Publié le 29 novembre 2019

GOUVERNANCE D'ENTREPRISE

Bayer croule sous les menaces judiciaires liées au Roundup de Monsanto

Le géant de l’agrochimie Bayer, qui a avalé Monsanto en 2018, a aujourd’hui du mal à digérer le géant des OGM. 42 700 plaintes liées au Roundup visent le mastodonte aux États-Unis et le risque financier est estimé  entre 15 et 20 milliards de dollars. À la dernière Assemblée générale, les actionnaires du groupe ont même désavoué la direction. Elle doit aujourd'hui montrer patte blanche pour se réveiller d'un cauchemar qui s'annonce de plus en plus sombre. 

En trois mois, le nombre de plaintes visant Bayer liées au Roundup de Monsanto a plus que doublé.
@Bayer

Le rachat de Monsanto par Bayer était-il une erreur ? À voir l'explosion de procédures le visant, on pourrait le penser. Fin juillet, le mastodonte allemand Bayer faisait face à 18 000 plaintes aux États-Unis concernant le Roundup, l’herbicide phare de Monsanto. Près de trois mois plus tard, le nombre de plaintes a plus que doublé. Dans un communiqué du 30 octobre, Bayer fait état de 42 700 plaintes concernant le glyphosate. 

"Le nombre de poursuites ne nous dit rien de leur recevabilité"

"Nous nous attendions à une augmentation considérable du nombre de cas", a avancé Werner Baumann, directeur général de Bayer, "Cependant, le nombre de poursuites ne nous dit rien de leur recevabilité", a-t-il tempéré. Par trois fois Bayer a été condamné à indemniser les plaignants. Si les amendes ont parfois atteint des records avec deux milliards d’euros de dommages et intérêts prononcés par un juge californien notamment, elles ont largement été revues à la baisse en appel. Mais dans les trois affaires, les jurys ont établi un lien entre le glyphosate et les cancers des plaignants. Un point essentiel qui donne de l’espoir aux nombreux requérants.

Les avocats ont sorti l’artillerie lourde pour les convaincre. Selon Bayer, l’avalanche de plaintes résulte de la stratégie offensive d’avocats spécialisés dans les class action (actions judiciaires collectives) qui auraient dépensé 50 millions de dollars en annonces télévisuelles au cours des trois derniers mois pour attirer les plaignants. Malgré les tensions, la société allemande a dû montrer patte blanche car elle a engagé un processus de médiation demandé par la justice américaine. Il faut dire que le PDG, Werner Baumann, n’a pas vraiment le choix.

Les actionnaires désavouent la stratégie du PDG

L’homme, qui a porté le rachat de Monsanto, est affaibli depuis la dernière Assemblée générale du groupe lors de laquelle les actionnaires n'ont pas donné le quitus à la direction (à 55%). Depuis la fusion avec le géant américain, le cours de l’action de Bayer s’est effondré et sa capitalisation boursière a fondu de moitié pour atteindre environ 52 milliards d’euros, soit moins que les 54 milliards d’euros mis sur la table pour le rachat de Monsanto. "Dans une entreprise normale, le PDG et le président du conseil de surveillance seraient partis depuis longtemps", a taclé un actionnaire cité dans Financial Times. 

C’est toute la stratégie de Bayer qui est remise en question. Le président du conseil de surveillance, Werner Wenning "pensait que Monsanto rendrait Bayer inaccessible", explique un banquier au quotidien britannique, "L’ironie, c’est qu’elle l’a rendue plus vulnérable et que les poursuites judiciaires américaines sont maintenant une potentielle "pilule empoisonnée". En juillet, alors que le nombre de plaintes atteignait le seuil des 18 000 procédures, un cabinet d’expertise avait évalué la facture entre 15 et 20 milliards de dollars. Des chiffres qui demandent à être fiabilisés mais qui donnent tout de même une estimation de l'ampleur de l'impact pour le groupe.  

Marina Fabre, @fabre_marina


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