BHP, Vale et Samarco ont été reconnues responsables et condamnées à payer 9,56 milliards de dollars pour les dommages causés par l'effondrement d'un barrage de résidus miniers en 2015, dans le sud-est du Brésil, Cette catastrophe qui a coûté la vie à 19 personnes est considérée encore aujourd'hui comme la pire tragédie environnementale dans l'histoire du pays.

Le 5 novembre 2015 sur les coups de 16h, le barrage du Fundao – qui servait à stocker et décanter les déchets produits par la mine de fer voisine – cédait, libérant près de 40 millions de mètres cube de boues hautement toxiques. Une marée rouge s’est alors répandue jusqu’à atteindre la côte Atlantique, 650 kilomètres plus loin, et dévastant tout sur son passage. Cette catastrophe, considérée comme la pire tragédie environnementale qu’a connue le pays, a coûté la vie à 19 personnes.


Huit ans plus tard, le 25 janvier 2024, la justice brésilienne a reconnu la responsabilité des sociétés minières Vale et BHP, ainsi que de leur co-entreprise Samarco, dans cette catastrophe en les condamnant à payer l’équivalent de 9,56 milliards de dollars "pour dommages moraux collectifs, en raison de la violation des droits de l’Homme des communautés affectées". Cette somme doit être versée à un fonds administré par le gouvernement brésilien afin qu’elle soit utilisée pour des projets et des initiatives dans les zones touchées. Toutefois, la demande d’indemnisation individuelle des victimes a été rejetée "pour des raisons techniques".

La négligence des trois entreprises minières reconnue


Ce jugement vient entériner de longues années d’enquêtes menées par la justice brésilienne. En 2015 déjà, le procureur de l’État de Minas Gerais spécialisé dans les dossiers environnementaux, Carlo Eduardo Ferreira Pinto avait déclaré à la chaîne de télévision TV Globo qu’"aucun barrage ne cède par hasard". "La responsabilité des entreprises est pour le moment totale. Il y a eu une négligence et c’est sur quoi nous sommes en train d’enquêter", avait-il expliqué à l’époque.
Dans la foulée, des experts du Haut Commissariat des Nations Unies pour les droits de l’Homme, envoyés sur place, avaient attribué la rupture du barrage à la mauvaise gestion de la compagnie minière Samarco. Cette entreprise avait été également vivement critiquée pour la lenteur de sa réaction, ainsi que sur le fait qu’elle n’ait donné aucune information sur le niveau de pollution de l’eau ni sur la toxicité et les risques que les résidus faisaient courir sur la santé des riverains et des écosystèmes.

"Le pire désastre écologique que le Brésil n’ait jamais connu"


Quelques semaines après, lors de l’ouverture de la COP21 à Paris, la présidente brésilienne Dilma Roussef avait estimé que la catastrophe de Mariana était "le pire désastre écologique que le Brésil n’ait jamais connu". De son côté, la société minière et premier groupe mondial de minerai de fer, Vale, avait promis qu’il n’y aurait "plus jamais de Mariana". Pourtant, en janvier 2019, la compagnie nationale était une nouvelle fois impliquée dans l’effondrement d‘un autre barrage à Brumadinho. Ce nouvel accident a coûté la vie de plus de 270 personnes.
Dans cette affaire, l’ancien patron de Vale, Fabio Schvartsman ainsi que 15 autres personnes ont été inculpés pour homicide volontaire en janvier 2023. La justice brésilienne reproche notamment à la compagnie et à l’entreprise allemande Tüd Süd, responsable de l’audit du barrage, d’avoir dissimulé les risques de rupture de celui-ci.
Derrière ces événements, se cache une plus large controverse, sur la sécurité des complexes miniers au Brésil. Selon un rapport de l’ONU commandé par le gouvernement brésilien, au moins 40 barrages sur les 750 que compte l’État de Minas Gerais, présentaient fin 2019 de sérieux risques de rupture.
Blandine Garot

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