Publié le 04 juin 2018

ENVIRONNEMENT

Bayer-Monsanto : plus rien n’empêche l’union des deux géants de l'agriculture et de la chimie

Le mariage entre Monsanto, géant des OGM, et Bayer, mastodonte de la chimie, aura bien lieu. Après Bruxelles, la justice américaine vient de donner son autorisation à cette union. À condition que l'allemand Bayer cède toutes les activités pour lesquelles il concurrence directement Monsanto, soit 9 milliards de dollars d'actifs. Le but est d'éviter un trop grand monopole de cette nouvelle méga-puissance agricole. 

D'ici deux mois, Bayer et Monsanto devraient avoir fusionné.
Pixabay

Personne n’a osé s’opposer au "mariage des affreux" comme certains le surnomment. Ni Bruxelles qui, en mars, avait donné sa bénédiction, ni le Département américain de la justice (DoJ) qui a lui aussi autorisé, le 29 mai, la fusion entre le spécialiste de la chimie Bayer et celui des pesticides et des OGM, Monsanto. Mais il y aura bien un contrat de mariage pour cette fusion à 66 milliards de dollars. L’Union européenne et les États-Unis ont en effet imposé des conditions à leur approbation.

Le risque de monopole écarté, jugent les États-Unis et l'UE 

Bayer devra céder 9 milliards de dollars d’actifs, soit le plus grand désinvestissement jamais demandé par la justice américaine. Il est motivé par un important risque de monopole entre les deux plus grosses entreprises agricoles au monde. Aujourd’hui, "ils se font concurrence pour offrir aux agriculteurs une vaste gamme de produits de protection des semences et des cultures", justifie le DoJ.

"Bayer et Monsanto ont également été des leaders dans le développement de technologies qui ont permis aux agriculteurs d’augmenter considérablement les rendements des cultures et d’en améliorer l’efficacité. Sans les désinvestissements convenus, la fusion demandée entraînerait probablement des prix plus élevés, une moindre qualité et un éventail moins large de semences et de produits phytosanitaires", estime la justice américaine.

"C'est la financiarisation de l'agriculture"

Bayer devra donc céder toutes les activités pour lesquelles il concurrence directement Monsanto : les semences de coton, canola, soja... Mais aussi la production de Liberty, un des herbicides alternatifs au Roundup. Malgré ces garde-fous, la fusion de ces deux géants est pointée du doigt par nombre d’acteurs de la société civile. Certains agriculteurs dénoncent une mise en danger de la souveraineté alimentaire. Ce rachat, "c’est la mise sous dépendance des paysans qui n’auront plus d’autres choix que d’acheter les produits de ce nouveau monstre", estime la Confédération Paysanne. 

Pire, "c'est la financiarisation de l'agriculture", juge de son côté Christian Berdot des Amis de la Terre, citant en exemple les quelques fusions récentes, celles de Dow Chemical et Dupont ou encore Syngenta et Chemchina. "Un des aspects complètement oublié est celui de la numérisation. Bayer et Monsanto ont investi depuis longtemps dans l'agriculture numérique, ils détiennent d'énormes bases de données. Ils pourront les combiner avec leurs semences, leurs traits génétiques et leurs produits chimiques, et avoir ainsi un monopole global", alerte Christian Berdot.  

Un désinvestissement prévu sous deux mois 

Cette fusion "va permettre de rendre des personnes malades avec les pesticides de Monsanto et de les soigner avec les médicaments de Bayer. Un juteux commerce !", jugeait en octobre à Novethic Marie-Monique Robin, journaliste d’investigation et réalisatrice du documentaire Le Roundup face à ses juges

La fusion, préparée depuis mai 2016, pourrait avoir lieu dès juillet 2018. Bayer assure en effet que les désinvestissements demandés pourraient être réalisés d’ici deux mois. "Cette obtention d’autorisation nous rapproche de notre objectif qui consiste à créer un leader dans l’agriculture", a déclaré Werner Baumann, PDG de Bayer.  

Marina Fabre @fabre_marina 


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