des réponses 60 % plus vite que si le chargé de clientèle avait dû se documenter lui-même.

"Il y a cette crainte d’un robot omniscient qui remplacerait les salariés mais ce n’est pas du tout notre objectif : nous voulons grâce à Watson rendre nos conseillers disponibles pour leurs clients afin d’augmenter notre chiffre d’affaires", affirme Nicolas Théry, président de la Confédération nationale du Crédit Mutuel dans une interview au Monde.   

À en croire ces premiers utilisateurs, nous n'en sommes pas encore au super robot ou à la super IA qui dépasserait l’intelligence humaine, comme ce que craignent Elon Musk (Tesla), Bill Gates (Microsoft) ou encore le physicien Stephen Hawking. "Un pur fantasme qui ne se réalisera pas", assure même Jean-Claude Heudin, professeur et chercheur en intelligence artificielle. "Pour l’instant, l’intelligence artificielle est meilleure que l’homme sur certaines tâches très spécifiques uniquement. Plutôt que le défi technologique d’une intelligence artificielle ultime, se pose la question de l’acceptabilité sociale". Mieux vaut alors commencer à se faire à l’idée que demain, notre collègue de boulot pourrait bien être un robot.

Concepcion Alvarez @conce1

(1) Les propos retranscrits ont été recueillis lors d’une table ronde organisée le 25 septembre par la CFE-CGC dans le cadre d’une série de conférences sur l’intelligence artificielle.


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