Publié le 21 octobre 2020

POLITIQUE

Après l’assassinat de Samuel Paty, la haine sur les réseaux sociaux devient la cible prioritaire du gouvernement

Le lynchage de l’enseignant Samuel Paty sur les réseaux sociaux a conduit à son assassinat. Le Premier ministre veut créer un délit "de mise en danger par la publication de données personnelles" sur Internet. Une nouvelle loi qui remplacera la loi Avia sur la haine en ligne, censurée par le Conseil constitutionnel. Pour d’autres personnalités politiques, il faudrait aller plus loin en levant l’anonymat sur les réseaux.

Hommage Samuel paty ChristopheArchambault AFP 01
Mardi 20 octobre, l'Assemblée nationale a observé une minute de silence pour l'enseignant Samuel Paty.
@ChristopheArchambault-AFP

Après l’assassinat barbare de l’enseignant Samuel Paty à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines) vendredi 16 octobre, le gouvernement a rapidement riposté contre la mouvance salafiste en France avec de multiples opérations de police. Il a aussi vertement pointé du doigt le rôle des réseaux sociaux. Alors que le porte-parole de l’exécutif, Gabriel Attal, assurait que ceux-ci "avaient une responsabilité dans ce qu’il s’est passé", le ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, a dénoncé une véritable "fatwa" organisée sur ces plateformes.

"Nous ne pouvons pas continuer à laisser faire ce genre de fatwas, contre, par exemple ce professeur, demain contre un policier, après-demain contre un journaliste…", explique-t-il. Il parle en particulier du père d’une des collégiennes qui a posté une vidéo sur ce professeur et de l’appui reçu par Abdelhakim Sefrioui, un militant islamiste fiché S. Et ce type de lynchages se multiplie. Pour le Premier ministre Jean Castex, les choses sont claires : "C’est bien parce qu’il a été nommément désigné sur les réseaux sociaux que Samuel Paty a été assassiné".

Un nouveau délit

Un propos appuyé par les collègues de Samuel Paty qui écrivent dans un communiqué : "Nous exprimons notre vive inquiétude face à l'impact des réseaux sociaux. La rapidité avec laquelle l'information est diffusée au plus grand nombre, et son aspect irréversible, sont un véritable fléau dans l'exercice de notre métier". Jean Castex tempête : "Nous ne pouvons plus nous résoudre à assister impassiblement au déchaînement de la haine sur les réseaux sociaux". Il déplore alors que le Conseil constitutionnel ait censuré la loi Avia sur la haine en ligne et l’incitation au terrorisme.

Jean Castex propose la création "d'un délit de mise en danger par la publication de données personnelles" sur Internet. Un appel qui est repris par le ministre de la Justice, Éric Dupont-Moretti, qui affirme sa volonté de réguler les réseaux sociaux en agissant au niveau européen. "La législation actuelle repose sur une directive de 2000 sur le commerce électronique. À l'époque, les réseaux sociaux n'étaient pas ce qu'ils sont aujourd'huiLe chemin de crête à trouver avec la garantie de la liberté d'expression est ténu. (…) Il ne s'agit pas d'aller vers quelque chose qui ressemblerait à une censure", modère-t-il toutefois.

Manque de responsabilité

En attendant, mardi 20 octobre, la ministre déléguée à l’Intérieur, Marlène Schiappa, a réuni les principales plateformes de réseaux sociaux (Facebook, Google, Twitter, Tiktok), pour "les appeler à leurs responsabilités contre le cyber-islamisme" et plus généralement la haine en ligne. "Le gouvernement ne peut pas tout faire tout seul. Nous prenons nos responsabilités, on veut qu’il y ait le même niveau de mobilisation sur les réseaux sociaux", explique-t-elle. "Les réseaux sociaux n’ont pas encore atteint ce stade de prise au sérieux de ce qui est en train de se passer en termes de discours de haine en ligne".

Pour plusieurs personnalités politiques, comme le ministre de l’Éducation Jean-Michel Blanquer, la présidente d’Ile-de-France Valérie Pécresse ou le président des Hauts-de-France Xavier Bertrand, il faut lever l’anonymat sur les réseaux sociaux. Dans les faits, cela aurait eu peu de sens ici puisque de nombreuses personnes ayant appelé à punir Samuel Paty l’ont fait à visage découvert. La levée de l’anonymat aurait plus de sens dans le cas de cyberharcèlement. Sans compter que depuis la loi sur la confiance numérique de 2004, les hébergeurs de contenus doivent conserver les données de connexion des utilisateurs afin de les renseigner en cas d’enquête policière.

Ludovic Dupin, @LudovicDupin


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