Publié le 10 mai 2019

GOUVERNANCE D'ENTREPRISE

À surveiller, à éduquer, allié... Monsanto a fiché illégalement des personnalités selon leur position sur le glyphosate

C'est une révélation qui ne va pas arranger les affaires de Bayer. En 2016, lors du débat sur renouvellement de la licence du glyphosate dans l'Union européenne, Monsanto (racheté depuis par la société allemande) aurait fiché des centaines de personnalités selon leur position sur l'herbicide, en utilisant des données personnelles. Un fichage illégal pour lequel plusieurs journalistes, associations et scientifiques visés ont décidé de porter plainte. 

Monsanto aurait fiché 200 personnalités selon leur position sur le glyphosate, la molécule phare de son herbicide Roundup.
@PeterBraakmann

C'était en 2016. Monsanto, pas encore marié avec le géant pharmaceutique Bayer, aurait fiché des centaines de personnalités en France en fonction de leur position sur les pesticides et notamment sur le glyphosate, dont le renouvellement de la licence était débattu à Bruxelles. C'est ce que révèle dans une enquête des journalistes de France 2 et du Monde.

Des informations privées auraient été utilisées afin de classer les journalistes, politiques et scientifiques en quatre groupes : les "alliés", les "potentiels alliés à recruter", les personnalités "à éduquer" et celles "à surveiller". Sur la base de cette liste a été établi un plan d'action personnalisé, avec les loisirs de ces cibles, et pour les "alliés", des propositions de tweets et d'infographie à diffuser.

Les plaintes se multiplient 

"Ça en dit long sur les méthodes des lobbyistes : ils font de l'espionnage, de l'infiltration, de l'influence parfois financière j'imagine (...)", a déclaré à France TV Ségolène Royal. L'ancienne ministre de l'environnement au moment du débat européen sur le glyphosate, apparaît dans ces fichiers dans la catégorie "à marginaliser" avec une note "zéro : zéro influençable, zéro corruptible".

Plusieurs médias et ONG ont décidé de porter plainte. Le règlement européen sur la protection des données (RGPD) prévoit que toutes personnes inscrites à une liste selon leurs opinions politiques notamment soient consentantes et disposent d'un droit d'accès et de rectification. Ainsi Le journal Le Monde et Stéphane Foucart, un de ses journalistes cité dans les documents, ont porté plainte contre X le 26 avril auprès du parquet de Paris, notamment pour "mise en oeuvre de traitements de données à caractère personnel illicite", a indiqué la direction du journal jeudi sur son site.

Bayer n'avait pas "connaissance" du fichage

Radio France, dont six journalistes ont été ciblés, condamne "avec la plus grande fermeté" ce fichage et prépare une action en justice. L'association Foodwatch, dont les deux directrices ont été fichées, et Générations futures ont également fait part de leur intention de déposer plainte. Plusieurs personnalités comme José Bové, député européen écologiste, et sa collègue Michèle Rivasi vont suivre la même démarche. Une plainte collective pourrait même être déposée selon plusieurs sources.

Quant à Bayer, qui a récemment fusionné avec Monsanto, il affirme ne pas être au courant de ce procédé. "Concernant les fichiers évoqués dans les médias hier soir et ce matin, nous n'en avions pas connaissance", a déclaré la direction de Bayer à l'AFP. Depuis le rachat du groupe américain Bayer traverse une véritable crise. Le géant allemand a perdu 40 % de son cours en Bourse depuis cette opération, à mesure que s'accumulaient les procès contre Monsanto et lors de la dernière assemblée générale, fin avril, les actionnaires de Bayer ont voté contre la stratégie engagée par la direction du groupe.

Marina Fabre, @fabre_marina avec AFP


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