Publié le 27 novembre 2017

ENVIRONNEMENT

Après le revirement de l'Allemagne, le glyphosate est renouvelé pour 5 ans dans l'Union européenne... contre l'avis de la France

Contre toute attente, les États membres ont approuvé à la majorité une autorisation pour cinq ans en Europe du désherbant glyphosate. La France, comme elle l'avait annoncé, s'y est opposée. Mais l'Allemagne, habituellement abstentionniste, a fait pencher la balance en approuvant le renouvellement de l'herbicide phare de Monsanto... Une entreprise bientôt allemande puisqu'elle va fusionner avec Bayer. 

Au lieu de 15 ans, le glyphosate ne sera prolongée que de cinq ans dans l'UE. La Frace visait trois ans.

L'Europe va renouveler pour cinq ans la licence du glyphosate, le très controversé désherbant de Monsanto, classé cancérogène probable par l'OMS. Le couperet est tombé ce 27 novembre dans l'après-midi. Une décision inattendue. Plusieurs fois déjà la Commission a proposé aux 27 États membres de renouveler pour cinq ans le glyphosate mais aucune majorité qualifiée (à savoir, 55% des pays représentant 65% de la population) ne s'était dégagée.

"L'Allemagne a fait passer ses intérêts industriels avant les enjeux de santé publique"

En comité d'appel, le lundi 27 novembre, le Royaume-Uni a voté pour la proposition ainsi que l'Allemagne, ce qui a fait pencher la balance. La Chancelière Angela Merkel, à la recherche d'une majorité gouvernementale dans son pays en s'alliant avec les Verts, avait jusqu'ici préféré s'abstenir. Mais cette perspective ayant avorté, l'Allemagne s'est finalement rangée du côté de la Commission.

"Elle a fait passer ses intérêts industriels avant les enjeux de santé publique", interprète François Veillerette, interrogé par Novethic. Le porte-parole de Générations Futures fait ici référence à la fusion prochaine entre le géant de la pharmaceutique, Bayer, et le spécialiste des OGM, Monsanto"Monsanto est désormais allemand", résume François Veillerette.

"On est parti de loin" 

Générations Futures, avec le recul, y voit tout de même une petite victoire. Le glyphosate est autorisé pour cinq ans, alors que la France proposait un délai de 3 ans. Mais, "nous sommes partis de loin", se rappelle François Veillerette.

À l'origine, Monsanto demandait une autorisation pour 15 ans. La Commission envisageait, dans un premier temps, une période de 10 ans. Face au refus des États membres, elle a alors proposé sept ans, toujours sans succès. Entre temps, les citoyens se sont mobilisés. Une initiative a récolté près de 1,3 million de signatures, ce qui a conduit le Parlement a envoyé une alerte à la Commission en votant une interdiction, sous cinq ans, du glyphosate. 

Le fruit du lobbying de Monsanto ? 

"On attend maintenant que la France tienne ses engagements", demande Générations Futures rejointe par plusieurs associations. Car le gouvernement souhaite sortir, d'ici trois ans, du glyphosate en accompagnant les agriculteurs dans cette mutation. Le Premier ministre a d'ailleurs demandé aux ministres de l'Agriculture, Stéphane Travert, et de la Transition écologique, Nicolas Hulot, de rendre un rapport sur les alternatives au glyphosate, d'ici la fin de l'année. 

 

 

"Nous avons réussi à force de dialogue, à force de discussion avec nos partenaires, à réduire de moitié la durée qui était prévue (...) Ce sont cinq années durant lesquelles nous allons travailler à rechercher des alternatives, cinq années durant lesquelles nous allons mobiliser la recherche, l'innovation pour que demain nous puissions modifier les pratiques agronomiques au service des agriculteurs, mais aussi de notre environnement", juge de son côté le ministre de l'Agriculture, Stéphane Travert.

Pour ce qui est des agriculteurs de la FNSEA, principal syndicat agricole, ils se sont eux félicités du "pragmatisme" de l'Europe et "déplore" la position de la France qui a fait, selon eux, "bande a part". Greenpeace ne le voit pas du même oeil : "C'est tout simplement scandaleux et la preuve, une nouvelle fois, que le travail de sape de Monsanto, comme a pu le voir avec les Monsanto papers, l'emporte sur le principe de précaution", fustige l'ONG. 

Marina Fabre @fabre_marina


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