Publié le 11 janvier 2021

NUMÉRIQUE

Démocratie, Pouvoir, loi Avia…. Cinq questions ouvertes après la fermeture du compte Twitter de Donald Trump

Twitter a décidé de suspendre le compte personnel de Donald Trump et a même censuré des messages du compte officiel de la Présidence américaine. Un coup tonnerre dans l’expression publique ! Si beaucoup justifient la décision après les violences au Capitole attribuées aux harangues du Président américain, d’autres craignent un pouvoir démesuré des réseaux sociaux.

Donald Trump White House
Donald Trump a perdu l'accès à ses comptes Twitter et Facebook après l'invasion du capitole le 7 janvier.
@WhiteHouse

Depuis l’envahissement du Capitole par des soutiens de Donald Trump, c’est l’hallali contre l’actuel Président. Entre appels à la démission et menaces de destitution, Démocrates comme Républicains appellent à la démission, voire à la destitution. Mais le fait est que le plus puissant des anti-Trump a été Twitter. Samedi 9 janvier, le réseau social a décidé de suspendre définitivement le compte personnel du Président, suivi par 88 millions d’abonnés. Dans la foulée, il a censuré des messages publiés sur le compte officiel de la Présidence américaine (@Potus). Ce réseau a, à lui seul, presque réduit au silence l’homme d’affaires. Si beaucoup justifient la décision de Twitter, d’autres s’en inquiètent.

Pourquoi les Réseaux sociaux agissent-ils (seulement) maintenant ?

Twitter était en guerre depuis des mois avec Donald Trump et ses 88 millions d’abonnés. Dès mai 2020, la plateforme sociale a commencé à épingler sous les messages du Président des alertes de "Fake News". Mais il a fallu atteindre la quasi-échéance du mandat de Donald Trump pour que le réseau aille au bout de son raisonnement et censure des messages. Ce sont aussi des milliers de comptes liés à Qanon, un réseau extrémiste soutien de Trump, qui ont été surprimés.

Pour beaucoup, l’intervention est bien tardive alors que les débats au sujet des invectives présidentiels ou la diffusion de fausses informations sur Twitter et Facebook est bien plus ancienne. Elle s’explique, d’une part, par le fait que Donald Trump n’est plus en mesure d’exercer des représailles. D’autre part, ces plateformes craignent les régulations que promet déjà la nouvelle administration.

Faut-il imposer un contrôle démocratique des réseaux sociaux ?

"Cette date (l’invasion du Capitole, ndr) restera comme la reconnaissance par les plateformes de leur responsabilité éditoriale et des contenus qu'elles véhiculent. Une sorte de 11 Septembre de l'espace informationnel", écrit Thierry Breton, Commissaire européen dans une tribune au Figaro. Mais "Pertinente ou non, la décision de censurer un président en exercice peut-elle être décidée par une entreprise sans contrôle légitime et démocratique ?", interroge-t-il.

Alors que la France a déjà en ligne de mire l’élection présidentielle de 2022, beaucoup de politiques s’inquiètent . "Je suis assez mal à l’aise", explique le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal qui demande des "critères clairs" pour de telles décisions. Même réaction pour François Ruffin, député France insoumise. Il écrit : "Doit-on déléguer notre liberté d'expression aux géants de la Silicon Valley ? Demain, ce sera pour nous tous, cette censure numérique, et privée".

Comment les réseaux sociaux ont pris le pouvoir politique ?

Ni Facebook, ni Tweeter, ni TikTok, ni aucun autre réseau n’est né avec des intentions politiques. Mais à mesure de leur monter en puissance, les pouvoirs publics leur ont délégué la régulation de la haine en ligne. Or, les cinq morts au Capitole, celle de Samuel Paty en France et bien d’autres ont prouvé que la haine en ligne pouvait devenir une haine réelle. Et celle-ci pourrait un jour amener des chefs de ces entreprises dans des tribunaux.

Cette responsabilité juridique potentielle a eu pour contrecoup de leur donner un pouvoir politique énorme sur l’expression publique. Conséquemment, certains se demandent pourquoi Donald Trump et Qanon sont censurés, alors que d’autres dirigeants et d’autres organisations à travers le monde ont toujours leur compte.

La décision de Twitter peut-elle encore davantage cliver le débat ?

On le sait, sur Twitter les noms d’oiseaux volent en tous sens. Les militants de tous bords s’invectivent sans réserve. Avec la décision de Twitter, le clivage entre les différents réseaux risque de s’accentuer. Ainsi depuis la censure de Donald Trump, ses soutiens ont rejoint massivement "Parler", un autre réseau social ultra-conservateur. Celui-ci est même devenu en quelques heures le réseau le plus téléchargé sur l’Apple store.

Le lundi 11 janvier, Parler n’était toutefois plus accessible puisque Amazon, qui héberge l’application, a cessé son service tant que le réseau ne serait pas en mesure de modérer les messages les plus violents. Il va falloir quelques jours pour que le site retrouve un hébergeur. Le risque, in fine, est que chaque réseau ne devienne qu’un entre-soi qui ne fera qu’alimenter les excès.

Avec la décision de Twitter, la loi Avia sur la haine en ligne redevient-elle légitime ?

Avec la décision de Twitter, la polémique sur la loi Avia ressurgit. En juin 2020, elle avait provoqué un tollé dans l’Hémicycle. Ce texte visait à modérer la haine en ligne, en particulier la haine raciale et sexiste. "Les marconistes qui font semblant de s’inquiéter du pouvoir de censure arbitraire des Gafa... alors que c’est exactement ce qu’ils voulaient imposer en France avec la loi Avia", lance le député insoumis Bastien Lachaud.

À l’époque, des députés Républicains avaient saisi le Conseil constitutionnel, craignant une atteinte au droit d’expression. Le problème est qu’elle visait à forcer à supprimer les messages massivement signalés par les internautes. Les sages de la rue Cambon jugeaient que "le dispositif retenu par le législateur ne pouvait que conduire à entraîner également le retrait de propos licites".

Ludovic Dupin @LudovicDupin


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