Publié le 24 janvier 2022

POLITIQUE

Manifestation monstre contre les mesures sanitaires à Bruxelles, premier signe de colère sociale européenne ?

Des dizaines de milliers de manifestants, venus de Belgique et d’autres pays européens, ont défilé à Bruxelles pour protester contre les mesures sanitaires. Des émeutes violentes ont éclaté en fin d’après-midi dans un climat d’extrême tension. A l’heure où la France lance son pass vaccinal, la légitimité des mesures sanitaires pour lutter contre l’épidémie rencontre une colère de plus en plus grande dans une partie de la population qui n’est épargnée ni par la pandémie ni par le creusement des inégalités sociales qu’elle entraine.   

Manifestation bruxelle pass sanitaire omicron covid Sander De Wilde Hans Lucas Hans Lucas via AFP
Selon la police, 50 000 manifestations ont défilé dans les rues de Bruxelles le 23 janvier.
SANDER DE WILDE / HANS LUCAS / HANS LUCAS VIA AFP

Le front de la colère a rassemblé dimanche 22 janvier une population nombreuse et hétéroclite sur les mots d’ordre lancés par plus de 500 organisations : liberté, démocratie et droits humains. L’organisation Europeans United for Freedom qui fédère le mouvement estime qu’il n’y a pas eu "de grands débats publics sur quelques mesures que ce soit." Elle ajoute : "Nos gouvernements ont pris des mesures illégales qui restreignent nos libertés avec l’excuse de la pandémie mondiale. Loi après loi, ils ne respectent pas les constitutions et les droits humains". La manifestation monstre s’est terminée par des émeutes et des affrontements violents avec les policiers ciblant le cœur institutionnel de Bruxelles.

Dans la foule qui a défilé en Belgique, on trouvait l’habituelle population anti vaxx ainsi que des gilets jaunes mais aussi une population nombreuse qui n’accepte plus des mesures de privation de liberté au nom d’une efficacité sanitaire qui leur semble au moins discutable. Deux ans après le début de la pandémie, les choix faits par les gouvernements européens qui ont, à l’exception notable de la Suède, décliné des panoplies de mesures sanitaires inspirées de la stratégie chinoise zero covid, finissent par rencontrer une opposition de plus en plus forte. Elle se nourrit de l’impuissance à endiguer l’épidémie qui revient, variant après variant, mais aussi des limites de la stratégie vaccinale face à Omicron.

Grande disparité sociale

Séparer les populations en créant des inégalités de traitement entre les vaccinés et les autres sert de révélateur à une colère sociale particulièrement forte chez les plus délaissés, à l’image de la situation aux Antilles. Partout, il y a une forte corrélation entre le taux de vaccination et le niveau de richesse. Seuls les pays riches ont massivement vacciné leurs populations et, en France, les taux de vaccination des grandes métropoles reflètent ces inégalités. Ce sont dans les communes les plus pauvres que l’on est le moins vacciné, en Ile-de-France comme dans les régions lyonnaises et marseillaises. 

Or sans pass vaccinal pas d’activités culturelles, sportives ni d’accès à la restauration ou aux transports. Isoler les populations non vaccinées qui ont déjà un accès réduit par leur niveau de revenu à beaucoup d’activités, met en exergue la grande disparité sociale face aux mesures sanitaires. Pour y faire face mieux vaut maitriser les outils digitaux. Prendre un rendez-vous sur Doctolib, faire des tests en s’enregistrant sur le site de la Sécurité Sociale, télécharger son pass sanitaire, scanner un QR Code sont autant de tâches compliquées pour ceux qui ne savent pas les utiliser et sont aussi souvent les plus pauvres. On estime que 13 millions de personnes sont touchées par l'illectronisme en France !

La manifestation de Bruxelles a tourné à l’émeute mais elle montre par le nombre de personnes rassemblées, qu’une partie des Européens sont prêts à agréger leur colère. Celle des Gilets jaunes de 2018 n’est sans doute qu’un feu mal éteint que deux ans d’épidémie n’ont pas complètement étouffé. Mettre sur le même plan la lutte contre les inégalités et les ambitions environnementales dans le plan de relance européen serait un moyen d’éviter que le mouvement de protestation qui s’est matérialisé hier à Bruxelles prenne de l’ampleur.

Anne-Catherine Husson-Traore,  @AC_HT, Directrice générale de Novethic



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