Publié le 06 janvier 2021

SOCIAL

Le gouvernement assouplit la règle du 100 % télétravail face à la dégradation de la santé mentale des salariés

Alors que la santé mentale des salariés n'a jamais été aussi mauvaise depuis le début de la crise, le gouvernement lâche du lest sur le télétravail. La ministre Elisabeth Borne, qui obligeait tous les salariés dont les tâches peuvent s'effectuer à distance à télétravailler à 100 %, a autorisé un retour sur site un jour par semaine pour celles et ceux qui le souhaitent. Une manière de lutter contre l'isolement et l'explosion des risques psychosociaux liés. 

Teletravail pixabay
CC0
Depuis le début de la crise, le télétravail s'est généralisé en France, poussé par le gouvernement.

La santé psychologique des salariés "est au plus bas depuis le début de la crise sanitaire". C’est le constat dressé par le baromètre Opinionway pour le cabinet Empreinte Humaine. La moitié des salariés souffriraient même de "détresse psychologique" depuis le 30 octobre, date du reconfinement. Parmi eux, 31 % seraient au bord de la dépression. C’est 11 points de plus qu’au mois de mai dernier. Les femmes, les managers et les jeunes sont particulièrement touchés. 

"Les jeunes salariés sont en perte de repère, ils vivent plus fortement l’effet du confinement, de l’insécurité économique et de l’isolement social. Ils affichent un taux de détresse psychologique de 70 %", notent les auteurs du baromètre. Face à cette situation pour le moins préoccupante, le gouvernement a décidé d’assouplir les règles du télétravail dont la pratique participe à la dégradation de la santé mentale des salariés.

La moitié des télétravailleurs souffrent d'isolement

Le lundi 4 janvier, à l’issue d’une visioconférence entre la ministre du Travail, Élisabeth Borne, et les partenaires sociaux, il a été décidé d’autoriser les salariés en télétravail à revenir une fois par semaine en entreprise s’ils "en éprouvent le besoin". Cet assouplissement a minima du télétravail intégral se fera donc uniquement sur la base du volontariat et avec l’accord de l’employeur, a précisé le dirigeant de la CFTC Cyril Chabanier.

"Nos études montrent que plus de six salariés sur dix en télétravail à 100 % depuis novembre souhaitent revenir dans l'entreprise au moins une journée par semaine", avait expliqué Élisabeth Borne la veille, assurant que "plus de la moitié disent souffrir d'isolement". Fin novembre, le ministre de la Santé, Olivier Véran, évoquait même une "troisième vague de la santé mentale" liée au stress, à l’isolement social, à l’épuisement numérique…

Un outil de lutte contre la pandémie

C’est un changement de braquet pour le gouvernement qui va devoir mettre à jour le protocole sanitaire applicable aux entreprises. Depuis l’entrée en vigueur du deuxième confinement, ce dernier imposait le télétravail, cinq jours sur cinq, pour tous les salariés dont les activités peuvent être réalisées à distance. "Le télétravail n’est pas une option", prévenait alors la ministre brandissant la menace de sanctions pour les entreprises récalcitrantes. Avec cette nouvelle version, le gouvernement lâche du lest. Mais il tient toujours la bride car la situation épidémiologique, elle, est surveillée comme le lait sur le feu.

Ainsi, la date du 20 janvier, qu’Élisabeth Borne avait évoqué pour permettre aux entreprises de choisir elles-mêmes le nombre de jour minimum sur site, devrait être décalée en raison du contexte sanitaire dégradé. Le télétravail est devenu, en quelques mois, un outil majeur dans la lutte contre la propagation du Covid-19. Le gouvernement évoque même une un "effort citoyen". Mais entre les risques psychosociaux qu’elle génère et la lutte contre le Covid-19, il s’agit de trouver le bon équilibre. 

Marina Fabre, @fabre_marina avec AFP


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