Publié le 26 juin 2020

GOUVERNANCE D'ENTREPRISE

Malgré la polémique, Total va s'installer au centre de la vie étudiante de Polytechnique

L'école Polytechnique (X) vient de valider l'emplacement du centre de recherche de Total sur les énergies bas-carbone. Le projet est contesté par les élèves, enseignants et ONG car il remet en cause, selon eux, le principe de neutralité de l'établissement. Face à la polémique, le comité d'administration a décidé de déplacer le bâtiment de 200 mètres, sur un terrain qui n'appartient pas à l'X, mais qui reste au centre de la vie étudiante.

Batiment total polytechnique maquette
Maquette du projet de centre de recherche et d'innovation de Total à Polytechnique.
DR

Depuis plusieurs mois, des élèves et anciens de l’école Polytechnique se mobilisent contre l’installation de Total sur leur campus. Ils ont réussi à rallier à leur cause ONG et enseignants pour dénoncer la mise en cause du "principe de neutralité de l'établissement". Après un Conseil d’administration perturbé par une action coup de poing en mars, les administrateurs se sont finalement prononcés, jeudi 25 juin, pour l’implantation du centre de recherche, non plus sur l’emplacement initial, mais 200 mètres plus loin, sur un terrain qui appartient à l’Établissement public d'aménagement de Paris-Saclay et non plus à Polytechnique. 

"Avec ce tour de passe-passe, la direction tente de faire croire qu’elle a entendu nos critiques", réagit Matthieu Lequesne, ancien élève de l'X et porte parole du collectif "Polytechnique n'est pas à vendre". "Mais en réalité, elle s’est contentée de prendre la première parcelle la plus proche n’appartenant pas à l’X pour installer le bâtiment de Total. Sur le fond, ça ne change donc rien : la multinationale reste implantée au sein du campus, à mi-chemin entre les terrains de sport, les amphithéâtres et les logements des étudiants. Or, nous demandions à ce que le projet soit déplacé en dehors du campus, là où se trouvent déjà les autres entreprises (voir carte ci-dessous)" précise le jeune homme.  

Plan polytechnique total V2

Plan du campus de Polytechnique. Le 0 indique l'emplacement initial du bâtiment de Total, le 1 l'emplacement retenu et le 2 l'emplacement souhaité par le collectif "Polytechnique n'est pas à vendre".

Une opposition très forte

Total entend installer d’ici 2022 un centre d’innovation et de recherche dédié aux énergies bas-carbone. Le bâtiment va accueillir 250 salariés, principalement des chercheurs ainsi que la direction R&D du groupe. "Pour atteindre notre ambition de neutralité carbone d’ici 2050, il n’y a pas de temps à perdre. Nous avons besoin d’accélérer la recherche et les innovations de rupture sur l’ensemble des solutions visant à décarboner l’énergie. S’implanter dans l’écosystème de Paris-Saclay est un gage de succès pour notre centre d’innovation et de recherche : il permettra de renforcer nos liens avec les chercheurs et les équipes académiques d’excellence de l’ensemble du plateau" a déclaré Patrick Pouyanné, le PDG de Total.  

Mais c’est justement cette trop grande proximité avec les étudiants et une confusion des genres qui est dénoncée. En amont du conseil d’administration, le collectif avait publié une analyse juridique pointant les risques d’une telle installation. "Je suis parvenu à la conclusion que le projet envisagé n’était pas réalisable sur le plan juridique, que sa réalisation exposerait les administrateurs et dirigeants de l'École à un risque pénal, et que son maintien risquerait, également, de faire apparaître au grand jour des dysfonctionnements dans les règles de gouvernance de l'École" notait Me Guillaume Hannotin, avocat associé au Conseil d’Etat et à la Cour de cassation, dans ses conclusions.  

Les enseignants eux-mêmes étaient montés au créneau. “En aucun cas l’École polytechnique ne veut et ne doit apparaître liée exclusivement à une thématique, un projet ou un partenaire. [...] Donner une place centrale à un seul acteur industriel, à la vocation très marquée, n’est pas raisonnable et présente un risque de décourager d’autres partenaires potentiels ” écrivaient-ils. Les élèves de l’ENSTA, une école d’ingénieurs toute proche, avaient également adressé une lettre ouverte aux membres du CA de l’X, pour demander que le centre de recherche de Total soit installé “à l’extérieur du quartier Polytechnique".  

La première pierre d'un parc d'innovation

Du côté de l’X, on explique que cette implantation "pose la première pierre d’un parc d’activités d’innovation regroupant des centres de recherche privés et publics, qui sera développée à l’Est du plateau de Saclay". "L’industrie et la recherche vont ainsi pouvoir collaborer de façon étroite, afin de réduire le temps de transfert des innovations des laboratoires vers des industriels disposant de moyens pour les développer à grande échelle", précise la direction.   

"À aucun moment dans cette affaire, il n’avait été fait référence à ce projet de parc d’innovations. On vient de l’y rattacher a posteriori, rétorque Matthieu Lequesne. Quoiqu’il en soit, si telle est l’ambition de l’école, pourquoi ne pas faire les choses de manière transparente et concertée, en définissant les parcelles disponibles et en lançant un appel à manifestation d’intérêt ?", propose-t-il. Les étudiants prévoient de faire réaliser une nouvelle étude juridique afin d'envisager d’éventuelles poursuites. "La mobilisation ne s'arrêtera pas là", promet Greenpeace.

Concepcion Alvarez, @conce1


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