Publié le 14 mai 2019

GOUVERNANCE D'ENTREPRISE

Roundup : Bayer-Monsanto condamné à payer 2 milliards de dollars à des plaignants, un record

C'est le troisième procès que perd Monsanto face à des malades du Roundup aux États-Unis. Et cette fois la somme est astronomique. La firme américaine récemment rachetée par Bayer a été condamnée à verser deux milliards de dollars à un couple atteint de cancers qu'ils imputent à l'herbicide. Bayer va faire appel. Mais 13 000 procédures similaires l'attendent. Le groupe, qui vient d'être désavoué par ses actionnaires, s'enfonce également en Bourse. 

Depuis le rachat de Monsanto, Bayer traverse une crise économique et réputationnelle dont il a dû mal à sortir.
@JusticeNow

Deux milliards de dollars. C’est la somme astronomique que vient d’être condamné à verser Monsanto, récemment racheté par Bayer, à un couple américain. Alva et Alberta Pilliod estiment qu’ils ont développé un cancer à cause de l’utilisation du Roundup, le désherbant phare de Monsanto dont le principal agent actif est le glyphosate. Pendant plus de 30 ans, ils ont utilisé le désherbant chez eux et sur leurs différentes propriétés. Tous deux ont développé un lymphome non-hodgkinien, diagnostiqué en 2011 pour Alva Pilliod et 2015 pour son mari.

"Après environ sept semaines de procès, le jury a conclu que l'exposition au Roundup avait provoqué l'apparition de LNH chez les Pilliods et que Monsanto n'avait pas averti de ce grave danger pour la santé. Fait important, le jury a également conclu que Monsanto avait agi avec malveillance, oppression ou fraude et devait être puni pour sa conduite", ont expliqué les avocats du couple, du cabinet Baum Hedlund Aristei & Goldman, dans un communiqué.

Bayer est "déçu" et va faire appel

Le jury de la Cour supérieure du comté d’Alameda à Oakland aux États-Unis a accordé aux plaignants un total de deux milliards de dollars de dommages et intérêts punitifs (un milliard pour chacun) et 55 millions de dollars en dommages et intérêts compensatoires. Bayer, lui, dément formellement la cancérogénicité du glyphosate.

"Bayer est déçu de la décision du jury et fera appel du verdict rendu dans cette affaire, qui contredit directement la décision provisoire de l’Agence américaine de protection de l’environnement (…), le consensus entre les principaux régulateurs de santé du monde entier selon lesquels le glyphosate n’est pas cancérigène et les 40 années de recherche sur lesquelles reposent leurs conclusions favorables", a réagi le groupe allemand dans un communiqué. Il est très probable que la Cour suprême revoit à la baisse le montant des dommages-intérêts punitifs.

13 400 procédures en attente aux États-Unis

Ce procès n’est pas isolé. Le couple Bayer-Monsanto fait face à plus de 13 400 procédures seulement aux États-Unis concernant le glyphosate. En août 2018, le tribunal de San Francisco a condamné Monsanto à payer près de 290 millions de dollars de dommages pour ne pas avoir informé de la dangerosité de son herbicide Roundup à l'origine du cancer d’un jardinier nommé Dewayne Johnson. Le montant a depuis été revu à la baisse. En mars, cette année, la firme a été condamnée à verser 81 millions de dollars à un agriculteur retraité atteint d’un cancer.

En France, la firme vient de perdre sa troisième bataille judiciaire contre Paul François, un agriculteur qui l'accuse d'être responsable de son intoxication au Lasso, un désherbant désormais interdit en France. Au total, depuis le rachat de Monsanto, Bayer a perdu 40 % de son cours en Bourse. L'année écoulée "a été un cauchemar pour les actionnaires" et "le cours de Bourse nous promet des nuits sans sommeil", déplorait Mark Tümmler, de la fédération d'investisseurs DSW, lors de l’assemblée générale de Bayer le 26 avril dernier.

Les actionnaires de Bayer ont d’ailleurs infligé au groupe chimique allemand un rare désaveu en votant contre sa direction. Les investisseurs ont rejeté à 55,5 % les "actions du directoire". Certes le scrutin n’est pas contraignant mais il tranche avec le plébiscite accordé l'an dernier à la direction, avec 97 % d'approbation.

Marina Fabre, @fabre_marina


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