Publié le 06 avril 2018

NUMÉRIQUE

Intelligence artificielle : les salariés de Google dénoncent un projet mené avec l’armée américaine

C’est une mutinerie que lancent les salariés de Google. Et celle-ci pourrait faire très mal à la réputation du géant d'Internet. Les employés de la marque dénoncent un projet sur l’Intelligence artificielle menée avec l’armée américaine. Ils craignent que ce travail soit utilisé pour améliorer l’efficacité des drones de combat.

Google collabore avec l'armée américaine sur un programme d'intelligence artificielle qui pourrait être utilisée sur les drones de combat.
@GeneralAtomics

C’est un bad buzz pour Google. Et celui-ci provient de l’interne. 3 100 des 70 000 salariés du géant de la Silicon Valley viennent d’adresser une lettre au PDG Sundar Pichai, dont le New York Times a publié une copie. Ils y dénoncent le projet Maven, révélé en mars dernier. Il s’agit d’une collaboration entre Google et la Défense américaine sur le thème de l’Intelligence artificielle.

Ce programme vise à employer l’Intelligence artificielle et le "machine learning" (apprentissage automatique) pour améliorer l’interprétation de l'imagerie vidéo. Il pourrait être utilisé pour optimiser les systèmes de ciblage des missiles de drones, affirme le journal. "Nous croyons que Google ne devrait pas s’impliquer dans des affaires de guerre", jugent les auteurs de la lettre. Ils rappellent alors le slogan de la société : "Don’t be evil" (ne sois pas malveillant).

L’image de Google en danger

Selon ces derniers, "ce plan va définitivement abîmer l’image de la marque Google et sa capacité à attirer de jeunes talents". Ils ajoutent : "Alors que des craintes émergent sur la militarisation de l’Intelligence artificielle, Google lutte déjà pour conserver la confiance du public". Selon le courrier, le fait que Microsoft ou Amazon soient également impliqués dans le projet "ne diminue pas les risques pour Google".

Lorsque les premières inquiétudes sont apparues sur le projet Maven, Diane Greene, responsable du Cloud chez Google, a assuré que ces technologies ne seraient pas employées à des fins offensives. Selon elle, ces technologies "ne seront pas utilisées pour faire voler des drones (ou) lancer des missiles". Le ministère de la Défense américaine a confirmé.

Mais ces promesses n’ont pas suffi à convaincre les salariés. "Cette technologie est conçue pour l’armée. Une fois qu’elle est délivrée, elle pourra facilement être utilisée pour d’autres tâches". Ils complètent : "Nous ne pouvons confier la responsabilité morale de l’utilisation de nos technologies à des tiers".

Des liens étroits avec le Pentagone

En réalité, les liens entre Google et l’armée ne sont pas nouveaux. En 2013, le groupe avait acquis Boston Dynamics, un concepteur de robots militaires, avant de revendre l'entreprise en 2017. Par ailleurs, des dirigeants de Google ont rejoint les rangs du Pentagone. Eric Schmidt, ancien PDG et membre du conseil d’administration d’Alphabet (maison-mère de Google), est désormais conseiller du ministère américain de la Défense, tout comme l’ancien vice-président Milo Medin.

Durant l’été 2017, des grands promoteurs du numérique avaient tiré le signal d’alarme sur le sujet des applications militaires de l’Intelligence artificielle. Dans une lettre adressée aux Nations unies, 116 entrepreneurs, dont Elon Musk, fondateur de Tesla et SpaceX, ainsi que Demis Hassabis et Mustafa Suleyman, fondateurs de DeepMind (filiale de Google), appelaient l’organisation internationale à légiférer sur les armes autonomes (armes non dirigées par un être humain).

Selon eux, "les armes autonomes mortelles menacent de devenir la troisième révolution dans la guerre. Une fois développées, elles permettront des conflits armés à une échelle plus grande que jamais, et à des vitesses trop rapides pour la compréhension humaine", alertent-ils.

100 millions d’euros en France

De son côté, la France, qui vient de lancer un grand plan en faveur de l’Intelligence artificielle, a annoncé la création d’une Agence de l’innovation de défense au sein du ministère des Armées. Pour la ministre des Armées, Florence Parly, l’une des priorités sera de se doter de compétences dans le domaine de l’Intelligence artificielle, avec un budget de 100 millions d'euros à la clé.

Le but est de développer l’avion de combat du futur. Elle assure toutefois que l’humain restera au centre du système. L’objectif de l’IA est de délester les soldats "des tâches les plus fastidieuses ou dangereuses" tout en conservant l’humain "au cœur de la décision", explique-t-elle.

Ludovic Dupin, @LudovicDupin


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