Publié le 19 mai 2020

POLITIQUE

"Écologie Démocratie Solidarité", le nouveau groupe de l’Assemblée nationale qui fait perdre la majorité absolue à LREM

Ni de la majorité, ni de l’opposition. Tel est l’étroit chemin de crête que veut emprunter le nouveau groupe parlementaire composé de nombreux anciens députés macronistes. Ceux-ci veulent imposer une vision écologique et solidaire dans le futur plan de relance français post Covid-19. Mais avec seulement 17 membres, il faudra se faire entendre, même si cela a déjà suffi à fait perdre au groupe LREM sa majorité absolue.

Ecologie Democratie solidaire assemblee Villani Batho FrancoisGuillot AFP
17 députés, essentiellement issus de LREM, ont créé un nouveau groupe à l'Assemblée nationale.
@FrançoisGuillot/AFP

Un neuvième groupe politique avec des "marcheurs" et ex-"marcheurs" a été "déposé officiellement" mardi 19 mai à l'Assemblée, ont annoncé les membres fondateurs à l’occasion d’une conférence de presse en ligne. Baptisé "Écologie Démocratie Solidarité", ce nouveau groupe est "indépendant" : "ni dans la majorité, ni dans l'opposition", écrivent dans leur déclaration politique les élus.

Matthieu Orphelin, le vice-Président, précise ne pas vouloir être un "groupe d’opposition mais un groupe positif de proposition". Une position intermédiaire difficile à tenir alors que le groupe ne compte que 17 députés. Nous sommes "petits mais costaud", affirme l’ancien macroniste qui peut en effet compter sur des noms de poids comme Delphine Batho, ex-ministre de l’Environnement, Cédric Villani, ancien candidat à la mairie de Paris, et l’une de ses têtes de liste aux Municipales, Paula Forteza. D’autres députés rejoindront leurs rangs "dans les prochaines semaines", assurent-ils. 

Pas de plan de relance exclusivement économique

Leur objectif est "de construire le monde d’après", décrit Matthieu Orphelin."Nous sommes à un moment de bascule historique (…) il ne peut y avoir de plan de relance strictement économique. Il doit comprendre de la justice sociale et écologique", ajoute la Vice-Présidente, Paula Forteza.  

Selon eux, atteindre cet objectif passe par une série de 15 mesures à prendre que sont l’instauration d’un revenu universel dès 18 ans, une taxation temporaire du patrimoine ou une revalorisation des métiers à fort taux de féminisation. Autant de mesures qui ne sont pas sans rappeler des propositions déjà portées par d’autres groupes comme Europe Écologie les Verts (EELV). Mais pour Delphine Batho, l’ambition va plus loin car il s’agit "d’être la caisse de résonance à l’Assemblée nationale de la mobilisation de la jeunesse pour le climat et de la voix des scientifiques".

Éducation scientifique

C’est justement la science que Cédric Villani met en avant dans ce projet. Pour lui, "s’appuyer sur la science va au-delà de l’écologie mais s’applique à toute la vie publique. La science est indispensable au conseil politique". Une pique à son mentor politique, Emmanuel Macron, qui avait justement recruté le mathématicien au rang des marcheurs pour expertise scientifique. Il l’avait d’ailleurs chargé au début du quinquennat de produire un rapport sur l’intelligence artificielle.

Difficile encore de savoir si ce groupe reste proche d’En Marche ou s’en éloignera significativement. "Nous pousserons et soutiendrons toutes les décisions à la hauteur des enjeux, mais saurons nous opposer dans tous les autres cas", se contentent simplement de dire les députés anciennement macronistes.

L’ambiance ne sera pas au beau fixe toutefois avec la majorité puisque la création de ce neuvième groupe - un record à l’Assemblée nationale – fait tomber à LREM à 288 sièges, juste sous le seuil de la majorité absolue (289 sièges) qu'il détenait jusqu'alors à lui seul. Un symbole fort même si le groupe majoritaire peut s'appuyer sur les 46 MoDem et la dizaine d'élus Agir. Dans un premier temps, les porteurs d’"Écologie Démocratie Solidarité" avait évoqué une quarantaine de membres.

Ludovic Dupin avec AFP


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