Publié le 18 avril 2020

GOUVERNANCE D'ENTREPRISE

Le Coronavirus, un carton rouge pour le modèle économique du football

C'est un colosse qui vacille. Le Coronavirus, en mettant à l'arrêt le sport le plus populaire du monde, a mis en lumière les défaillances majeures du modèle économique du football et révélé son manque de résilience. En quelques semaines, en l'absence de droits TV, de billetterie, de sponsors, le show s'est arrêté entraînant les clubs dans une crise financière. C'est l'occasion de penser un football plus durable, plus régulé, plus en phase avec l'économie réelle, défend Christian Gourcuff, entraîneur du FC Nantes. 

Football modele economique carton rouge AFP
Lionel Messi avec 131 millions d'euros, est le football le mieux payé au monde, suivi par Christiano Ronaldo avec 118 millions et Neymar 95 millions.
STEPHANE ALLAMAN / DPPI via AFP

Alors que les salaires mirobolants de joueurs comme Neymar, Kylian Mbappé ou Lionel Messi laissaient fantasmer les fans sur un monde où l’argent coule à flots, le Covid-19 a levé le voile sur la réalité de ce secteur. En mettant le football à l’arrêt, il a mis en lumière des défaillances majeures du modèle économique de ce sport.

En quelques semaines, dans le monde entier, les clubs de football se sont mis à vaciller, du Pérou où le club de deuxième division le Deportivo Coopsol a licencié tout son effectif au club slovaque MSK Zilina sept fois champion national, placé en liquidation judiciaire. Même les géants comme le FC Barcelone ont dû prendre des mesures exceptionnelles. Pour limiter l’impact du Coronavirus sur ses finances, le club catalan a réduit le salaire ses personnels. Le "show" du football repose sur un modèle à flux tendu qui ne supporte pas de pause.

Les clubs sont d’autant plus sous pression que leurs recettes, dépendantes de la billetterie, du sponsoring, du marketing et des droits TV, se sont stoppés brutalement. Plusieurs diffuseurs ont ainsi menacé de ne pas honorer l’intégralité des sommes prévues. C’est le cas de Canal + et BeIn Sports qui ont suspendu leur paiement pour la dernière saison de la Ligue 1, les matchs n’étant pas disputés. Déjà La ligue de football professionnel tente de sauver la casse en misant sur une levée du confinement le 11 mai et une reprise des dix dernières journées de Ligue 1 entre juin et juillet. L’objectif est de récupérer une partie des droits TV de la saison. Mais c’est le modèle global sur lequel repose le football que certains espèrent revoir.

"Un avant et un après crise"

Dans une interview au Monde, Christian Gourcuff, entraîneur du FC Nantes, appelle le football à revenir à "une économie réelle". "Quand on observe les transferts, beaucoup de clubs ne payent pas et repoussent le paiement sur des reventes futures, sur des droits télé à venir. Certains présidents veulent souscrire à un emprunt pour passer cette crise. On parle donc d’emprunter à nouveau pour des clubs déjà endettés. Et tout ça fait encore le jeu de sociétés financières et des fonds de pension qui prêtent de l’argent à des taux incroyables, décrypte-t-il. Le président de l’AS Saint-Etienne et du syndicat des clubs de Ligue 1, Bernard Caïazzo aspire ainsi à "un avant et un après crise, le football va devoir penser différemment", souhaite-t-il.

Plusieurs voix se font entendre sur un après crise plus durable pour le football. Certains émettent la possibilité d’un plafonnement salarial, d’une régulation de marché des transferts avec un renforcement des régulations financières. "Il faut bien sûr traverser la crise et faire en sorte que le maximum de clubs soient vivants à l'issue de celle-ci, mais, après, il faudra réinventer cette organisation et ce modèle économique et le rendre plus durable. Parce qu'on voit bien que, là, il a du mal à encaisser la suspension des compétitions pendant quelques semaines", défend dans les colonnes du Parisien, Christophe Lepetit, du Centre de Droit et d’Économie du Sport. 

Marina Fabre, @fabre_marina


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