Publié le 12 décembre 2018

GOUVERNANCE D'ENTREPRISE

Suppression de postes, chute en Bourse : Bayer dans la tourmente après le rachat de Monsanto

Comment Bayer va sortir de la crise ? Depuis la fusion avec Monsanto, son titre a perdu 38 %. Les 9 300 plaintes visant la firme américaine dans l'affaire du glyphosate font craindre aux investisseurs une lourde facture à payer. Pour limiter la casse, Bayer a annoncé une suppression de 12 000 postes. Mais les salariés ne veulent pas payer pour une mauvaise gestion. 

Bayer doit faire face à la fois à une crise opérationnelle mais également à une crise réputationelle due à la mauvaise image de Monsanto.
©Bayer

Bayer coupe dans ses effectifs. Le géant de l’agrochimie a annoncé le 29 novembre supprimer 12 000 postes d’ici 2021 soit 10 % de ses effectifs globaux. Une annonce qui fait suite au rachat de Monsanto, la multinationale des OGM et des pesticides, pour 66 milliards de dollars en juin 2018.

Depuis cette fusion, Bayer est plombé par les accusations qui pèsent sur Monsanto concernant notamment le glyphosate, principal agent actif du désherbant phare de l’entreprise américaine, le Roundup. En août, la firme avait été condamnée, pour la première fois, à payer 289 millions de dollars à un jardinier atteint d’un cancer qu’il estime avoir développé à cause de ce produit. Le montant a finalement été revu à la baisse mais atteint tout de même 78 millions de dollars. Surtout, la juge n’a pas remis en question le jugement sur le fond.

Les 9 300 plaintes qui font peur aux investisseurs

Or, plus de 9 300 plaintes similaires sont actuellement en attente. "Si chaque procès perdu coûte un quart de milliard de dollars, il n’en faut pas beaucoup pour que ça devienne assez cher", observait pour l’AFP Michael Leacock, analyste chez MainFirst, lors de la première décision de la justice californienne. Plusieurs investisseurs estimaient entre 5 et 10 milliards de dollars la facture à payer, même en intégrant des accords à l’amiable.

D’où la chute en Bourse du géant allemand. Le titre a perdu 38 % depuis le début de l’année. "Ce n’est pas les employés qui doivent maintenant porter le chapeau", a dénoncé à Reuters Oliver Zuehkle, qui représente les travailleurs allemands de Bayer.

Un fonds d'activiste pour une scission de Bayer 

En plus du dégraissement des effectifs, Bayer a également annoncé mettre un terme à son secteur vétérinaire et supprimer deux marques de santé grand public que sont Dr.Sholl’s et Coppertone. Dans l’espoir de rassurer les investisseurs sur la gestion du groupe, le patron de la firme, Werner Baumann, affirme que "ces décisions n’ont pas été rendues nécessaires par la récente acquisition de Monsanto"

Pas sûr que cela suffise. Selon les informations de Reuters et Bloomberg, le fonds activiste Eliott a pris une position dans le capital de Bayer. Or ce dernier va mettre la pression sur le géant allemand pour qu’il procède à une scission entre le secteur de l’agrochimie et celui de la pharmacie, contre l'avis des dirigeants.

Une crise de réputation

Au-delà de cette crise financière et opérationnelle, le groupe doit aussi faire face à une crise réputationnelle. En juin, il avait décidé de supprimer le nom Monsanto, pour effacer la mauvaise réputation du géant américain. Mais "Bayer ne va pas balayer 50 ans de passif de Monsanto en changeant de nom. On se souviendra toujours de l’Agent orange ou du Rondup. Bayer met en jeu son image car Monsanto, aux yeux du grand public, c’est le grand méchant", expliquait Mathilde Théry, de la Fondation Nature et l’Homme.

D'ailleurs, mardi 11 décembre, en France, plusieurs Gilets jaunes ont bloqué l’accès des camions à l’usine Monsanto de Trèbes. "Nous ne voulons pas embêter les particuliers mais la société", a indiqué une militante à la Dépêche du Midi, précisant qu’il s’agissait "d’une action anticapitaliste et écologique" concernant "un des pires acteurs de l’agonie de cette planète". 

 Marina Fabre @fabre_marina


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