Publié le 06 février 2019

GOUVERNANCE D'ENTREPRISE

Rupture du barrage minier de Vale au Brésil : la catastrophe de trop

Le 25 janvier, un barrage minier de l'entreprise Vale a rompu à Brumadinho, au Brésil. L’avalanche de boue de déchets a provoqué la mort de centaines de personnes. Une catastrophe humaine et environnementale qui fait vaciller le géant minier et remet en lumière la nécessité d’intégrer les risques sociaux et environnementaux dans les performances du secteur, notamment par les investisseurs.

Rupture barrage Brumadinho Vale Bresil 25 janvier 2019 Douglas Magno AFP
Le 25 janvier 2019, la rupture d'un barrage contenant des déchets miniers appartenant à Vale a provoqué la mort de centaines de personnes et dévasté l'environnement dans la région du Minas Gerais au Brésil.
@Douglas Magno/AFP

Les images ont fait le tour de la planète. La rupture d'un barrage a provoqué une coulée de boue qui a dévasté la campagne brésilienne de Brumadinho. Elle a provoqué la mort de centaines de personnes, pour la plupart des employés de Vale, l’entreprise détenant le barrage. Le lourd bilan social et environnemental est une onde de choc à plusieurs niveaux.

Une catastrophe qui fait vaciller le géant minier Vale

En 2015, la rupture du barrage de Samarco, qui avait causé des dégâts irrémédiables sur l’environnement et tué 19 personnes, celle du barrage de Corrego do Feijao, à Brumadinho, est considérée comme un coup majeur pour le géant du fer, Vale. Contrairement au premier barrage qu’il possédait à parts égales avec BHP, celui de Brumadinho est de sa seule responsabilité.

L'impact économique direct de la catastrophe est certes "limité" selon Moody’s, sachant que le site compte pour moins de 2 % des 390 millions de tonnes de minerai de fer produites chaque année par Vale. Mais l’agence de notation financière s’attend à ce que la catastrophe "engendre des responsabilités environnementales, administratives, pénales et civiles représentant un risque sérieux pour la réputation du plus grand producteur de minerai de fer du monde".

Les premières conséquences financières et juridiques n’ont pas tardé. Quelques jours après le drame, la valeur boursière de Vale dévissait en bourse de 25 % - un record -, et près de 3 milliards d’euros étaient saisis sur ses comptes, au titre de réparation. Trois de ses ingénieurs sont actuellement en détention préventive ainsi que deux autres de Tüv Süd, la société allemande qui avait délivré un certificat de stabilité du barrage en septembre 2018. 

Un tribunal brésilien a également ordonné la fermeture d'un barrage bâti sur un autre modèle, l'un des plus grand de la région. Avec la fermeture et le démantèlement des barrages similaires à celui de Brumadinho annoncés plus tôt par Vale, la production de fer du géant risque de chuter, ébranlant le marché dans son ensemble.

Une meilleure intégration des risques sociaux et environnementaux ?

La catastrophe va-t-elle changer la façon de produire de Vale ? Jusqu’à présent, l’entreprise ne souhaitait pas changer sa méthode d’extraction du fer très génératrice de rejets miniers, malgré l’existence de solutions plus propres mais plus coûteuses. Mais c'est sans compter le coût des externalités négatives que sont la déforestation, la surveillance des barrages ou les conséquences humaines et environnementales d’une catastrophe. Or ces risques environnementaux et sociaux sont de plus en plus scrutés par les parties prenantes des entreprises, en particuliers les ONG et les investisseurs.

Comme après le drame de 2015, les investisseurs engagés se sont ainsi mobilisés après celui de Brumadinho. Le 1er février, le fonds de pension de l'Église d'Angleterre, rapidement suivis par Les quatre fonds de pension du gouvernement suédois (AP1, AP2, AP3 et AP4) et le néerlandais APG, a lancé un appel aux investisseurs institutionnels pour mieux réguler le secteur. Il propose la création d’un système mondial indépendant et public de classification sur les risques pesant sur la sécurité des barrages de résidus miniers.  

"Nous avons perdu confiance dans la capacité du secteur à se réguler lui-même sur cette question", a ainsi déclaré John Howchin, secrétaire général du Conseil d’éthique des fonds AP, précisant que des mesures allaient être prises par les investisseurs.

Le gouvernement brésilien change de cap

Au Brésil, la catastrophe pourrait aussi amener le gouvernement à revoir son équation "environnement contre business". Lors de la campagne présidentielle, Jair Bolsonaro avait promis d’ouvrir les terres autochtones à l’exploitation minière et d’assouplir la législation environnementale, jugées limitante pour l’activité économique.

Le Brésil compte près de 4 000 barrages présentant "un risque élevé", dont 205 "comportent des déchets minéraux", affirme aujourd’hui le gouvernement. Et le pays n’a pas suffisamment d’argent pour réviser l’ensemble de ces barrages. Après le drame, le ton du gouvernement a donc changé. Il demande des explications à Vale, entend renforcer les normes de sécurité des barrages, et affirme qu’il s’agit désormais de "punir vraiment" les responsables.

Reste que c’est souvent l’application de la législation brésilienne qui pose généralement problème. En cause notamment, le manque de moyens humains et financiers donnés aux organismes de contrôle mais aussi la corruption et les liens plus qu’étroits entre parlementaires, élus régionaux et dirigeants industriels.

Béatrice Héraud @beatriceheraud


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