Publié le 26 janvier 2021

POLITIQUE

Retour des États-Unis dans l’Accord de Paris : un symbole en attente de preuves

Le retour des États-Unis dans l’Accord de Paris était l’un des moments les plus attendus à l’échelle internationale suite à l’élection de Joe Biden. Le processus de réintégration, sans condition, est surtout symbolique et doit être accompagné d’actions concrètes pour convaincre, alors que le pays a toujours maintenu une position frileuse dans les négociations. 

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Le jour de son investiture, Joe Biden a signé un décret engageant le retour des Etats-Unis dans l'Accord de Paris.
Gage Skidmore

Joe Biden l’avait promis : en cas de victoire, les États-Unis réintégreraient immédiatement l’Accord de Paris. C’est chose faite : parmi ses dix-sept premières mesures présidentielles, le démocrate a signé le jour de son investiture, le 20 janvier, un décret engageant le pays dans cette voie.

Côté administratif, il est bien plus facile de revenir que de partir. Alors qu'il a fallu une année entière à Donald Trump pour officialiser le retrait américain, le retour est presque immédiat… et sans condition. "Ce processus est surtout symbolique", explique François Gemenne, chercheur en géopolitique environnementale. "Washington a dû envoyer une notification à la Convention Cadre des Nations Unies sur le changement climatique. Elle sera effective un mois plus tard, vers le 20 février. C'est très simple !"

Les États-Unis seront donc présents à Glasgow en novembre 2021, dans le cadre de la COP26.  D’ici là, à l’instar des autres pays signataires, ils sont sommés de soumettre de nouvelles ambitions climatiques, plus exigeantes que les précédentes.  John Kerry, envoyé spécial pour le climat,  s'est engagé, lundi 25 janvier dans le cadre du Sommet pour l'adaptation, à les publier prochainement. Joe Biden s’est pour l'instant prononcé en faveur de la neutralité carbone en 2050, et dès 2035 pour la production d’électricité, "des objectifs proches des ambitions européennes" souligne François Gemenne.

Dans les faits, si les États-Unis ont participé à toutes les COP - la 26ème édition aurait été la première sans l'Etat fédéral si elle n’avait pas été déplacée dans le cadre de la crise sanitaire – ils n’ont jamais porté vers le haut les négociations. "Même sous une présidence démocrate, le pays a toujours été frileux. Le Sénat américain est historiquement et philosophiquement hostile à l’instauration de mesures contraignantes à l'échelle internationale", ajoute le chercheur. Barack Obama avait par exemple obtenu de l'Accord qu'il ne mentionne pas de réduction chiffrée d'émissions de gaz à effet de serre. 

Faire ses preuves 

La réintégration des États-Unis se joue donc ailleurs : il s’agit de se reconstruire une crédibilité auprès de la communauté internationale. "Il y aura des séquelles. Personne ne fera comme si rien ne s’était passé", précise François Gemenne. "Si tout le monde se réjouit aujourd’hui, tout va se jouer lors des négociations pratiques et la mise en place de mesures contraignantes, notamment au sujet du marché du carbone, qu'il sera question de modifier ou conserver tel quel". Un point clé : ce sont les États-Unis, qui, en 1997 lors du Protocole de Kyoto, avaient encouragé la mise en place d'un marché du carbone plutôt qu’un prix fixe.  

Mais le président aura à faire ses preuves avant même la COP26. Premier test :  le projet de construction de l’oléoduc Keystone XL entre les États-Unis et le Canada. Si le président a mis à l’arrêt le projet dès son arrivée au pouvoir, sa rencontre le mois prochain avec le premier ministre canadien Justin Trudeau pourrait changer la donne. Ce serait alors une première défaite. 

Pauline Fricot, @PaulineFricot


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